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© Camer.be : Paul Moutila
- 19 Jul 2026 17:04:28
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CAMEROUN :: Paul Biya absent : le vide constitutionnel qui inquiète :: CAMEROON
Quarante et un jours sans chef de l'État sur le territoire national : l'absence prolongée de Paul Biya révèle les failles d'une Constitution révisée pour parer à cette éventualité.
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe ». Quarante et un jours plus tard, le plus vieux chef d'État du monde (93 ans) reste introuvable à Genève, tandis que le Cameroun tourne au ralenti. Aucune image, aucune déclaration, aucune date de retour. Seule certitude : la Constitution révisée le 14 avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président pour garantir la continuité de l'État. Mais ce vice-président n'a jamais été nommé. Le remède est devenu le problème.
41 jours d'absence : un « court séjour » qui s'étire
Le 7 juin 2026, en milieu de journée, le président Paul Biya quitte Yaoundé en compagnie de son épouse Chantal Biya, pour un « court séjour privé en Europe ». La suite officielle est réduite au strict minimum : Samuel Mvondo Ayolo, ministre-directeur du Cabinet civil ; le vice-amiral Joseph Fouda, conseiller spécial ; et Simon Pierre Bikele, chef du protocole d'État.
Cette délégation restreinte laissait présager un bref séjour. Mi-juin, Actu Cameroun annonçait un retour « d'ici la fin du mois ». Mi-juillet, le président est toujours à Genève.
Depuis son départ, seuls des décrets liés aux Forces de défense ont été signés. Aucune signature sur les dossiers économiques, sociaux ou administratifs. « Où est passé Paul Biya ? Absent du Cameroun depuis près de quarante jours, le chef de l'État brille par le silence assourdissant », s'est interrogé l'homme politique Aristide Mono sur Equinoxe Radio.
Genève, deuxième résidence de la République
Le 1er juillet 2026, Jeune Afrique révèle que Paul Biya a réuni toute sa famille en Suisse. L'hôtel InterContinental de Genève est devenu, le temps d'un séjour, la résidence secondaire de la République. Autour du président : la Première Dame Chantal Biya, leurs enfants Junior et Brenda Biya, la gouvernante Mama Medoulou, mais aussi Céline Ngoh Ngoh, épouse du secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh.
Plus inattendu encore : Pierre Meba, frère cadet de Paul Biya, a également été hospitalisé à Genève. Selon plusieurs sources, le président de 93 ans y reçoit des soins dans une clinique privée, après un malaise survenu lors de la fête nationale du 20 mai.
Le gouvernement a pourtant démenti tout séjour hospitalier, affirmant que l'état de santé du chef de l'État « ne nécessite point une prise en charge médicale ». Une contradiction qui alimente les spéculations.
Le paradoxe constitutionnel : un vice-président pour rien
Le 14 avril 2026, Paul Biya promulgue la loi n°2026/002 modifiant la Constitution. Cette révision, adoptée par le Parlement le 4 avril avec 200 voix pour et 18 contre, réintroduit le poste de vice-président de la République, supprimé en 1975.
Selon le nouveau texte, le vice-président nommé par le chef de l'État devient le successeur constitutionnel du président en cas de vacance du pouvoir. Il doit achever le mandat du président en cours.
Mais à ce jour, le vice-président n'a pas encore été nommé.
C'est là que se niche le piège. Sous l'ancienne Constitution, en cas de vacance, c'était le président du Sénat qui assurait l'intérim pour 90 jours, le temps d'organiser une élection. Avec la nouvelle Constitution, seul le vice-président peut saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance du pouvoir.
Mais si le vice-président n'existe pas, qui saisit le Conseil constitutionnel ?
« Imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée. Le pays peut sombrer dans une crise constitutionnelle », résume un universitaire .
L'UDC brise le silence
C'est dans ce contexte que l'Union Démocratique du Cameroun (UDC) a publié, le 18 juillet 2026, un communiqué qui fait date.
Sans spéculer sur la situation personnelle du chef de l'État, sans alimenter les rumeurs, le parti d'opposition pose une question de fond : la stabilité d'une République peut-elle reposer sur le silence ou les suppositions ?
L'UDC salue la réintroduction du poste de vice-président, mais estime que le dispositif doit être complété. Elle propose :
l'encadrement des absences prolongées du chef de l'État par des règles et des délais précis ;
une information régulière de la Nation et du Parlement ;
une délégation expresse et publiée de certaines fonctions présidentielles ;
une procédure impartiale de constatation de l'empêchement temporaire ou définitif.
« Il ne s'agit pas de transformer une absence en crise politique, mais d'éviter qu'une insuffisance de nos mécanismes constitutionnels ne devienne, demain, une crise institutionnelle », résume le communiqué.
L'État tourne au ralenti
En attendant, l'administration camerounaise est en veille. Les nominations, les arbitrages interministériels, les décisions économiques sont suspendus. Le gouvernement, nommé en novembre 2025 après la réélection de Paul Biya pour un huitième mandat, semble fonctionner en pilotage automatique.
Le 9 juillet 2026, les jeunes parlementaires francophones se sont réunis au Palais des Verres. Mais aucune décision majeure n'a été prise. Le pays attend.
Un « vrai-faux décret » annonçant la nomination d'un vice-président a circulé sur les réseaux sociaux, révélant l'inquiétude et la confusion qui règnent. L'AFP a dû démentir formellement une rumeur selon laquelle Franck Biya, le fils du président, aurait été nommé à ce poste.
93 ans, 44 ans de pouvoir : la question qui fâche
Paul Biya est le plus vieux chef d'État du monde. Il est au pouvoir depuis 1982, soit 44 ans. Sa réélection en novembre 2025 pour un huitième mandat n'a pas éteint les interrogations sur sa capacité à gouverner.
Les absences prolongées ne sont pas nouvelles. En octobre 2024, une absence de 42 jours avait déjà suscité des polémiques. Mais le contexte a changé.
La révision constitutionnelle d'avril 2026, en créant le poste de vice-président, a officiellement reconnu la nécessité de prévoir un successeur. Elle a installé dans l'esprit des Camerounais l'idée que la succession est désormais une question ouverte. Et pourtant, le poste reste vacant.
« L'enjeu dépasse les personnes et les appartenances politiques. Il concerne la permanence de l'État, la confiance des citoyens et la stabilité de la Nation », souligne l'UDC.
Et demain ?
Le 19 juillet 2026, Paul Biya est toujours à Genève. Quarante et un jours se sont écoulés. Aucune communication officielle n'est venue rassurer l'opinion.
Le scénario d'un retour prochain évoqué fin juin s'est éloigné. Les rumeurs les plus folles circulent sur les réseaux sociaux. Certains évoquent une aggravation de l'état de santé, d'autres préparent discrètement la succession.
Une certitude : plus l'absence dure, plus le vide constitutionnel se creuse. Et plus la question posée par l'UDC devient pressante : que se passe-t-il quand le chef de l'État est absent, que la Constitution a prévu un successeur, mais que ce successeur n'existe pas ?
Et vous, que pensez-vous de cette absence prolongée ? Le Cameroun devrait-il clarifier ses règles constitutionnelles sur la continuité de l'État ?
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