Gouvernance : le Cameroun à la croisée des chemins
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Gouvernance : le Cameroun à la croisée des chemins :: CAMEROON

Réinstallé au pouvoir par un Conseil constitutionnel perçu comme acquis à sa cause, après le  scrutin du 12 octobre 2025, fortement contesté, Paul Biya, âgé de 93 ans et fort de 44 années passées à la tête de l’État, gouverne désormais dans l’ombre des contradictions d’un système truffé de « monstres » qu’il a façonnés de ses soins. Pendant ce temps, les Camerounais sont confrontés à l’une des situations sociopolitiques les plus préoccupantes de leur histoire récente, dans une impasse qui semble sans issue.

Plus de sept mois se sont écoulés depuis la réélection de Paul Biya pour un nouveau mandat de sept ans, portant à 44 ans sa longévité au sommet de l’État camerounais. L’absence d’un nouveau gouvernement et le maintien des mêmes acteurs aux postes de responsabilité alimentent les interrogations sur la gouvernance effective du pays. Une première question s’impose : quel est aujourd’hui le rôle des députés, dont la mission première consiste à défendre les intérêts de leurs électeurs, alors que le ministre des Finances instaure une nouvelle taxe assimilée à des droits de douane sur les téléphones, tablettes et autres équipements électroniques ? Concrètement, un téléphone envoyé à un proche et activé sur un réseau national sans acquittement préalable de ces frais pourrait être automatiquement bloqué après un mois d’utilisation.

D’un point de vue strictement juridique, une telle mesure soulève de sérieuses interrogations. Comment justifier un tel décalage dans un pays où les membres du gouvernement figurent parmi les citoyens les plus fortunés, alors même que les grilles salariales de la fonction publique sont connues de tous ? Une autre question mérite également d’être posée : la réélection du président Paul Biya traduit-elle réellement la volonté populaire ? Au regard de ces réalités, les députés concernés pourront-ils encore prétendre bénéficier de la confiance de leurs électeurs ? Pour ma part, j’en doute fortement.

Au cours des cinq dernières années, le Cameroun a consacré plus de 20 milliards de francs CFA au seul secteur du football, selon une estimation prudente, pour des résultats qui demeurent largement discutables. Il est légitime de s’interroger sur le nombre de centres de santé ou d’établissements scolaires qui auraient pu être construits ou réhabilités au bénéfice des populations avec seulement la moitié de cette enveloppe.

Par ailleurs, plusieurs membres de l’actuel gouvernement ainsi que certains parlementaires se retrouvent au cœur de controverses alimentées par les investigations de la Cour des comptes. Ces enquêtes ont révélé d’importantes irrégularités dans l’attribution des marchés publics et dans la gestion des ressources de l’État, notamment dans le cadre du scandale financier lié à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations, communément appelé « Cangate ». Les conclusions disponibles indiquent que, sur les 51 marchés attribués pour la préparation de cette compétition, 41 l’ont été par entente directe, sans recours à une procédure d’appel d’offres ouverte et concurrentielle.

Dans ce contexte, les autorités semblent contraintes de rechercher de nouvelles sources de recettes fiscales afin de renflouer les caisses de l’État et d’assurer le financement de ses engagements. Reste à savoir si cette stratégie peut constituer une réponse durable aux profondes failles de gouvernance qui continuent de fragiliser le pays.

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