Qui est Abu Mus’ab Al Barnawi ?
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De son vrai nom Habib Yusuf, Barnaoui « est l'aîné des fils encore en vie de Mohammad Yusuf, fondateur du Jamaa'atu Ahlis-Sunnah Lid-Da'wati wal-Jihaad », véritable nom de Boko Haram, affirme Fulan Nasrullah, spécialiste nigérian du conflit sur Twitter.

Le lien de filiation a été confirmé par de nombreux experts, notamment par le blogueur nigérian Ahmad Salkida. « Abou Mosab al-Barnaoui est le fils du défunt Mohammad Yusuf », écrit M. Salkida, soulignant que son patronyme fait référence à sa région d'origine, l'État du Borno (Nord-Est). Al-Barnaoui signifie « l’homme issu du Borno», en langue kanuri, dont les consonances ont été «arabisées». C'est Shekau lui-même qui a attribué ce nom de guerre au jeune Habib Yusuf, après la mort de son père, tué par la police nigériane en 2009. À l'âge de 15 ans, Habib Yusuf devient Abou Mosab al-Barnaoui et rentre dans le jihad.

« Abu Mus’ab Al Barnawi était comme un frère pour Shekau, un fils. Il en a fait son bras droit », écrit Fulan Nasrullah sur Twitter.

L'adolescent n'aurait sans doute pas pu trouver tuteur plus cruel. Boko Haram, qui était jusqu'alors davantage une secte islamique rigoriste qu'un mouvement djihadiste, prend un virage sanguinaire sous la direction de Shekau.

À cette époque, la nébuleuse d'el-Qaëda étend son emprise sur le continent africain : Boko Haram prend les armes et envoie des combattants se former en Somalie ou au Sahel. Depuis 2009, on estime que le groupe armé a fait plus de 20 000 morts, 2,6 millions de déplacés et kidnappé des dizaines de milliers de personnes.

Le jeune Barnaoui fait sa première apparition en janvier 2015 à 21 ans dans une vidéo de propagande pour revendiquer l'un des plus importants massacres de civils, celui de Baga, dans le nord-est du Nigeria. Son aisance d'élocution fait de lui le « porte-parole » du groupe, aux yeux des experts.

Selon des sources proches du mouvement, Barnaoui prend ses distances avec son mentor lorsque Shekau décide de prêter allégeance à l'État islamique (EI) dès 2015, et se rapproche d'un autre membre éminent de la secte et proche confident de son père défunt, Mamman Nur. Ensemble, Nur et Barnaoui recrutent des combattants hors de la forêt de Sambisa, leur fief, et dispersent leurs membres autour du lac Tchad et dans la région nord du Nigeria, proche du Sahel.

À travers des messages audios, les deux « dissidents » dénoncent les « tendances dictatoriales » de Shekau, l'accusant d'avoir assassiné des commandants et de ne pas condamner les pillages de masse. Des critiques qui trouvent écho jusque dans les rangs de l'EI. « Shekau ne faisait pas l’unanimité », explique Romain Caillet, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient.

La rupture est consommée quand l'organisation mère présente Barnaoui dans son journal officiel comme le « nouveau wali » (chef) de Boko Haram.

À la mi-mai 2021, Barnaoui a finalement eu raison de son ex-tuteur, Aboubakar Shekau qu’il est parvenu à éliminer dans la forêt de Sambisa, fief de Jamatu Ahlis Sunna Lidda Awati Wal-Jihad (Jasdj), le véritable nom de Boko Haram.

Est-ce pour autant que l’unité est revenue dans la grande famille des Djihadistes ? « Il y a bien un basculement d’au moins une partie des troupes de Shekau vers Iswap, la faction pro-État islamique. Maintenant, quand on regarde tout l’appareil, on sait qu’il y a une faction dans le nord du lac Tchad, à la frontière Tchad-Niger, dirigée par Bakura Doro, qui est réticente. Elle a aussi diffusé une vidéo se démarquant de l’Iswap et refusant de prêter allégeance mais, en même temps, en appelant à une sorte d’arbitrage de l’État islamique », confiait récemment à RFI, Vincent Foucher, chercheur au CNRS.

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