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Cameroun: Entre la pègre et la République, A  lire: Extraits de REFLEXION SUR L’ETAT DU MONDE :: CAMEROON
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  • Camer.be : Hugues SEUMO
  • vendredi 19 octobre 2018 12:00:00
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Cameroun: Entre la pègre et la République, A lire: Extraits de REFLEXION SUR L’ETAT DU MONDE :: CAMEROON

Les élections représentent dans la vie d’un peuple, le seul moment où se forment, à travers l’expression collective des volontés de sa majorité, les principales orientations de son destin. Tout ce qui peut être défini comme idéologie, comme doctrine, comme philosophie de la construction du bien-être des citoyens, dépend donc intimement de ce que ceux-ci choisissent en glissant un bulletin dans une urne.

Une urne est ainsi pour le citoyen, un instrument terrible que l’on dresse devant lui, et donc la seule fonction, est de recueillir son choix. Ce que je pense en tant que citoyen, ce que je veux profondément pour mon pays, je l’exprime alors avec toute la confiance, toute la détermination, et toute la sérénité, en votant.

Mais voter un choix, suppose un certain nombre de préalables, et de conditionnalités toutes attachées ou dépendantes du principe fondamental selon lequel, le vote étant un choix, il doit être libre, transparent, et régulier. Voici venue la grande interrogation du citoyen, lorsque, pris de doute, il doit s’arrêter un instant, pour analyser, questionner et clarifier dans son propre esprit et dans celui de son entourage, la signification du vote dans un contexte donné.

A quoi sert le vote et quelle est sa signification finale si, toutes considérations bien pesées par ailleurs, il ne remplit véritablement aucune condition de transparence, de régularité, et d’impartialité ? A quoi sert donc le vote, si véritablement, en lieu et place de la désignation de citoyens compétents et méritants pour conduire le destin des gens et les représenter, il est réduit à une épopée de voyous et de petits gangsters à la solde des mafias de toute nature ?

Nous tenons pour incontestable que c’est un acte très grave, hautement irresponsable, pour un citoyen de s’abstenir de voter. Mais il faut le dire, le proclamer et le consigner avec force encore plus grande,

que ne pas aller voter, refuser de s’adonner aux jeux des élections, parce que l’on entend manifester son indépendance et sa condamnation face à des tricheurs qui ont perdu toute dignité et toute honnêteté, relève d’un acte glorieux.

Le sens de la République, du droit fondamental des valeurs morales et de l’éthique sociale positiviste, milite fermement en faveur du rejet par tout citoyen, de tout ce qui ressemblerait à une atteinte à la conscience de l’humanité. Nous voulons nous en tenir aux grands principes selon lesquels, c’est de la bonne morale, du courage et du triomphe des valeurs républicaines, que se construit le bonheur collectif. Il n’est point besoin de convoquer une quelconque idéologie pour fonder notre démarche.

En effet ni marxisme, ni capitalisme dans leurs fondements théoriques, n’a prôné véritablement la tricherie et la déchéance de l’être humain. Les sociétés occidentales que nos gouvernants passent le temps à imiter, n’ont jamais fait de l’anarchie, du vol, du pillage et de l’indignité, une source de valeurs communes.

Mais pourquoi donc voudra-t-on obliger les africains à se rendre aux urnes, pour avaliser des pouvoirs de voyous, des assemblées de truands, et des institutions commanditées et commandées par la pègre ?

Le choix qui se présente à un citoyen dans notre contexte, est simplement de dire si oui ou non, il se range du côté de la pègre ou du côté de la République. Personne ne viendra, nous l’espérons, nous faire le procès de la diffamation ou de l’injure. Nous avons la responsabilité sublime, d’indiquer le chemin, de dire de quel côté on nous manipule, et de tracer les voies de sortie.

Les gentils gouvernants de l’Occident qui se sont réunis dans cette petite combine de puissants en Allemagne, ont semblé s’apitoyer sur le sort d’une Afrique qu’ils désignent comme le symbole de la misère et de la pauvreté. Nous ne voulons ni les démentir, ni refuser cette volonté pieuse qui parle de mettre plus de 60 milliards de dollars pour nous aider.

Ce qui nous intrigue, c’est cet oubli, ce silence, ou alors cette allusion furtive à la mauvaise gouvernance qui nous tue plus que tout.

Une grande majorité d’Africains vit encore sous le joug des régimes sales, des potentats et des autocrates qui n’entendent que le son de leurs privilèges insolents. Nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas des êtres humains au sens où l’Occident a voulu concevoir cette fameuse Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Ce que nous attendons ici, ce n’est pas l’expression de bonnes volontés pour le Darfour ou l’octroi des milliards pour lutter contre le SIDA. La mauvaise gouvernance est la première des pandémies qui ruinent l’Afrique. Nous devons à la mauvaise gouvernance, des centaines de milliers de morts chaque année, loin devant ce que le SIDA a pu faire depuis la découverte du virus VIH en 1981.

