Affaire Zogo : quand certains médias annoncent l'innocence avant le jugement
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Dans une déclaration officielle datée du 4 juin 2026, le Syndicat National des Journalistes du Cameroun condamne les publications ayant titré "DISCULPÉ", "INNOCENTÉ" ou "BLANCHI" en plein procès Martinez Zogo, rappelant que la vérité judiciaire n'appartient qu'aux tribunaux et non aux rédactions.

Le procès n'est pas terminé. Mais certains journaux ont déjà rendu leur verdict.

En lettres capitales, en "UNE", pendant que les juges du tribunal militaire de Yaoundé poursuivent encore l'examen des faits : "DISCULPÉ". "INNOCENTÉ". "BLANCHI".

Face à ces titres, le Syndicat National des Journalistes du Cameroun a choisi de briser le silence. Pas pour défendre un camp. Mais pour défendre deux choses que le SNJC juge indissociables : l'indépendance de la justice, et la crédibilité de la presse.

Parce que quand la presse brûle les étapes, c'est la profession tout entière qui en paie le prix.

Affaire Zogo : le SNJC interpelle la presse camerounaise sur sa couverture du procès en cours

Le Bureau Exécutif National du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (BEN/SNJC) a rendu publique le 4 juin 2026 une déclaration officielle dénonçant la couverture de certains médias dans le cadre du procès sur l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Signée par Hilaire Hamekoue, Secrétaire Général du syndicat, elle pointe nommément des titres l'Anecdote, l'Abces Républicain, Première Heure, Cameroun Actuel, Nkulongla qui auraient publié en première page des termes tels que "DISCULPÉ", "INNOCENTÉ" ou "BLANCHI".

Le problème, selon le SNJC : le procès est toujours en cours.

Un verdict de presse avant le verdict judiciaire

La déclaration du SNJC intervient dans un contexte de forte pression médiatique autour d'une affaire qui a profondément ébranlé la profession journalistique camerounaise et l'opinion publique nationale et internationale. L'assassinat de Martinez Zogo, directeur d'Amplitude FM, enlevé en janvier 2023, torturé et retrouvé mort, a déclenché une mobilisation sans précédent pour la liberté de la presse en Afrique centrale.

Dans ce contexte de forte émotion, certaines rédactions semblent avoir anticipé l'issue judiciaire en publiant des "UNE" qui sonnent comme des verdicts avant l'heure. Le SNJC qualifie ces publications de "affirmations péremptoires" incompatibles avec les règles fondamentales du journalisme judiciaire et avec le bon fonctionnement d'un État de droit.

Deux principes, une ligne rouge

Le syndicat structure son interpellation autour de deux piliers.

Le premier est l'indépendance de la justice. Le SNJC rappelle qu'il appartient "exclusivement aux juridictions saisies de déterminer les responsabilités éventuelles des personnes mises en cause, sur la base des éléments contradictoirement débattus devant elles." Aucun titre de journal, aussi impactant soit-il, ne peut se substituer à cette fonction.

Le second est le devoir de responsabilité des médias. Dans les affaires judiciaires sensibles, le SNJC estime que "la recherche de l'information doit s'accompagner de prudence et de mesure afin de préserver la sérénité des débats et le droit du public à une information rigoureuse."

Ces deux principes ne sont pas en opposition avec la liberté de la presse. Ils en sont, selon le syndicat, le fondement même.

Une blessure toujours ouverte

Le SNJC ne cache pas l'émotion qui traverse la profession. "L'assassinat de notre confrère Martinez Zogo demeure une blessure profonde pour la communauté des journalistes et pour tous ceux qui demeurent attachés à la liberté de la presse et au respect de la dignité humaine", écrit le syndicat.

C'est précisément parce que l'affaire touche à l'intime de la profession que le SNJC estime devoir hausser le ton. La pression émotionnelle ne saurait justifier un manquement aux règles déontologiques et la solidarité professionnelle ne doit pas se transformer en parti pris éditorial.

Une exigence inchangée

La déclaration se conclut sur une formule sans ambiguïté : "Notre seule revendication demeure inchangée : que justice soit rendue, dans son intégralité, en toute indépendance et à l'abri de toute forme de pression ou d'influence."

Ce faisant, le SNJC adresse un message qui dépasse le seul cadre de l'affaire Zogo : dans un État de droit, la presse et la justice ont des rôles distincts. Les confondre ne sert ni l'une, ni l'autre et encore moins la vérité.

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