Le Protocol des vœux : Pourquoi Paul Biya interdit-il qu'on le filme en train de marcher ?
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La cérémonie de présentation des vœux du nouvel an au président Paul Biya, prévue ce 8 janvier 2026 au Palais de l'Unité de Yaoundé, s’annonce placée sous un dispositif exceptionnel. Les instructions transmises aux invités et aux médias décrivent un protocole de sécurité renforcé, reflétant un climat politique tendu et une mise en scène minutieuse de l’autorité présidentielle.

Les invités se verront interdire l’introduction de téléphones portables dans l’enceinte du palais. Parallèlement, les médias accrédités ont reçu un cahier des charges drastique. Il leur est interdit de réaliser des prises de vue aériennes, de cadrer en gros plan le chef de l’État, ou de le filmer en train de marcher. Plus révélateur, une directive stipule de ne pas diffuser d’images « mettant indûment l’accent sur son apparence physique ». Ces mesures témoignent d’une volonté de contrôle absolu sur la communication présidentielle, dans un contexte où chaque apparition publique de Paul Biya, 92 ans et au pouvoir depuis plus de quatre décennies, est scrutée.

Cette hypervigilance s’inscrit dans une période de fortes tensions politiques au Cameroun. Le pays traverse une crise aux multiples facettes, notamment la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, un conflit meurtrier qui dure depuis 2016 et a déjà causé la mort de milliers de personnes. Alors que les procès de leaders séparatistes viennent d’être reportés à la mi-janvier 2026, la capitale n’est pas épargnée par un sentiment d’incertitude. Des observateurs pointent un pouvoir de plus en plus replié sur lui-même, où les décisions semblent émaner d’un cercle restreint, alimentant les rumeurs et les défis à la légitimité du régime.

Ainsi, derrière l’apparat protocolaire des vœux, se joue une représentation cruciale pour le pouvoir. Il s’agit de projeter l’image d’un président en pleine possession de ses moyens, dirigeant une nation unie et stable. Cependant, la rigidité des consignes et l’étouffement du protocole sécuritaire posent question. Jusqu’où le contrôle de l’image peut-il masquer les réalités d’un pays en quête de paix et d’un dialogue politique inclusif ? La grandeur affichée du Palais de l’Unité pourra-t-elle longtemps contenir les fractures d’une nation ?

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