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© Correspondance : Par Louis Marie Kakdeu
- 23 Feb 2026 15:57:50
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CAMEROUN :: Lancer un « New Deal » pour éviter le pire :: CAMEROON
L’intérêt de lancer une politique économique de « New Deal [Nouvelle Donne] » est de se concentrer sur les grands défis de l’heure : Le Cameroun a une économie extravertie ; le pays fait face à une situation de sous-production chronique qui engendre sa faillite et qui s’accompagne d’un florilège de problèmes comme le surendettement, l’extrémisme et l’insuffisance alimentaire, énergétique, infrastructurelle, etc.
Lorsque les Etats-Unis d’Amérique ont fait face à la Grande Dépression en 1933, le Président Franklin D. Roosevelt avait lancé le « New Deal » qui avait profondément modifié le rôle de l'État fédéral, devenu le garant de la stabilité économique et de la protection sociale des citoyens. Je pense qu’il ne faudrait pas attendre que le Cameroun entre dans la dépression économique qui est une forme grave et prolongée de récession (ralentissement de l’activité économique) avant de prendre des mesures fortes qui s’imposent aujourd’hui et maintenant.
L’intérêt du plan de Roosevelt est qu’il s'articulait autour de trois objectifs centraux appelés les « 3 R » : Le Relief (Soulagement) qui visait à apporter une aide d'urgence immédiate aux millions de chômeurs et aux plus démunis, le Recovery (Relance) dont l'objectif était de redresser l'économie et le Reform (Réforme) qui visait à transformer durablement le système financier et social pour prévenir une nouvelle catastrophe économique. Même si les objectifs de certains points étaient discutables comme l’augmentation des prix des produits agricoles, le New Deal s’articulait autour des défis sociaux qui sont : Soulagement, Relance et Réforme.
Un New Deal camerounais en 2026 viserait à répondre aux défis actuels : un taux de chômage des jeunes de 35 %, une pauvreté qui s'enracine et des déficits infrastructurels persistants freinant le secteur industriel et le décollage économique. Voici une proposition de « Nouvelle Donne » articulée autour des « 3 R » adaptés au contexte camerounais.
1. Pour le soulagement, il faut des mesures concrètes qui touchent à la consommation. Le meilleur moyen est d’augmenter les revenus et de stabiliser les prix. A défaut d’augmenter les salaires, l’on peut augmenter les revenus dans les secteurs productifs en jouant sur la vulgarisation des résultats de recherche scientifique et en institutionnalisant les bourses locales des matières premières. Dans le secteur agricole par exemple, la vulgarisation des savoirs et innovations scientifiques et technologiques disponibles à IRAD peut permettre de multiplier les revenus par huit (08) fois. De nos jours, l’on continue de planter des variétés traditionnelles de manioc au Cameroun qui ont un rendement d’environ 5 tonnes à l’hectare en 24 mois dans un contexte où il existe des variétés améliorées dont le rendement est de 40 tonnes à l’hectare en 12 mois. Non seulement les revenus augmenteraient mais, on réduirait aussi la pénibilité du travail. Je ne parle pas des nouvelles techniques d’irrigation ou de conservation qui existent et qui ne sont pas utilisées alors que le pays enregistre 45% de pertes post-récolte. J’ai déjà montré dans un autre post comment l’on peut se concentrer sur la création des bourses de matières premières en vue de stabiliser les prix sur le marché et de promouvoir le commerce équitable. C’est ainsi que l’on pourra combler rapidement le déficit de la balance commerciale au Cameroun.
2. Il faut opter pour la relance par les Grands Travaux (Infrastructures). Comme le New Deal américain, ce volet mobiliserait une partie du budget d'investissement public (2 031 milliards FCFA en 2026) pour transformer le territoire national. En priorité, il faudra désenclaver les principaux bassins de production. Par exemple, la Phase 2 de l'autoroute Douala-Yaoundé et la réhabilitation de l'axe Ngaoundéré-Garoua devront être achevées. Il faudra ensuite stimuler l'artisanat local en lançant par exemple un programme « Terre-Ciment » de Construction de logements sociaux utilisant des matériaux locaux. Le but est de créer la richesse en soulageant tous les sous-secteurs d’activité. Il faudrait par ailleurs penser à la Révolution Énergétique. Il n’y a pas d’industrie sans énergie : La capacité de production solaire du Cameroun est 20 fois supérieure à la capacité hydroélectrique ; le pays dispose de 300 cours d’eau susceptibles d’accueillir de micro-barrages hydroélectriques ; la vitesse du vent a une moyenne de 6 mètres par secondes sur les monts Bamboutos, à Tibati et aux alentours du Lac Tchad, etc. Cela veut dire que le gouvernement a beaucoup de choix. La question cruciale pourrait être de savoir comment financer ces grands travaux : j’ai présenté dans un autre post la piste de la binarisation. Aucun pays ne se développera par l’endettement ou l’aide au développement sans avoir une maîtrise de sa politique monétaire, même partiellement comme le permettrait l’introduction d’une monnaie parallèle.
3. Les Réformes immédiates concernent la Sécurité sociale et l’Emploi des Jeunes. Face à l'échec de la création des emplois décents, le New Deal camerounais pourrait explorer à l'image du Civilian Conservation Corps proposé par Roosevelt, le lancement d’une espèce de « Corps d’Action Civique » qui serait un programme recruterait massivement parmi les 57 % de jeunes actifs pour pour des travaux de reboisement (sylviculture), d'entretien des routes, de collecte et de traitement des déchets, etc. Le gouvernement devrait exploiter utilement le chômage des jeunes et les orienter vers les activités d’intérêt général. D’autre part, le pays n’aura pas de stabilité sans Sécurité Sociale Universelle qui intègre minimalement un système d'assurance maladie pour garantir une couverture de santé juste aux ménages et un système de protection des travailleurs du secteur informel qui représente près de 90% de l’activité économique du pays. Enfin, il faudrait penser à l’allègement des cotisations patronales stimuler l'embauche. Trop de charges patronales tuent l’emploi.
Le défi de ce New Deal est de permettre aux citoyens ordinaires de ressentir « sur eux » les bienfaits des mesures gouvernementales. Jusqu’ici, l’on dirige le pays en faveur des bailleurs de fonds et le « peuple » ne ressent aucun soulagement. Au contraire, la « vie devient de plus en plus dure » et le Camerounais a l’impression de vivre l’enfer dans son propre pays. Il faut changer la donne car, la recherche du bouc-émissaire alimente l’extrémisme. L’histoire de la Deuxième guerre mondiale nous a montré que pendant que le Président Roosevelt réussissait l’apaisement aux Etats-Unis, les citoyens allemands, sans New Deal, ont ouvert les bras à Hitler qui proposait l’intolérance et l’extrémisme violent. Nous connaissons la suite et nous n’avons aucun intérêt reproduire l’histoire.
* Louis-Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF
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