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© Camer.be : Paul Moutila
- 30 Jan 2026 14:56:33
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CAMEROUN :: Guerre de clans au sommet de l'État autour du contrat SGS à Douala :: CAMEROON
Le Port de Douala vit une situation inédite qui dépasse largement les enjeux commerciaux. Malgré la position officielle du gouvernement favorable au maintien du partenariat avec SGS, les installations ont été démontées sous les yeux impuissants de la gendarmerie. Derrière ce chaos apparent se cache une guerre de clans qui déchire le sommet de l'État camerounais.
Deux camps irréconciliables au cœur du pouvoir
D'un côté, le clan Ngoh Ngoh mené par Ferdinand Ngoh Ngoh et son allié Cyrus Ngoh a décidé unilatéralement de résilier le contrat avec SGS. De l'autre, le camp Nguté-Motaze, incarné par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, défend le respect des obligations contractuelles et insiste pour maintenir l'accord avec l'entreprise suisse.
Cette fracture révèle l'ampleur de la crise institutionnelle qui gangrène le Cameroun. Les décisions ne se prennent plus selon les procédures légales, mais selon les rapports de force entre factions rivales. Le démantèlement des équipements SGS au port devient le symbole visible d'une lutte invisible pour le contrôle des leviers économiques du pays.
L'ombre d'une légitimité contestée
La guerre de clans actuelle trouve ses racines dans une crise de légitimité plus profonde. La nomination de Paul Biya par le Conseil constitutionnel après la dernière élection présidentielle continue de susciter des interrogations. Les résultats officiels proclamés ne correspondent pas, selon plusieurs observateurs, aux chiffres sortis des urnes. Cette contestation latente alimente les divisions au sein même de l'appareil d'État.
Chaque clan tente désormais d'imposer sa vision et ses intérêts à travers les dossiers stratégiques comme celui du scanning portuaire. Le contrat SGS, qui devrait relever d'une décision technique et administrative, devient un terrain d'affrontement politique où s'expriment des ambitions contradictoires.
Un imbroglio juridique et institutionnel
Louis Paul Motaze, ministre des Finances, brandit l'argument juridique. Rompre unilatéralement un contrat avec SGS expose le Cameroun à des contentieux internationaux et à des indemnités colossales. Sa position s'appuie sur le respect de l'État de droit et la préservation des finances publiques.
Face à lui, le clan Ngoh Ngoh privilégie une approche plus pragmatique ou opportuniste selon les points de vue. La résiliation du contrat répondrait à d'autres logiques : repositionnement stratégique, pressions extérieures ou intérêts économiques alternatifs. Les motivations exactes restent floues, alimentant toutes les spéculations.
La gendarmerie, témoin impuissant du chaos
Les forces de sécurité présentes lors du démantèlement se sont retrouvées dans une position impossible. Devaient-elles faire respecter la décision gouvernementale officielle de maintien du contrat ? Ou obéir aux ordres venus d'une autre chaîne de commandement liée au clan Ngoh Ngoh ? Leur inaction traduit la confusion qui règne au sommet de la hiérarchie.
Cette paralysie institutionnelle a des conséquences directes sur le fonctionnement du principal port du pays. Les opérateurs économiques ne savent plus à quelle autorité se fier. Les investisseurs internationaux observent avec inquiétude un pays où les règles du jeu peuvent changer du jour au lendemain selon les rapports de force internes.
Un conflit aux ramifications nationales
L'affaire SGS n'est que la partie émergée d'un iceberg institutionnel. Elle illustre comment la légitimité contestée du pouvoir fragilise l'ensemble du système de gouvernance camerounais. Quand les clans se déchirent au sommet, c'est tout l'édifice étatique qui vacille.
Les acteurs économiques et politiques étrangers scrutent avec attention l'évolution de ce bras de fer. Selon l'issue du conflit, c'est toute la crédibilité du Cameroun sur la scène internationale qui pourra être affectée. Un État incapable de faire respecter ses propres décisions perd inévitablement en attractivité et en fiabilité.
L'imbroglio total évoqué par les observateurs n'est pas une exagération. C'est une description factuelle d'un pays où les centres de décision se multiplient et se contredisent, où la ligne officielle est systématiquement contournée par des logiques claniques parallèles.
Cette guerre de clans finira-t-elle par emporter les dernières structures d'un État déjà fragilisé par des années de contestation de sa légitimité ?
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