Olanguena Awono : 19 ans de prison pour avoir été trop proche de Chantal Biya
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Le 31 mars 2008, Urbain Olanguena Awono, ministre de la Santé du Cameroun, est arrêté. Officiellement : détournement de deniers publics. En réalité : aucune preuve ne sera jamais produite. Dix-neuf ans plus tard, il est toujours en prison à Yaoundé-Kondengui.

Ce dossier judiciaire est devenu l'un des symboles les plus crus de l'instrumentalisation de la justice par le régime Paul Biya.

Ce qui s'est passé

Olanguena Awono gérait le budget du Global Fund onusien, le fonds mondial de lutte contre le VIH/Sida, la malaria et la tuberculose. Son bilan était salué. Le Pr. Michel Kazachkine, directeur du Global Fund, a écrit noir sur blanc pour le disculper : les fonds avaient été correctement gérés. Les audits internationaux confirmaient l'absence de détournement.

La justice camerounaise a néanmoins inventé un chef d'accusation introuvable dans le Code pénal : « détournement par assimilation ». Une construction juridique sans précédent, qualifiée par des juristes de fiction pénale.

La vraie raison : la jalousie présidentielle

Le ministre était devenu une figure centrale de l'écosystème humanitaire gravitant autour de la première dame, Chantal Biya. Synergies Africaines, la Fondation Chantal Biya, la venue du Prix Nobel Luc Montagnier au Cameroun  Olanguena Awono était au cœur de tout cela.

Selon des sources concordantes, Chantal Biya aurait formulé des éloges trop marqués envers ce « ministre compétent » devant son époux. Paul Biya, dans une réaction décrite comme celle d'un mari jaloux, aurait ordonné son arrestation.

La formule prêtée au chef de l'État résume tout : « On ne s'amuse pas avec la femme du chef. »

Un système judiciaire aux ordres

Paul Biya préside le Conseil supérieur de la magistrature. Ce double rôle  chef de l'État et chef des magistrats  lui confère un contrôle structurel sur les décisions judiciaires. Les magistrats ayant montré de la bienveillance envers Olanguena Awono auraient été sanctionnés ou écartés.

La détention arbitraire s'est prolongée malgré les suppliques de l'ancien ministre, les recours juridiques et les pressions internationales. Biya n'a rien cédé.

L'homme brisé, le système intact

Aujourd'hui, Urbain Olanguena Awono est décrit comme l'ombre de lui-même. Son père est décédé pendant sa détention. Il souffre de problèmes de santé sérieux. Il entre en avril 2026 dans sa dix-neuvième année d'enfermement.

Son cas illustre une mécanique précise : au Cameroun sous Biya, le pouvoir punit sans preuves, maintient sans jugement définitif, et dure parce qu'il a verrouillé toute alternative politique.

La question qui reste entière

Combien de dossiers similaires dorment dans les prisons camerounaises, fabriqués non par la loi mais par la rancune d'un homme au pouvoir depuis 1982 ?

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