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© Le Pays : Michel NANA
- 04 Aug 2015 13:09:00
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RD CONGO :: LOI SUR LES NOUVELLES CIRCONSCRIPTIONS ELECTORALES EN RDC : Une tactique présidentielle pour affaiblir l’opposition :: CONGO DEMOCRATIC
Comme certains chefs d’Etat des pays des Grands Lacs, Joseph Kabila, président de la République Démocratique du Congo, pourrait tripatouiller la Constitution de son pays pour rester au pouvoir. Son mandat prend fin en 2016 et la disposition stipule que « le nombre et la durée des mandats du président de la République (cinq ans, renouvelable une fois, NDRL) ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ». Depuis plusieurs mois, des manœuvres se concoctent dans les officines du régime et des partis politiques qui lui sont proches pour aboutir à la révision de la Constitution. Le dialogue national initié par le camp présidentiel sur le calendrier électoral, le financement du processus électoral, la sécurisation de ce processus et la participation aux scrutins des citoyens récemment parvenus à la majorité, ressemble à un subterfuge. Que dire du projet de loi sur la répartition des sièges aux élections locales et municipales, soumis à l’examen de l’Assemblée nationale?
Cette loi, le Sénat de la RDC l’a rejetée le week end dernier parce qu’elle « n’a pas de fondement constitutionnel ». Un véritable camouflet pour le pouvoir dont l’intention d’affaiblir l’opposition paraît manifeste. Pour « casser de l’opposant », les régimes répressifs d’Afrique ne sont jamais à court d’imagination. Le découpage électoral et la manipulation du fichier électoral restent, en effet, des tactiques bien huilées et connues de tous. Kabila voudrait garantir une victoire à hauteur d’homme de son camp aux prochaines élections qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Après avoir démembré la province du Katanga en quatre entités pour mieux régner, le président veut donc réorganiser les circonscriptions électorales pour espérer écraser ses adversaires ou rivaux comme Moïse Katumbi, dernier gouverneur du Katanga en tant qu’entité provinciale.
Kabila doit se rendre à l’évidence qu’il existe des indices réels d’un échec politique
Il est tellement pressé d’arriver à ses fins qu’il a tordu le coup à la procédure en usurpant le rôle de la Commission électorale nationale indépendante. Heureusement pour la République congolaise, il y a une institution qui semble s’être émancipée de l’assujettissement mécanique à l’Exécutif. Il s’agit du Sénat congolais qui, en rejetant le projet de loi présenté par le gouvernement, démontre qu’il n’est pas une boîte d’enregistrement. C’aurait été l’Assemblée nationale que la loi passerait malgré son inconstitutionnalité avérée.
Ce n’est pas la première fois que le président Joseph Kabila voit son projet bloqué, que ce soit au niveau de l’Assemblée nationale ou du Sénat. La loi sur la répartition des sièges peut toujours passer si la commission mixte paritaire Sénat-Assemblée arrive à trouver un consensus ; n’empêche qu’au stade actuel des choses, Kabila doit se rendre à l’évidence qu’il existe des indices réels d’un échec politique et électoral. Sa stratégie de livrer à la justice certaines personnalités de son parti en montant de toutes pièces des dossiers de corruption et de détournement de deniers publics ne lui épargnera pas des résistances internes. L’expérience a montré que l’antidote des dictatures et de l’arbitraire des partis dirigeants et des régimes en place se trouve au sein d’eux-mêmes. Moïse Katumbi qui se comporte jusqu’içi comme une victime consentante du régime congolais, pourrait être un des pires cauchemars de Kabila. Le gouverneur du Katanga qui s’est muré dans un silence souvent incompris mais stratégique, pourrait être de loin le grand gagnant du boulot incommensurable de l’opposition politique congolaise. Face à l’âge et au manque de lucidité du vieux Etienne Tshisekedi de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Katumbi pourrait être une alternative crédible d’une classe politique congolaise en quête d’un leader charismatique, capable d’assumer hic et nunc une ambition présidentielle.
Joseph Kabila, dans sa passion effrénée de tuer toute rivalité politique au sein de son parti et de la classe politique de son pays, risque de se réveiller trop tard.
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