Faux remaniement : la CRTV a évité un « coup d'État en douce »
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Il y a une semaine, un individu s'est présenté à la CRTV avec de faux décrets présidentiels portant nomination d'un vice-président et d'un nouveau gouvernement. La vigilance des responsables a évité une « catastrophe institutionnelle ».

Imaginez. Vous êtes Camerounais. Vous écoutez la radio nationale, comme chaque jour à 17 heures. Le journal parlé commence. Le présentateur annonce une nouvelle extraordinaire : le président Paul Biya a nommé un vice-président de la République et remanié l'intégralité du gouvernement.

Le pays s'embrase. Les réseaux sociaux s'affolent. Les ministres sortants contestent. L'opposition dénonce un coup de force. La communauté internationale s'interroge.

Mais tout cela est faux.

Ce scénario catastrophe a failli devenir réalité. Il y a une semaine, un individu s'est présenté à la Cameroon Radio Television (CRTV) avec un pli cacheté, présenté comme venant directement du « saint cénacle d'Etoudi »   la présidence de la République. Le document avait toutes les apparences de l'authenticité : les sceaux officiels, la signature du chef de l'État.

À l'intérieur : deux textes. L'un portant nomination d'un vice-président. L'autre annonçant la formation d'un nouveau gouvernement.

Si ces documents avaient été lus à l'antenne à 17 heures, le Cameroun se serait réveillé avec un gouvernement fictif et un vice-président autoproclamé. Une crise institutionnelle majeure. Une panique générale. Et peut-être, selon certains observateurs, un coup d'État en douce.

Mais la CRTV a dit non.

Un scénario digne d'un thriller politique

L'affaire, révélée par le journaliste Polycarpe Essomba, relève du « grotesque » mais aurait pu susciter des remous n'eût été la présence d'esprit des responsables de la CRTV.

Tout commence il y a une semaine. Un individu se présente au siège de la CRTV. Il est sûr de lui, particulièrement insistant . Il affirme détenir un document de la plus haute importance en provenance directe du palais d'Etoudi. L'ordre est clair : le texte doit être lu impérativement lors du journal parlé de 17 heures à la radio.

En l'absence du directeur général, Charles Ndongo, c'est Aimé Robert Bihina, cadre expérimenté de la maison, qui doit gérer la situation.

Le piège parfait

En ouvrant le pli fermé, le journaliste découvre deux textes officiels :

1. Un décret portant nomination d'un vice-président de la République
2. Un décret annonçant la formation d'un nouveau gouvernement

Visuellement, la supercherie est parfaite. Le document arbore tous les attributs de l'authenticité : les sceaux officiels de la présidence et la signature attribuée au chef de l'État.

Face à la portée explosive de telles annonces, le piège était prêt à se refermer.

Le professionnalisme fait la différence

C'est ici que le professionnalisme a fait la différence. Malgré la pression et le formalisme du document, Aimé Robert Bihina est pris d'un doute légitime. Rompu aux usages et aux circuits de transmission de la Présidence, il choisit de ne pas céder à l'urgence.

Il signe la décharge pour récupérer le document, mais s'empresse de ne pas le mettre à l'antenne et alerte immédiatement sa hiérarchie.

Saisi à son tour, Charles Ndongo partage la même prudence extrême et décide de joindre directement Genève pour vérification.

Le verdict tombe : le document, prétendument émis par le Cabinet Civil de la Présidence, est un faux authentique. Une pure fabrication destinée à manipuler les institutions de l'État par voie médiatique.

Les conséquences potentielles

« Imaginons un instant que ces documents aient été lus ! La pagaille que cela aurait provoquée au cœur du système et des institutions ? » , s'interroge Polycarpe Essomba.

Les conséquences auraient été catastrophiques :

- Confusion au sein des institutions : un gouvernement fictif et un vice-président autoproclamé
- Panique au sein du gouvernement : les ministres sortants contestent, les nouveaux ministres revendiquent leurs postes
- Réactions en chaîne sur le plan international : la communauté internationale s'interroge sur la stabilité du Cameroun
- Une atteinte grave à la stabilité des institutions républicaines

Certains observateurs n'hésitent pas à qualifier cette opération de tentative de coup d'État en douce, une forme moderne de déstabilisation par l'information.

L'arrestation et l'enquête

Le « quidam » à l'origine de cette opération a immédiatement été arrêté. Il est actuellement aux mains des forces de sécurité et « en exploitation » pour déterminer l'identité de ses complices et les commanditaires de cette tentative de déstabilisation inédite.

L'enquête se poursuit pour établir les responsabilités.

Un contexte déjà fragile

Cette tentative de manipulation intervient dans un contexte politique déjà tendu. Le président Paul Biya, 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour un séjour privé en Europe. La date de son retour n'a pas été communiquée.

Le 31 décembre 2025, le chef de l'État avait déclaré qu'il formerait prochainement un nouveau gouvernement et remanierait la direction des entreprises publiques. Or, cela n'a pas encore été fait. Le dernier remaniement ministériel remonte à 2019.

Dans ce contexte d'attente et de spéculations, le faux document était parfaitement calibré pour créer le chaos.

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