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© Camer.be : Interview réalisée par Alain Ndanga, à Paris
- 13 Jul 2026 06:57:39
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FRANCE :: Mathias Aubry-Rakowski : « Faire un livre, c'est comme faire un enfant »
Il fait chaud ce 3 juillet à Paris. Installé à l’extérieur d’un magasin huppé du centre commercial Westfield Forum des Halles, dans le premier arrondissement de la capitale française, le directeur de la maison d’édition Les Éditions du Mahury, Mathias Aubry-Rakowski, nous accorde une interview. Il s’exprime sur l’ouvrage Pêle-mêle, ceux qui chantent en moi de Migail Montlouis-Félicité, dont la cérémonie de dédicace s’est tenue le 29 juin dernier à l’Hôtel Édouard.
La cérémonie de présentation de l'ouvrage Pêle-mêle, ceux qui chantent en moi de Migail Montlouis-Félicité s’est déroulée le 29 juin dernier à Paris. Quel regard portez-vous sur ce moment de célébration littéraire ?
Pour les Éditions du Mahury, c'était un bel événement : d'abord parce que Migail était contente. Quand je travaille, mon objectif, c'est que mes auteurs soient heureux. Déjà, qu'ils prennent conscience de leur rôle dans le monde, parce que je pense que les écrivains ont vraiment un rôle primordial à jouer, et je veux qu'ils prennent aussi confiance en eux. Nous sommes une pépite en termes de maison d’édition. Il est question, dans ce genre d’événements, de mettre en avant des auteurs qui ne sont pas encore sur les marges du podium de ceux qui vendent le plus, etc. Ce sont des auteurs, pour la plupart, qui ne débutent pas en tant qu'écrivains. Nombre d’entre eux ont une pratique qui date de longtemps, mais qui débutent sur le marché du livre. Et donc, nous poursuivons un double enjeu : conscience et confiance.
Comment mesurer votre niveau de satisfaction après cet événement qui a mobilisé des personnalités issues de différents horizons ?
Comme je viens de le dire, c'était un moment très agréable pour Migail. Je pense, parce qu'il y a eu un bon nombre de gens qui l'aiment, qu'elle aime. Il s'avère que Migail fait partie d’un réseau de gens qui font plein de choses dans différents domaines. Ce soir-là, on avait un peu la petite intelligentsia afro-descendante parisienne. Donc c'était évidemment un événement qui avait un certain prestige. C'est pour ça que moi, j'ai voulu vraiment mettre les petits plats dans les grands, faire en sorte que l'événement soit beau, à la fois à la hauteur de Migail et à la hauteur de notre communauté.
Pourquoi les Éditions du Mahury ont-elles fait le choix d'éditer Pêle-mêle ?
Il y a deux choses qui orientent mes choix : d'abord le texte, donc qu'il y ait une certaine qualité littéraire. Après, je considère que le mauvais livre n'existe pas. Un mauvais livre, c'est un livre qui n'a pas encore été assez travaillé. J'aime bien rappeler aux auteurs cette phrase de Dany Laferrière : « Une fois que votre livre est publié, votre éditeur ne peut plus rien pour vous. » Donc, tant qu'on peut travailler, retravailler, réécrire, transformer, on le fait. Donc il y a d'abord la qualité littéraire. Et ensuite, il y a la rencontre avec l'auteur. J'aime collaborer avec ceux qui portent des projets éditoriaux. Pour moi, faire un livre, c'est comme faire un enfant : on est engagé à vie, en général, sauf cas exceptionnel. Et donc, il faut qu'on s'entende dès le départ. Donc j'aime bien qu'on se rencontre, qu'on se jauge, qu'on voie si on est prêts à travailler, collaborer et à s'unir.
Envisagez-vous des rencontres ou une tournée dans d'autres villes, voire à l'international, afin d'aller à la rencontre de nouveaux lecteurs hors les murs de Paris ?
C’est clair que nous aurons d'autres séances de dédicace. C'est pour cela que j'ai un souci particulier : faire que mes livres circulent le plus possible. Quand je publie un livre, c'est pour que le lecteur, quand il referme le livre, ait juste envie de faire un pas de côté. Qu'il se dise : « Tiens, je vis comme ça depuis toujours. Là, je viens de fermer ce livre. Est-ce qu'il y a des choses à changer dans ma vie ? Est-ce que je suis sur ma voie ? » Donc, je ne sais plus pourquoi je me suis emballé là-dessus, mais en tout cas, voilà, j'ai ce souci-là et ça passe par le public. La majorité des écrivains qui travaillent avec moi ont envie de transmettre des choses aux gens. Moi, je suis aussi dans un désir de transmission, donc le lecteur est vraiment notre priorité, et notamment les lecteurs qui ne connaissent pas encore nos auteurs.
Quelle est l’identité éditoriale des Éditions du Mahury et quelles sont les spécificités qui distinguent votre maison dans le paysage de l'édition francophone ?
Au départ, les Éditions du Mahury sont une maison d’édition guyanaise basée à Paris. Guyanaise parce que je suis Guyanais d'origine, tout simplement. J'ai voulu que la maison soit à l'image de notre territoire, la Guyane, donc le pays de l'Amazonie, recouvert en majorité par la forêt amazonienne, qui accueille des gens qui viennent de partout. Pour la petite histoire, ma mère était juive polonaise. On a des gens qui viennent de tous les continents, qui parlent toutes les langues. Quand on a faim, on peut manger des choses qui viennent de partout, il suffit d'aller au coin de la rue. Donc, on a des gens qui viennent de Guyane, mais on a aussi des gens qui viennent d'ailleurs. On est vraiment ouverts. Nous sommes dans la mondialisation, le vivre-ensemble, parce que je sais que c'est un grand sujet obsessionnel en France en ce moment, le vivre-ensemble. Nous, vivre ensemble, c'est faire des bébés ensemble, chez moi. Et donc, je veux que les auteurs de la maison soient le reflet de cette réalité.
Concernant les genres rédactionnels, on a commencé par ce qu'on sait bien faire, donc du roman et de l'album jeunesse. On a débuté une nouvelle collection qui s'appelle « Patrimoines », qui est une collection visant à mettre en valeur et à sauvegarder les patrimoines ancestraux et oraux, d'abord des peuples de l'Amazonie, mais aussi des autres peuples. Là, on a des auteurs un petit peu d'Afrique, d'Asie ; on essaie vraiment de mettre cela en valeur. Et puis, Migail a ouvert un nouveau sillon avec son ouvrage. En perspective, on va voir comment on va commencer à publier des essais et des recueils de poésie, entre autres.
Crédit photo Mathias Aubry-Rakowski, Éditions du Mahury
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