Rebecca Enonchong - SRC : harcèlement politique ou dette ?
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L'entrepreneure star, récemment nommée vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale, affirme être victime d'un acharnement judiciaire pour ses prises de position critiques. La SRC, saisie par l'État, assure détenir les pièces justifiant une dette contractée auprès de l'Union Bank of Cameroon. Deux vérités s'affrontent devant le tribunal de Douala-Bonanjo.

23 mars 2026, Douala. Rebecca Enonchong, l'une des figures les plus influentes de la tech africaine, assigne la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC) devant le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. Motif : une injonction de payer 7 434 263 FCFA reçue sur son numéro WhatsApp américain, au lendemain de sa prise de position sur la crise post-électorale de 2025.

L'entrepreneure, fondatrice d'AppsTech et récemment nommée première femme africaine vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale, y voit un harcèlement à motivation politique. La SRC, de son côté, dément toute intention politique.

Deux versions. Un tribunal saisi. Et une question qui dépasse largement les 7 millions en jeu : peut-on critiquer le pouvoir camerounais sans que l'État finisse par frapper à votre porte ?

Rebecca Enonchong contre la SRC : harcèlement politique ou recouvrement légitime ?

L'étincelle : une conférence de presse qui change tout

Tout commence en décembre 2025. Rebecca Enonchong participe à une conférence de presse organisée par les avocats d'Issa Tchiroma Bakary, le candidat de l'opposition à la présidentielle d'octobre 2025. Elle y dénonce la manière dont l'État s'acharne sur les opérateurs économiques qui ne sont pas « dans le système », en cherchant des prétextes détournés pour les briser.

« Les entrepreneurs considérés comme politiquement hostiles sont souvent pris pour cible par les institutions étatiques », a-t-elle déclaré.

La réponse ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, elle reçoit une sommation de la SRC sur son numéro WhatsApp américain, lui réclamant 7,5 millions de francs CFA au titre d'une prétendue dette envers l'Union Bank of Cameroon.

La thèse de Rebecca Enonchong : un harcèlement politique

Pour l'entrepreneure, cette injonction est une manœuvre d'intimidation. Elle affirme ne pas connaître la société mentionnée dans les documents de la SRC et n'avoir jamais contracté de prêt bancaire au Cameroun.

« Je ne connais pas cette société. J'ignore d'où elle vient et pourquoi mon nom y est associé », a-t-elle déclaré.

Plus troublant encore : les commandements de payer reçus en mars la visaient personnellement, en plus d'une société fantôme. Or une société a une personnalité morale distincte de son dirigeant. La cibler nominativement, sans qu'elle n'ait jamais signé la moindre garantie personnelle, trahit, selon elle, l'intention réelle : l'atteindre elle, et non recouvrer une créance.

Le 23 mars 2026, elle assigne la SRC devant le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, en nullité de commandement et discontinuation des poursuites. Quatre mois de procédure plus tard, elle affirme qu'aucun document justificatif ne lui a été présenté.

La contre-attaque de la SRC : une dette bien réelle

Ce 20 juillet 2026, la SRC sort du silence. Dans une mise au point officielle signée de sa Directrice Générale Marie-Rose Messi, l'institution affirme que la créance n'est pas une fabrication.

Selon la SRC, il s'agit d'un ancien solde débiteur auprès de l'Union Bank of Cameroon (UBC), transmis à l'institution par l'État dans le cadre du traitement des créances compromises de cette banque. Les documents existent, assure-t-elle.

Rappelons que l'UBC, banque en restructuration, a cédé ses créances compromises à l'État du Cameroun. La SRC est chargée de recouvrer ces créances, qui s'élèvent à près de 34 milliards de FCFA pour 480 débiteurs.

La saisie des bureaux : un signal fort

Le 17 juillet 2026, l'affaire prend une nouvelle dimension. Des agents de la SRC, accompagnés de policiers et de gendarmes, débarquent dans les bureaux de la société de Rebecca Enonchong.

Sans présenter le moindre document, ils emportent tout : ordinateurs, meubles, télévision, réfrigérateur, machine à café… jusqu'au sucre. Certains biens sont endommagés, les locaux sont scellés.

La saisie est estimée à 50 millions de FCFA de biens pour une prétendue créance de 7,5 millions. Face à l'huissier que Rebecca Enonchong avait fait venir pour constater les dégâts, la réponse des agents tient en une phrase : « Nous sommes ».

Une arrestation et une mobilisation internationale

Le 23 juin 2026, Rebecca Enonchong est arrêtée à Douala et placée en détention à la Légion de gendarmerie sur ordre verbal du Procureur général, pour « outrage au tribunal ». Elle y passe trois nuits.

Son arrestation suscite une vague d'indignation sur les réseaux sociaux, avec le hashtag FreeRebecca. Des personnalités internationales, dont l'ancien secrétaire d'État adjoint américain aux Affaires africaines, Tibor Nagy, et le haut-commissaire canadien au Cameroun, Richard Bail, demandent sa libération.

Le 26 juin 2026, toutes les charges sont abandonnées. Rebecca Enonchong tweete : « I'm free!! All charges dropped! ».

Une nomination qui change la donne

Entre-temps, le 11 juin 2026, Rebecca Enonchong est nommée vice-présidente de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) à Paris. Une première dans l'histoire de l'organisation centenaire, qui représente 45 millions d'entreprises dans 170 pays.

Cette nomination donne à l'affaire une dimension internationale. L'historien Arol Ketch estime qu'elle s'inscrit dans une longue tradition de pressions exercées contre des opérateurs économiques perçus comme proches de l'opposition ou indépendants du pouvoir.

Les enjeux : bien plus qu'une dette de 7,4 millions

L'affaire Enonchong-SRC soulève des questions fondamentales :

- L'indépendance de la justice : la SRC conteste la compétence du tribunal de Douala-Bonanjo, retardant l'examen au fond.
- La liberté d'expression : peut-on critiquer le pouvoir sans subir de représailles ?
- Le climat des affaires : quel signal cela envoie-t-il aux investisseurs étrangers ?

« Une longue tradition d'État au Cameroun » , résume Arol Ketch.

Ce que l'on sait et ce que l'on ignore encore

Ce qui est confirmé :
- Rebecca Enonchong a reçu une injonction de payer de la SRC.
- Elle a assigné la SRC en justice le 23 mars 2026.
- Ses bureaux ont été saisis le 17 juillet 2026.
- Elle a été arrêtée puis relâchée fin juin 2026.
- La SRC affirme détenir des documents prouvant la dette.

Ce qui reste à éclaircir :
- L'authenticité des documents de la SRC.
- La décision du tribunal de Douala-Bonanjo.
- Les motivations réelles derrière les poursuites.


Qu'en pensez-vous ? Rebecca Enonchong est-elle victime d'un harcèlement politique ?

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