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© Camer.be : Paul Moutila
- 21 Jun 2026 16:09:45
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CAMEROUN :: Paul Biya, « prédateur de la liberté de la presse » :: CAMEROON
Alors que Jeune Afrique enquête librement sur le régime camerounais depuis Paris, les journalistes locaux vivent sous la pression permanente d’un État qui contrôle l’information, censure les débats et réduit au silence ceux qui osent parler.
Le plateau d’Info Tv est électrique. Valère Bessala, guide spirituel et intellectuel camerounais, fixe la caméra. Il ne tremble pas. Il sait ce qu’il risque. Mais il parle.
« Jeune Afrique fait, à l’extérieur ou à l’international, ce que les journaux camerounais, les médias camerounais ne peuvent pas faire parce qu’ils vivent sous la pression permanente de ce régime. »
La phrase claque. Elle résume quarante-deux années de silence, de peur, d’autocensure et de résistance.
Il poursuit, implacable :
« La parole est libre. Mais généralement, celui qui parle n’est pas toujours libre après avoir parlé. C’est ça le Cameroun. »
L’homme ne se contente pas de décrire un système. Il l’incarne. Il est l’un de ces « casse-cous » qui, chaque jour, défient la censure, les menaces et parfois la mort pour que l’information continue de circuler.
Mais que se passe-t-il vraiment dans les rédactions camerounaises ? Pourquoi un hebdomadaire basé à Paris peut-il enquêter sur le Cameroun quand les médias locaux doivent composer avec la peur ?
Plongée dans les coulisses d’une presse sous haute tension.
Un paysage médiatique riche… mais sous contrôle
Le Cameroun compte plus de 600 journaux, environ 200 radios et plus de 60 chaînes de télévision l’un des écosystèmes médiatiques les plus denses du continent.
Un paradoxe.
Cette abondance de façade masque une réalité bien plus sombre. La radiotélévision publique CRTV est progressivement transformée en instrument de communication du régime. Les nominations à la tête des médias publics et les membres du Conseil national de la communication (CNC) sont contrôlés par décret présidentiel.
RSF est sans détour : Paul Biya est un « prédateur de la liberté de la presse ».
Un classement qui fait mal
En 2026, le Cameroun recule à la 133ᵉ place mondiale sur 180, contre 131ᵉ en 2025. Son score global chute de 42,75 à 40,88.
Les indicateurs sont alarmants :
- Politique : 120ᵉ mondial (36,91) recul de 13 places
- Économique : 152ᵉ sur 180 (30,83) précarité extrême des journalistes
- Sécuritaire : 157ᵉ sur 180 l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les journalistes
« Les journalistes sont régulièrement exposés : violences verbales et physiques, menaces, arrestations, détentions arbitraires, enlèvements, assassinats… »
L’autocensure comme méthode de survie
Dans ce contexte, l’autocensure est devenue une règle de survie.
« Il est impossible d’adopter une ligne éditoriale critique et indépendante sans faire face à d’importantes menaces et pressions lorsque les intérêts du pouvoir et de ses représentants sont en jeu. »
Marion Obam, présidente de l’Union nationale des journalistes du Cameroun, confie au CPJ :
« La réduction de la liberté d’expression et des médias a commencé. Les journalistes s’autocensurent sur ordre de leurs patrons ou rédacteurs en chef. »
La censure en action : des exemples concrets
Octobre 2024 Alors que des rumeurs circulent sur la santé du président, un communiqué ministériel interdit formellement tout débat médiatique sur le sujet dans les médias.
Équinoxe TV L’émission phare « Droit de Réponse » est suspendue un mois après avoir « porté atteinte à la réputation de deux ministres ». Deux journalistes politiques reçoivent des menaces de mort par téléphone. L’un d’eux vit caché depuis août.
CNC En pleine campagne présidentielle 2025, le régulateur interdit les débats politiques à la télévision et à la radio du 27 septembre au 11 octobre.
Le journaliste Jude Mbaku écrit alors une lettre ouverte au président du CNC :
« Comment le CNC entend-il concilier cette suspension avec le devoir constitutionnel de la presse d’informer, d’éduquer et de sensibiliser les électeurs sans crainte ni faveur ? »
Jeune Afrique : ce que les médias camerounais ne peuvent pas faire
C’est là que Jeune Afrique entre en scène.
Basé à Paris, le mensuel franco-africain n’est pas soumis aux mêmes pressions. Il peut enquêter, révéler, dénoncer. Et il le fait.
En février 2026, Jeune Afrique publie une enquête sur les réseaux russes dans les sphères d’influence camerounaises. En octobre 2022, le magazine décrit les rapports entre Paul Biya et les services de sécurité.
Yves Plumey Bobo rappelle :
« Jeune Afrique a révélé et dénoncé des actes répréhensibles au Cameroun. »
Mais ce privilège de l’exil a un prix. Comme le souligne Bessala :
« Nous autres nous sommes des casse-cous. Nous attendons peut-être aussi qu’un jour on nous prenne, mais on fait le job. On prend des risques. »
Le prix du silence : des vies brisées
Martinez Zogo Animateur d’Amplitude FM, enlevé le 17 janvier 2023. Son corps mutilé est retrouvé cinq jours plus tard en périphérie de Yaoundé. L’enquête a révélé l’implication de membres des services de renseignement.
Amadou Vamoulké Ancien directeur général de la CRTV, condamné à 32 ans de prison ferme.
Souga Tsogo Gabrielle 18 ans, apprentie journaliste, arrêtée en août 2025 pour avoir reçu une photo du Conseil constitutionnel sur WhatsApp. Elle passe 24 heures dans une cellule avec des hommes.
Cinq journalistes tués, un détenu arbitrairement depuis neuf ans. Et dans l’ombre, des dizaines d’autres qui se taisent pour survivre.
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