Migrants expulsés par Trump au Cameroun : le grand déni de Yaoundé
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Migrants expulsés par Trump au Cameroun : le grand déni de Yaoundé :: CAMEROON

Le Cameroun vient d'accepter sur son sol neuf migrants africains expulsés par l'administration Donald Trump, en application d'un accord bilatéral signé entre Yaoundé et Washington. Aucun d'eux n'est camerounais. Neuf étrangers, expédiés contre leur volonté dans un pays qui n'est pas le leur, débarquent dans une capitale qui peine déjà à gérer ses propres crises. C'est factuel. C'est daté. Et c'est révélateur d'une logique de gouvernance qui, depuis des décennies, consiste à gérer l'image internationale au détriment des urgences internes.

Un pays qui croule  les chiffres d'un bilan accablant

Pendant que Paul Biya célèbre ses 93 ans et son 43e année au pouvoir, le tableau de bord du Cameroun réel est sans appel. Aucune décharge fonctionnelle dans les communes d'un pays englouti sous ses propres déchets. Aucune autoroute digne de ce nom reliant les grandes villes en toute sécurité. Une raffinerie de pétrole toujours hors service sept ans après l'explosion partielle de ses installations. Un nouveau gouvernement introuvable, quatre mois après une élection présidentielle dont le résultat  la reconduction du chef de l'État  n'a surpris personne. Des coupures d'eau et d'électricité longues et récurrentes qui structurent le quotidien de millions de Camerounais. Une inflation galopante qui asphyxie les ménages. Une jeunesse sans perspectives, coincée entre un marché du travail verrouillé et une économie dont les marchés publics sont réservés aux membres du cercle présidentiel.

L'accord avec Washington : un signal diplomatique aux dépens des populations

La signature d'un accord de réadmission de migrants avec les États-Unis n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans une stratégie de repositionnement diplomatique vis-à-vis de l'administration Trump, qui a fait des expulsions massives l'une de ses priorités. Pour Yaoundé, accepter des ressortissants tiers expulsés, c'est offrir une monnaie d'échange diplomatique. Mais pour les populations camerounaises, ce signal pose une question directe : un État incapable de gérer ses propres déchets, de fournir de l'eau courante et d'alimenter ses villes en électricité est-il en mesure d'assumer la charge de migrants étrangers expulsés de force sur son territoire ?

Le pouvoir célèbre pendant que le pays attend

La gouvernance camerounaise a ses rituels. Pendant que les urgences s'accumulent, les célébrations officielles se succèdent. La Saint-Valentin est fêtée en grande pompe. L'anniversaire du président  93 ans  devient événement national. Petits fours, discours, bouquets de roses et caméras. L'appareil d'État performe la normalité pendant que la crise structurelle s'approfondit. Ce n'est pas de la négligence. C'est un choix politique assumé : gouverner par la mise en scène, administrer par l'évitement, et compter sur la fatigue des populations pour maintenir un statu quo qui dure depuis plus de quatre décennies.

Ce que dit cette séquence sur l'avenir de l'Afrique centrale

Le cas camerounais n'est pas isolé. Il est symptomatique d'une forme de gouvernance qui sévit dans plusieurs États d'Afrique centrale : la confiscation de l'État par un clan, l'entretien d'une pauvreté structurelle qui garantit la dépendance, et la gestion de la légitimité par l'international plutôt que par le service rendu aux citoyens. Accepter les expulsés de Trump, c'est aussi envoyer un message aux chancelleries occidentales : Yaoundé joue le jeu. Pendant ce temps, les Camerounais, eux, continuent d'attendre.

Quand un État accepte d'accueillir les expulsés d'une puissance étrangère sans pouvoir assurer l'eau courante à ses propres citoyens, qui gouverne réellement  et pour qui ?

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