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© Camer.be : Paul Moutila Avec JA
- 28 May 2026 12:15:16
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CAMEROUN :: Ngoh Ngoh, Chantal Biya, Franck : le triangle qui paralyse le pouvoir :: CAMEROON
Dans les couloirs feutrés du palais d'Etoudi, une guerre de clans redessine en silence les contours du pouvoir camerounais et la succession de Paul Biya se joue peut-être là, dans l'ombre de la DGRE.
Une note confidentielle. Un fils qui défie son père. Et au centre de la tempête, un directeur des renseignements pris en étau entre deux camps irréconciliables.
Au Cameroun, les batailles les plus décisives ne se livrent pas dans les urnes. Elles se jouent dans les bureaux climatisés d'Etoudi, dans les notes discrètes qui remontent jusqu'au chef de l'État, dans les loyautés qui se monnaient et les trahisons qui se préparent en silence.
Depuis quelques mois, la Direction générale de la recherche extérieure, les yeux et les oreilles du régime à l'international est devenue le terrain d'une confrontation inédite. D'un côté, Franck Biya, le fils du président, pressenti pour la vice-présidence. De l'autre, un clan autour de la première dame et du tout-puissant secrétaire général de la présidence. Et entre les deux : un homme seul, Jean-Pierre Robins Ghoumo, directeur de la DGRE, dont l'avenir se joue sans lui.
Un homme dans la tourmente
Jean-Pierre Robins Ghoumo n'a pas eu le temps de souffler. Nommé fin 2023 à la tête de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) dans des circonstances dramatiques son prédécesseur Léopold Maxime Eko Eko venait d'être arrêté dans le sillage de l'affaire Martinez Zogo , il hérite d'une maison fracturée, de cadres loyaux à l'ancien patron, et d'une légitimité fragilisée dès le départ.
Selon des sources proches de la présidence citées par Jeune Afrique, Ghoumo peine à s'imposer. Les hauts responsables restés fidèles à Eko Eko contestent ouvertement sa gestion. Et ses rapports ne parviennent au chef de l'État que filtrés par Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence une situation qui constitue, pour certains, une anomalie structurelle dangereuse.
La note qui change tout
En février dernier, une note atterrit sur le bureau de Paul Biya. Elle porte la marque de Franck Biya, son fils. Son contenu : le remplacement immédiat de Jean-Pierre Robins Ghoumo. Son successeur proposé : le colonel de gendarmerie à la retraite Joël Émile Bamkoui, ancien patron de la Sécurité militaire.
La démarche est frontale. Inédite dans sa forme. Et révélatrice d'un basculement.
Car Franck Biya ne s'oppose pas à Ghoumo par caprice. Il y voit une menace systémique. Convaincu que le directeur de la DGRE est une créature de Ngoh Ngoh et de Chantal Biya qui ont pesé ensemble pour sa nomination , il redoute que les informations sensibles remontant jusqu'au président soient triées, sélectionnées, voire manipulées par le secrétaire général.
"Celui qui contrôle les renseignements contrôle le récit que le président se fait de la réalité", résume un observateur proche du dossier.
Les fuites qui irritent
À cette crainte structurelle s'ajoute une autre blessure : les fuites. Depuis des mois, des informations concernant Franck Biya y compris sur sa vie privée circulent dans les médias de la diaspora et sur les réseaux sociaux. Le fils du président en tient Ghoumo pour partiellement responsable, lui reprochant l'incapacité ou le manque de volonté de colmater ces brèches.
La pression monte encore d'un cran depuis la réinstauration du poste de vice-président de la République. Franck Biya y est pressenti. Mais Chantal Biya et son clan s'y opposent. La DGRE devient alors un enjeu de premier plan : qui en contrôle les renseignements peut influencer la trajectoire de cette nomination cruciale.
Paul Biya choisit d'attendre
Alerté par les manœuvres de son fils et par les tensions au sein de la DGRE, Paul Biya a, pour l'heure, choisi de ne pas trancher. Le président dont le style de gouvernance repose précisément sur l'équilibre des forces et la neutralisation mutuelle des clans laisse la situation se cristalliser sans intervenir.
Pour combler les lacunes opérationnelles, il a néanmoins opté pour une solution inédite : faire appel aux services de renseignement américains. Une décision qui en dit long sur le niveau de défiance vis-à-vis de ses propres structures.
Parallèlement, il a ordonné le renforcement du dispositif de sécurité autour de la résidence de son fils signe que la menace est prise au sérieux, même si elle reste non identifiée publiquement.
Franck consolide son réseau
Loin de se laisser isoler, Franck Biya s'emploie à tisser ses propres filets. Il s'appuie sur Robert Nkili, vice-président du Sénat, et sur Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de son père. Il entretient également des relais au sein des diplomaties occidentales un positionnement international qui renforce sa lisibilité comme successeur potentiel aux yeux de partenaires étrangers.
La bataille pour l'après-Biya a commencé. Elle ne se joue pas encore dans les rues de Yaoundé. Elle se joue dans les notes confidentielles, les loyautés renseignementaires, et les ambitions soigneusement dissimulées derrière le protocole.
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