SNH : Chantal Biya veut évincer Nathalie Moudiki
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Jadis alliées autour du projet de Kribi, la Première dame et la numéro deux de la SNH s'affrontent désormais pour le contrôle de la première entreprise du Cameroun. En jeu : la succession de Paul Biya et la mainmise sur la rente pétrolière.

Elles étaient inséparables. Chantal Biya et Nathalie Moudiki, les deux femmes les plus puissantes du Cameroun, affichaient une complicité que tout le sérail enviait. Aujourd'hui, le torchon brûle. La raison ? La Première dame veut placer son fils, Franck Hertz, à la tête de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), le géant pétrolier qui gère l'intégralité du brut exporté par le Cameroun. Mais Nathalie Moudiki, épouse du directeur général historique Adolphe Moudiki et désormais numéro deux de l'entreprise, refuse de céder son trône. La guerre de l'or noir est déclarée. Et elle pourrait bien décider de l'avenir du Cameroun.

Deux femmes, un empire, une guerre

Elles ont tout en commun. Chantal Biya, 55 ans, Première dame du Cameroun depuis 1994. Nathalie Moudiki, juriste de formation, épouse du tout-puissant patron de la SNH. Toutes deux métisses franco-camerounaises, toutes deux mariées aux hommes les plus puissants du pays. Toutes deux, surtout, se sont imposées comme des figures incontournables du sérail.

Leur alliance avait de quoi faire trembler. En 2025, elles étaient partenaires dans un projet stratégique : l'attribution à la SNH d'un terrain de 250 hectares au Port autonome de Kribi (PAK), pour y construire une base logistique pétrolière. Nathalie Moudiki devait présider la cérémonie d'inauguration. Franck Hertz, le fils de Chantal Biya, jouait un rôle actif dans les négociations.

Mais les apparences étaient trompeuses.

La mécanique du clash

Tout a basculé lorsque Chantal Biya a décidé que Franck Hertz l'un de ses jumeaux, né en 1987 d'une précédente union devait prendre la tête de la SNH.

Diplômé d'un MBA de l'Institut supérieur du commerce de Paris, Franck Hertz a fait une partie de sa carrière à la SNH avant de créer sa propre entreprise de logistique, HLOGISTICS, en 2013. Il est décrit comme un homme d'affaires discret mais influent.

La Première dame a alors demandé à Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence et président du conseil d'administration de la SNH, de préparer un décret portant nomination de son fils à la tête de la compagnie.

Mais Paul Biya a refusé de signer.

Nathalie Moudiki, la femme qui dit non

Informée de la manœuvre, Nathalie Moudiki a perçu la tentative comme une menace directe. Et pour cause : elle dirige de fait la SNH depuis que son mari, Adolphe Moudiki, 87 ans, n'est plus apparu en public depuis près de trois ans, affaibli par la maladie.

Juriste de formation, Nathalie Moudiki a intégré la SNH en 1998 comme simple cadre. Elle y a gravi tous les échelons jusqu'à devenir directrice de la Division juridique en 2019. Le 3 décembre 2025, elle a été nommée Conseiller n°2 à la Direction générale, devenant la première femme à occuper ce poste.

Aujourd'hui, c'est elle qui négocie les contrats pétroliers, qui représente la SNH dans les instances internationales, qui tient les rênes de l'entreprise. Et elle n'a pas l'intention de les lâcher.

Le rôle clé de Ferdinand Ngoh Ngoh

L'affaire est d'autant plus complexe que Ferdinand Ngoh Ngoh l'homme fort de la présidence joue un rôle ambigu.

Allié historique de Chantal Biya, qui l'a sauvé lors d'une tentative d'éviction en décembre 2025, Ngoh Ngoh est également l'ennemi juré du clan Moudiki. Mais loin de soutenir le candidat préféré du secrétaire général, Chantal Biya avance ses propres pions.

Son argument ? Il est temps de tourner la page des dysfonctionnements liés à l'absence d'Adolphe Moudiki. Un argument qui sonne comme un ultimatum.

La SNH, caisse noire ou levier de pouvoir ?

La bataille pour la SNH n'est pas anodine. Créée en 1980 et détenue à 100% par l'État, la société est le premier contributeur au budget camerounais. Elle gère l'intégralité du pétrole brut exporté par le Cameroun.

Mais au-delà des chiffres, la SNH est un levier de pouvoir immense. Elle finance des réseaux politiques, sécurise des intérêts économiques à long terme. Ses revenus, selon plusieurs observateurs, seraient directement versés sur des comptes offshore dont seul le chef de l'État aurait connaissance.

« La SNH de 2026 ressemble de moins en moins à une entreprise publique moderne et de plus en plus à une entreprise familiale, avec tous les risques que cela comporte », alertait déjà un analyste en février 2026.

Un compromis fragile

Face à la pression, un compromis a été trouvé en 2025 : Franck Hertz a été intégré au sein des conseils d'administration de Tradex, la filiale de distribution de la SNH.

Mais ce n'était qu'une concession temporaire. Chantal Biya est revenue à la charge suite à la dégradation de l'état de santé d'Adolphe Moudiki, relançant la candidature de son fils. Une offensive que Nathalie Moudiki ne compte pas laisser passer.

Le contexte plus large : une succession qui se prépare

Cette guerre des clans à la SNH s'inscrit dans un contexte plus large : celui de la succession de Paul Biya.

À 93 ans, le président camerounais est absent du pays depuis 41 jours, hospitalisé dans une clinique genevoise. Sa fille Brenda Biya a même affirmé sur les réseaux sociaux qu'il était « mourant » une information démentie par le pouvoir, mais qui en dit long sur l'inquiétude ambiante.

Dans ce vide, les clans se préparent. Chantal Biya, en imposant son fils à la SNH, ne cherche pas seulement à contrôler la rente pétrolière. Elle prépare l'après. Et Nathalie Moudiki, en résistant, défend bien plus que son poste : elle défend l'empire que son mari a bâti en trente ans.

La question qui fâche

Au-delà des personnalités, cette affaire soulève une question fondamentale : qui contrôle vraiment les ressources du Cameroun ?

La SNH est une entreprise publique. Son directeur général est nommé par décret présidentiel. En théorie, l'État a la main. En pratique, les décisions se prennent dans l'ombre, entre clans, au sommet d'un pouvoir qui vacille.

« Jusqu'où peut aller la dissociation entre le titre officiel et le pouvoir réel dans la gestion des biens publics ? », s'interrogeait récemment un observateur.

La réponse est peut-être en train de s'écrire, dans les coulisses de la SNH, entre deux femmes qui étaient amies hier et qui sont ennemies aujourd'hui.


Que pensez-vous de cette guerre des clans à la SNH ? Chantal Biya a-t-elle raison de vouloir placer son fils à la tête de l'entreprise ? Nathalie Moudiki doit-elle céder ? Donnez votre avis. 

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