Port de Douala : quand le Premier ministre contredit la présidence sur le contrat SGS
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Le feuilleton du scanning au Port de Douala prend un nouveau tournant aussi inattendu qu'embarrassant pour l'exécutif camerounais. Ce jeudi 29 janvier 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a sommé la direction du Port autonome de Douala de maintenir le contrat avec la Société générale de surveillance, contredisant frontalement les instructions données une semaine plus tôt par la présidence de la République. Une cacophonie institutionnelle qui révèle les luttes de pouvoir au sommet de l'État.

L'ordre du Premier ministre

À l'issue d'une réunion à l'immeuble Étoile de Yaoundé avec toutes les parties prenantes, Joseph Dion Ngute a tranché de manière catégorique. Le contrat de scanning signé avec SGS doit être maintenu. Selon le chef du gouvernement, il ne revient pas au Port autonome de Douala de mettre fin unilatéralement à un engagement pris par l'État camerounais.

Le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, a explicité la position gouvernementale. Le contrat initial signé en 2015 prévoyait une durée de dix ans à compter de l'installation du quatrième scanner. Ce dernier ayant été mis en place en 2022, l'accord courrait donc jusqu'en 2032. Le Port autonome de Douala estimait pourtant que le contrat était arrivé à terme, d'où le conflit.

La contradiction présidentielle

Le hic dans cette affaire tient en une date : le 22 janvier 2026. Sept jours avant les instructions du Premier ministre, le Port autonome de Douala annonçait officiellement avoir reçu des directives fermes lors d'une réunion au secrétariat général de la présidence. Le conseiller technique Jean Mauger Ayem aurait présidé cette rencontre au cours de laquelle des instructions claires validaient le remplacement de SGS par le nouvel opérateur Transatlantic.

Comment deux organes de l'État peuvent-ils donner des instructions aussi diamétralement opposées à une semaine d'intervalle ? Cette question embarrassante met en lumière soit une absence totale de coordination entre la présidence et la primature, soit une guerre souterraine pour le contrôle d'un marché juteux.

Un contrat qui vaut de l'or

Car derrière ces contradictions institutionnelles se cache un enjeu financier colossal. Le scanning des marchandises au port de Douala représente des dizaines de milliards de francs CFA. Chaque conteneur passant par les scanners génère des revenus substantiels. Contrôler ce marché, c'est disposer d'une manne financière considérable.

La présence de Transatlantic dans l'équation complique encore la donne. Ce nouvel opérateur avait obtenu un accord avec le Port autonome de Douala pour remplacer SGS. Mais selon le ministre Ngalle Bibehe, cette signature était illégale. Le Port n'avait pas autorité pour conclure un tel contrat sans l'aval de sa tutelle technique, de sa tutelle financière et du Premier ministre.

Un État à deux têtes

Cette affaire révèle une réalité gênante du fonctionnement institutionnel camerounais. Quand la présidence et la primature donnent des instructions contradictoires, qui doit obéir ? Le Port autonome de Douala se retrouve pris en étau entre deux autorités censées parler d'une seule voix.

Les opérateurs économiques, eux, restent dans l'incertitude totale. SGS doit-elle continuer ses opérations ? Transatlantic peut-elle s'installer ? Les investissements déjà consentis par les deux sociétés risquent de se transformer en batailles juridiques interminables si cette cacophonie persiste.

Au-delà du cas spécifique du scanning, c'est toute la crédibilité de l'État camerounais qui est écornée. Comment attirer des investisseurs sérieux quand les institutions les plus hautes du pays se contredisent publiquement sur des contrats engageant des dizaines de milliards ?

Le feuilleton du Port de Douala n'est probablement pas terminé. Entre instructions présidentielles et injonctions du Premier ministre, la direction du Port devra choisir son camp. Un choix qui, quelle que soit l'issue, révélera les rapports de force réels au sommet de l'État camerounais.

Dans un État où la présidence et la primature donnent des instructions contradictoires, qui détient vraiment le pouvoir de décision au Cameroun ?

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