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© Camer.be : Paul Moutila
- 17 Feb 2026 14:58:47
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ÉTATS-UNIS :: Jesse Jackson est mort à 84 ans : la fin d'un géant des droits civiques américains :: UNITED STATES
Il était là quand Martin Luther King est mort. Il était là quand Barack Obama a été élu. Il aura traversé six décennies de l'histoire américaine comme une colonne vertébrale du mouvement pour les droits civiques. Le révérend Jesse Jackson s'est éteint paisiblement ce mardi 17 février 2026, à l'âge de 84 ans, entouré de sa famille. Sa mort referme une époque.
Un homme né dans le Sud ségrégationniste
Jesse Louis Jackson est né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation raciale. Fils d'une famille modeste, il a transformé ses origines en carburant politique. "Ce n'est pas une cuillère en argent que j'avais dans la bouche, mais plutôt une pelle dans les mains", aimait-il à dire. Cette phrase résume une vie entière.
Étudiant talentueux et athlète prometteur, il choisit la lutte sociale plutôt que le sport professionnel, rejoignant les études de théologie avant de se mettre au service du Dr Martin Luther King et de la Southern Christian Leadership Conference.
Compagnon de King, héritier d'une révolution
Jesse Jackson s'est imposé dans les années 1960 comme l'un des dirigeants de la Southern Christian Leadership Conference de Martin Luther King. Il était présent à Memphis le 4 avril 1968, au soir de l'assassinat du pasteur. Un témoin direct de l'un des moments les plus sombres de l'histoire américaine, qu'il porta avec lui toute sa vie.
Dans les années qui suivirent, il créa People United to Save Humanity (PUSH) en 1971, puis la National Rainbow Coalition en 1984, deux organisations fusionnées en 1996 pour former la Rainbow/PUSH Coalition, qu'il a présidée pendant des décennies.
Deux campagnes qui ont changé la politique américaine
C'est avec ses deux campagnes présidentielles en 1984 et 1988 que Jesse Jackson a gagné en notoriété, élargissant la plateforme politique démocrate aux combats des Afro-Américains. Sa candidature à la présidence n'avait pas pour seul objectif la Maison-Blanche : elle visait à prouver qu'un Américain noir pouvait briguer la magistrature suprême, ouvrant une brèche que Barack Obama franchira vingt ans plus tard.
En 1984, il obtint plus de 18 % des voix lors des primaires démocrates. En 1988, il remporta onze scrutins. Sa présence obligeait les autres candidats à intégrer le vote des électeurs noirs dans leur stratégie.
Diplomate de l'impossible
Au-delà des barricades, Jackson fut aussi un négociateur discret et redoutable. Il a négocié la libération de plusieurs Américains détenus à l'étranger : un pilote en Syrie en 1984, des otages à Cuba et en Irak, ou encore trois soldats retenus en Yougoslavie en 1999. Ces succès diplomatiques lui valurent la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine, remise par le président Bill Clinton en 2000.
Une fin de vie marquée par la maladie
Jesse Jackson avait annoncé en 2017 qu'on lui avait diagnostiqué la maladie de Parkinson. Sa cause de décès n'a pas été précisée dans l'immédiat, mais il souffrait d'une paralysie supranucléaire progressive, un trouble neurologique rare affectant les mouvements, la marche et l'équilibre. Malgré les séquelles qui avaient affaibli sa voix et sa mobilité, il avait continué à défendre les droits civiques et avait encore été arrêté deux fois en 2021 en protestant contre la règle du filibuster au Sénat américain.
Sa famille a déclaré : "Notre père était un leader serviteur non seulement pour notre famille, mais pour les opprimés, les sans-voix et les oubliés du monde entier. Nous l'avons partagé avec le monde, et en retour, le monde est devenu une partie de notre famille."
Ce que son départ laisse derrière lui
Jesse Jackson meurt dans une Amérique où les questions raciales ont retrouvé une acuité brûlante. Présent à Memphis lors de l'assassinat de Martin Luther King en 1968, il a également assisté, quarante ans plus tard, à l'élection de Barack Obama, premier président noir des États-Unis. De Selma à l'ère Trump, il n'aura jamais cédé.
Dans une Amérique qui débat à nouveau de ségrégation systémique, de droits de vote et d'égalité raciale, l'héritage Jackson pose une question que son camp devra affronter sans lui : qui, aujourd'hui, incarne encore ce combat avec cette stature, cette voix, et cette légitimité historique ?
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