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© Camer.be : Franck Bafeli
- 29 May 2026 07:15:15
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CAMEROUN :: Rachat du capital de la sgc: le rôle trouble du ministre des finances. :: CAMEROON
Le 12 mai 2026, dans les salons de l'hôtel Hilton de Yaoundé, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a présidé la cérémonie de clôture d'une transaction inédite dans l'histoire bancaire camerounaise.
L'acquisition par l'État du Cameroun de 58,08 % du capital de Société Générale Cameroun (SGC), pour un montant de 129 milliards de FCFA toutes taxes comprises. La banque, active dans le pays depuis plus de soixante ans, a été rebaptisée General Bank of Cameroon (GBC). Ce faisant, l'État porte sa participation au capital à 83,68 %, faisant de cet établissement la deuxième plus grande banque publique du pays.
Le départ De la SGC et les opérations de rachat.
La décision de Société Générale de quitter le continent africain date de 2023. En ce qui concerne le Cameroun, la banque amorce des discussions avec plusieurs repreneurs potentiels, parmi lesquels Coris Bank International, groupe financier burkinabé, avec lequel un accord de principe est conclu. Des acteurs comme Zenith Bank, Access Holding, UBA, le groupe nigérian Guaranty Trust Holding, ou encore BGFIBank du Gabon, manifestent également leur intérêt. Au départ, si Les contours officiels de l'opération de rachat sont clairs, des éléments recueillis indiquent que le montage financier retenu par le ministre des Finances diverge avec les instructions de la présidence de la République..
L’instruction de la Présidence
À la mi-2024, des sources gouvernementales confirment que la présidence a mandaté la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) pour étudier la possibilité d'une acquisition de ces actifs. La CNPS est alors présentée comme le véhicule financier désigné par les hautes autorités pour conduire cette opération. Le groupe bancaire NSIA, déjà présent au Cameroun dans le secteur des assurances, est également mentionné comme partenaire potentiel de ce consortium. Aussi, Une correspondance datée du 27 avril 2026 et signée de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République, adressée au ministre des Finances prescrit la conclusion d'un partenariat avec le consortium CNPS/NSIA-Bank en vue de la gestion de la phase de transition (TSA) consécutive à l'acquisition des actions de Société Générale.
Le rôle trouble du ministre des Finances
Le 16 janvier 2025, le ministre Louis Paul Motaze adresse au conseil d'administration de Société Générale Cameroun une correspondance officielle dans laquelle il notifie l'exercice par l'État camerounais de son droit de préemption, tel que prévu par l'article 10.2 des statuts de la société. Cette lettre rend caduc l'accord de principe conclu avec Coris Bank International. L'État se positionne alors comme acheteur exclusif des 58,08 % détenus par le groupe français.
Ecart entre prescription et l’exécution
C'est à ce stade que l'information exclusive recueillie par notre rédaction prend tout son relief. Selon une source interne au processus, dont les propos ont pu être recoupés avec d'autres éléments disponibles, le ministre des Finances aurait, dans la conduite du financement, contourné le schéma prescrit par la présidence. Au lieu de mobiliser les fonds auprès du consortium CNPS/NSIA-Bank tel qu'instruit par Étoudi, le ministère, selon nos informations, aurait eu recours à BGFIBank pour assurer le financement de l'acquisition.
La CNPS hors course
La trajectoire de la CNPS dans ce dossier mérite attention. En juin 2024, la présidence la désigne comme acteur central du montage. Quelques mois plus tard, en début 2025, plusieurs sources font état de ce que le directeur général de la CNPS, Noël Olivier Mekulu Mvondo, s'est allié à des chefs d'entreprises locales pour formuler une offre de rachat. Cette offre, de sources concordantes, est restée sans suite. Fin janvier 2025, un média spécialisé rapporte que l'option CNPS n'est plus à l'ordre du jour. La caisse de pension, dont la vocation première est de gérer les cotisations retraite des salariés du secteur formel, se voit ainsi écartée d'une opération pour laquelle elle avait reçu mandat.
NSIA Bank, maintenue à distance
Quant à NSIA-Bank, groupe de bancassurance ivoirien présent au Cameroun via ses activités d'assurance, ses intentions sur le marché bancaire camerounais sont claires depuis 2024. Son directeur général, Léonce Yacé, avait annoncé un dénouement attendu pour le premier semestre 2025. Jean Kacou Diagou, PDG du groupe, a été reçu en audience au ministère des Finances le 5 juin 2025, où il a affiché l'intérêt de son groupe pour reprendre le réseau de SGC. NSIA figure aujourd'hui, aux côtés de BGFIBank et Zenith Bank, parmi les trois groupes panafricains positionnés pour entrer dans le capital de la nouvelle General Bank of Cameroon. Mais elle n'a pas participé au financement initial du rachat.
Les enjeux d’un montage financier peu ordinaire
L’opacité qui entoure le montage financier de cette acquisition fragilise sa portée politique. Lorsque les instructions présidentielles prescrivent un financement par le consortium CNPS/NSIA-Bank, et que le ministère de tutelle recourt à un autre mécanisme- en l'espèce un acteur bancaire privé qui postule simultanément à une entrée dans le capital de la banque rachetée- la question de la gouvernance se pose avec acuité. Les 129 milliards de FCFA engagés dans cette opération sont des fonds publics, ou mobilisés pour le compte de l'État. Leur origine mérite d'être documentée publiquement. L'absence de communication sur ce point, à l'heure où la General Bank of Cameroon prend ses marques sur le marché, est une lacune que les autorités compétentes ont l'obligation de combler.
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