Iyodi brise le silence : « Cette réforme, c'est Biya qui choisit son successeur à notre place »
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Dans les couloirs du pouvoir camerounais, une modification constitutionnelle a été adoptée, instaurant un poste de vice-président de la République. Pour ses promoteurs, il s'agit de renforcer la stabilité de l'exécutif, de moderniser les institutions, de préparer l'avenir.

Pour Samuel Hiram Iyodi, ancien candidat à l'élection présidentielle camerounaise, c'est tout autre chose.

Dans une intervention remarquée sur le plateau d'Équinoxe TV, dans l'émission La Vérité en Face, il a développé une critique en deux temps méthodique, articulée, et politiquement explosive.

Premier grief : une promesse non tenue

"J'étais candidat à l'élection présidentielle, j'ai fait campagne sur la base d'un projet que j'ai défendu devant les Camerounais", rappelle-t-il d'entrée de jeu.

La logique est simple mais implacable : dans une démocratie, un président est élu sur la base d'un programme. Ce programme engage. Il constitue un contrat moral avec les électeurs.

Or, selon Iyodi, la création d'un poste de vice-président ne figurait pas dans le projet défendu par Paul Biya lors de sa dernière campagne. "Il ne me semble pas, dans le projet défendu par le chef de l'État, pour le peu dont nous avons pris connaissance, qu'il promettait l'instauration d'une fonction de vice-président."

Si l'affirmation est exacte et elle n'a pas été formellement démentie elle soulève une question de fond : peut-on modifier aussi profondément la structure de l'exécutif sans que cette réforme ait été soumise à la validation des citoyens lors d'une élection ?

Deuxième grief : un texte troué

Mais Iyodi ne s'arrête pas là. Il pointe un vide juridique qui aurait dû, selon lui, alerter tous les constitutionnalistes.

"Le texte ne dit pas exactement quelles sont les conditions à remplir pour être effectivement vice-président. C'est une curiosité."

En droit constitutionnel, cette imprécision n'est pas anodine. Elle crée une zone grise. Qui peut être nommé ? Selon quels critères ? Quelle formation, quelle légitimité, quel parcours sont requis ? Autant de questions auxquelles le texte, selon l'ancien candidat, ne répond pas.

Cette lacune n'est pas qu'un problème technique. Elle est le symptôme d'une réforme construite dans la précipitation ou dans l'opacité.

Le cœur du problème : la succession sans mandat populaire

C'est là que l'analyse d'Iyodi prend toute sa dimension politique.

Dans la plupart des systèmes constitutionnels, le vice-président est élu en même temps que le président, sur un scrutin de liste. Les citoyens votent pour un binôme. Ils savent qui pourrait les gouverner en cas de vacance du pouvoir.

Ce n'est pas le cas ici. Le vice-président camerounais serait nommé par le chef de l'État. Et en cas de vacance du pouvoir, décès, empêchement, démission ce vice-président nommé deviendrait président de la République.

Un président que les Camerounais n'auraient jamais choisi.

"Nous nous retrouverions donc au Cameroun avec un vice-président de la République nommé par le chef de l'État, pouvant lui succéder en cas de vacance et donc, un président de la République qui n'a pas été désigné par les citoyens camerounais."

La formule est précise. La conclusion est lourde.

"Conservation du pouvoir" : l'accusation centrale

Iyodi tire le fil jusqu'au bout. Il ne s'agit pas, selon lui, d'une réforme institutionnelle. Il s'agit d'une manœuvre.

"Comme pour l'électricité, comme pour la gestion des localités, c'est une question de conservation de pouvoir."

La référence aux crises électrique et locale n'est pas gratuite. Elle inscrit cette réforme dans un schéma plus large : celui d'un pouvoir qui concentre les décisions, contourne les contre-pouvoirs et réduit l'espace de participation citoyenne.

"Le président de la République, Paul Biya décidera ou déciderait de qui serait le troisième président de la République du Cameroun à la place des citoyens camerounais."

C'est l'accusation la plus grave. Et la plus difficile à réfuter sur le plan constitutionnel.

Ce que propose l'opposition

Iyodi ne se contente pas de critiquer. Il avance une alternative.

"S'il faut un vice-président, il doit être élu en même temps que le président de la République sur un scrutin de liste auquel les Camerounais seront conviés."

C'est la norme dans des pays comme les États-Unis, le Nigeria ou la Côte d'Ivoire. La légitimité populaire du tandem exécutif est garantie par le vote direct des citoyens.

Cette proposition reformule le débat : la question n'est pas si le Cameroun doit avoir un vice-président, mais comment ce vice-président doit accéder à sa fonction.

Un débat qui dépasse les frontières

La question soulevée par Iyodi dépasse le cadre camerounais. Elle touche à un enjeu universel : comment les démocraties africaines gèrent-elles la transmission du pouvoir ?

Dans plusieurs pays du continent, la modification constitutionnelle a été utilisée pour contourner les limites de mandats, modifier les règles de succession ou concentrer davantage de pouvoir dans l'exécutif. Le Cameroun n'est pas le premier sur ce chemin et ne sera pas le dernier.

Ce qui rend le cas camerounais particulier, c'est l'absence apparente de débat public préalable à la réforme, le silence sur les conditions d'éligibilité au poste, et la rapidité avec laquelle une modification aussi profonde a été adoptée.

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