Artistes camerounais : pourquoi tant de talents restent pauvres malgré leur succès ?
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Artistes camerounais : pourquoi tant de talents restent pauvres malgré leur succès ? :: CAMEROON

Le Cameroun regorge de talents musicaux reconnus sur le continent. Pourtant, derrière les paillettes des réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui peinent à vivre de leur art. Comment expliquer que dans ce pays à la richesse culturelle immense, les artistes restent si souvent dans la précarité ?

Le choix du silence

Face à la souffrance populaire, la plupart des artistes camerounais ont fait un choix. Quand les citoyens vivent "la bouche fermée", quand la peur est devenue un mode de survie, quand la misère s'est normalisée, ils se taisent. Les jeunes sans emplois ? Silence. La vie qui explose ? Silence. Mais qu'un politicien organise une cérémonie, ils sont là, micro en main, prêts à animer la fête.

Une voix qui ne porte pas

Un artiste devrait être la voix des sans-voix. C'est sa raison d'être sociale. En se coupant du peuple, il se coupe de sa propre source. La pauvreté des artistes camerounais n'est pas un hasard : c'est la conséquence directe d'un choix stratégique désastreux. En flattant le pouvoir plutôt que de l'interpeller, ils ont troqué leur influence contre des prestations symboliques.

Regarder ailleurs pour comprendre

Le contraste avec d'autres scènes africaines est saisissant. Au Nigeria, des artistes comme Davido, Burna Boy ou Rema ont osé dénoncer la mauvaise gouvernance. En Côte d'Ivoire, plusieurs ont chanté contre la vie chère et l'injustice sociale. En Ouganda, Bobi Wine s'est levé contre la dictature. Ces artistes dérangent le pouvoir au lieu de le flatter. Et que constate-t-on ? Ils remplissent des stades, bâtissent des labels, investissent, construisent des infrastructures. Leur indépendance artistique est devenue leur force économique.

Le miroir aux alouettes

Au Cameroun, le schéma est différent. Certains artistes préfèrent chanter à la présidence pour quelques billets. Ils affichent des chaînes en or plus brillantes que leurs revenus réels. On les voit prendre la moto pour se rendre à des cérémonies officielles, puis poster des photos de luxe sur les réseaux. Cette dissonance entre l'image projetée et la réalité vécue est révélatrice d'un système où l'engagement politique des artistes se fait au détriment de leur carrière.

Quand le talent ne nourrit pas son homme

Le plus ironique dans cette équation ? Même en choisissant de soutenir le régime, beaucoup restent pauvres. Pas de grandes tournées internationales, pas de structures solides, pas d'industrie forte. Leur talent, capté par le pouvoir, ne génère pas de richesse durable. Ils ont troqué la puissance d'une carrière internationale contre la gratification immédiate d'une poignée de main officielle.

Une leçon pour toute une génération

Le Cameroun ne manque pas de talent. Il manque de courage artistique. Un artiste doit être indépendant. Sa voix est son principal capital. En la vendant au plus offrant, il perd sa force, son influence, et finalement sa capacité à vivre de son art. Les exemples ailleurs en Afrique le prouvent : ceux qui ont gardé leur liberté sont ceux qui ont bâti des empires.

Le peuple suivra-t-il ceux qui l'ont oublié ?

La question reste posée. Un public peut-il durablement soutenir des artistes qui refusent de porter ses souffrances ? La relation entre le peuple et ses artistes est un contrat tacite : vous êtes notre voix, nous sommes votre force. Quand ce contrat est rompu, qui reste-t-il pour remplir les salles ?

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