Ne me demandez point d’aller voter, ne forcez aucun citoyen d’ici, du Congo ou du Gabon. Ne nous dites pas que c’est un devoir impérieux et incontournable que d’aller glisser un bulletin dans une urne qui traduit plus notre perte et le succès de la pègre. Voter aujourd’hui, c’est accepter que des tas de voleurs, de voyous indignes, de retraités sans foi ni loi et de fonctionnaires sales, s’installent au somet de notre destin.

Nous voulons accepter la situation de condamné à mort, mais pas celle de condamné à mort qui a contribué à donner un diplôme d’honorabilité à ses bourreaux. C’est finalement de cela qu’il s’agit, de ne pas laisser croire à des résidus des sectes de l’impureté financière et administrative, que nous sommes disposés à les reconnaître dans le statut d’élus du peuple.

En fait, et puisque de ces élections, il n’est véritablement questions ni de transparence ni de régularité, pourquoi cautionnerions-nous une machination qui aboutit à marginaliser une partie de la population, à consacrer l’apartheid et le tribalisme outrancier ? Combien sommes-nous inscrits ? Moins de 30% en fait.

L’Etat autocratique dans l’apogée de sa décrépitude, a produit une pègre vorace dont les membres les plus éminents, doutent aujourd’hui de leur avenir, et veulent renaître dans une assemblée fantoche taillée à la mesure de leurs costumes souillés. Mais ce qu’ils veulent, tous ces rentiers, tous ces entrepreneurs véreux et tous ces gestionnaires indélicats, c’est se cacher sous de nouveaux manteaux. Tous sont à la recherche des immunités ou ce qui en tient lieu, afin, pensent-ils, de

pouvoir échapper au jugement pour les nombreux cadavres qui emplissent leurs placards. Peine perdue, nous vous connaissons bien et vous serez jugés, condamné et même pendus tôt ou tard.

Nous entendons rester libre, militer pour la probité de la République, travailler à construire un Etat citoyen en temps opportun, et cultiver dans cet élan, le seul amour fraternel qui fonde les articulations de la dignité des peuples et force le respect des nations.

Point de discours trompeurs sur notre devoir dans ces urnes sales, et point de récriminations maladroites ou de pressions malsaines. Notre cause est juste et s’exprime en refus de l’opportunisme, de la précipitation ou de la résignation. A tous ceux qui font des élections sales en injustes un fonds de commerce pour quelques billets de banque, nous crions : lâches !

Lâches, vous êtes, lorsque vous organisez des kermesses, des faux séminaires et des formations de pacotille, pour des élections dont tous vous savez d’avance qu’elles sont une pure supercherie. Ne me convoquez donc plus, pour des tralalas de séminaire où vous prétendez préparer des consciences pour superviser des élections. A vous tous, opportunistes qui, de connivence avec ces missions diplomatiques malicieuses, inondez les journaux d’appels pour les inscriptions ou pour aller voter, je convoque le jugement du diable, le châtiment suprême des tribunaux populaires de demain.

Au fond, nous avons le devoir de désobéissance, de droit à l’insolence, pour le triomphe d’une objection de conscience salutaire.

Que mille sommets du G8 se tiennent et votent mille fois la somme de 60 milliards de dollars, et l’Afrique ne bougera pas de sa situation, sans des élections justes, avec des gouvernants dignement élus, et respectueux du destin collectif de leurs peuples.

Le devoir d’intervention n’est pas trop, et il n’est nullement condamnable, s’il a pour finalité, de nous éviter le règne de la pègre, et des assemblées de truands en quête de virginité. Que les puissants de ce monde nous laissent nous débrouiller jusqu’aux révolutions ultimes et violentes qui permettrons de nous libérer, car en réalité, nous ne manquons ni de l’argent, ni de sagesse. Nous sommes pris au piège des

relations croisées de ce même Occident, qui n’a pas encore réuni assez de courage pour tourner le dos au profit outrancier, à l’argent des réseaux, et aux richesses énormes pillées chez nous.

Ne dites plus que vous nous donnez de l’argent, dites plutôt que vous nous aiderez à chasser les dictateurs qui nous gouvernent contre notre volonté. Dites-nous que vous allez tout faire pour nous épargner le pouvoir de la pègre. Dites-nous que chez nous aussi, comme chez vous, vous militez pour le triomphe de la République./.

EXTRAIT, page 91 à 95

REFLEXION SUR L’ETAT DU MONDE

L’HARMATTAN, Paris, 2008, 228 pages

SHANDA TONME

Bon à savoir:

Ce texte fut d’abord publié dans le quotidien « Le Messager » du 7 juin 2007.
Selon son auteur, il fut rédigé à la veille des élections législatives au Cameroun, et au moment où il se tenait un sommet du G8, sommet des nations les plus puissantes de la planète.Il fut ensuite intégré dans un chapitre de l’ouvrage suscité paru en 2008 aux Editions l’ Harmattan à Paris.

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19oct.
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