PREDICATION DU 04 JUILLET 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU 04 JUILLET 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Ezékiel 2, 2 - 5 ; 2 Corinthiens12, 7-10 ; Marc 6, 1-6

Dans la vie, mais également dans nos églises, il y a parfois des personnes qui croient que parce qu'elles crient plus fort que les autres elles arrivent à mieux imposer leurs idées.

Elles ont alors l'impression qu'elles ont gagné leur bataille sans se rendre compte qu'elles sont entrées dans un mécanisme épuisant puisqu'elles restent constamment sur la défensive de peur de devoir à nouveau se battre pour leur vérité. A court terme, elles gagnent sans doute mais à moyen et à long terme elles sont souvent perdantes en imposant leurs vues. Elles s'imposent et petit à petit font le vide autour d'elles mais sans s'en rendre compte tellement elles peuvent être aveuglées par leur entêtement.

Alors, est-ce par manque d'intelligence, par peur de la nouveauté, par bêtise ou le sentiment d'avoir des droits acquis ? Je n'en sais rien. En revanche, les lectures du jour nous font découvrir que si quelqu'un s'impose cela peut sans doute s'expliquer humainement, cependant, une telle attitude est inacceptable d'un point de vue chrétien.

En effet, l'évangile nous montre un certain visage du Christ : Jésus ne s'impose pas, il en impose et c'est peut-être ce que les gens qui crient plus fort n'ont pas encore compris. Il y a une nuance entre s'imposer et en imposer. Jésus refuse en tout cas d'entrer dans la spirale de l'imposition par la force, par le pouvoir. Non, il choisit d'en imposer par sa connaissance ce qu'il a de Dieu, par la manière dont il vit sa vie et bouscule celles et ceux qui croisent sa route. Il choisit donc de convaincre et non de contraindre. Et la nuance n'est pas banale. En ce sens, il permet à chacune et chacun de faire son propre chemin de foi, d'avancer et de reculer sur celui-ci en fonction de son histoire personnelle.

De cette manière, il remplit sa mission de Fils de Dieu en étant un vrai prophète. Un prophète, par définition, est quelqu'un qui dénonce ce qui lui semble être contraire au projet de Dieu. De cette manière, il dérange car il refuse d'entrer dans la dynamique perverse du " on n'a toujours fait comme cela et je ne vois pas pourquoi on changerait ".

Par ses paroles, le prophète réveille les paresseux qui se sont enfermés dans leur confort et ouvre les yeux des autres vers là où se trouve la vie réelle, l'essentiel. Le prophète ne dénonce pas pour son plaisir, il ne cherche pas à s'imposer par la force. Non, le prophète a compris, comme le Christ mais aussi comme l’apôtre Paul, que c'est dans la fragilité que se trouve la force. C'est parce que je suis faible qu'alors que je suis fort, clame l'apôtre aujourd'hui. Et il a raison. Il avait compris que la force n'est que du court terme tandis que partir de ses propres fragilités pour vivre en qualité de prophète permet alors d'habiter ses mots, ses gestes, en fait sa vie tout entière. Souvent d'ailleurs, les gens que nous respectons, sont celles et ceux qui construisent leur vie à partir de leurs fragilités. Comme si nous étions invités à découvrir et surtout à vivre de cette maxime : " ma plus grande force, c'est que je suis fragile mais je le sais ".

En agissant de la sorte, je ne me leurre pas sur qui je suis. J'apprends à m'accepter tel que je suis pour avancer sur mon chemin d'accomplissement de ma destinée. Je prends conscience que je ne suis pas détenteur de la vérité mais d'une petite parcelle de celle-ci. Mais si je pose cette parcelle en Dieu, alors peut commencer pour moi la réalisation de ma vocation de prophète. Toutes et tous par notre baptême, nous sommes conviés à prendre notre bâton de prophète et à agir pour la construction d'un monde, d'une église où règne la paix.

Comme prophètes, nous devenons des personnes qui dérangent, dénoncent ce qui est contraire à l'évangile non pas par la force, la violence verbale ou physique. Nous ne nous imposons pas mais nous avons comme objectif d'en imposer par la sagesse de nos propos qui prennent leurs sources dans la méditation des Ecritures, la prière personnelle, la rencontre fraternelle. Le Christ nous laisse alors avec ces questions : Est-ce que je convaincs ou je contrains ? Est-ce que je m'impose ou j'en impose ? En d'autres termes, suis-je un aboyeur ou un prophète, là où je vis ? Nous ne pouvons, en tout cas pas oublier que telle est notre mission depuis notre baptême.

S'il en est ainsi, chacune et chacun d'entre nous, nous avons du pain sur la planche. Que le pain de la Cène, nous donne alors la force d'accomplir avec sagesse et conviction cette tâche.   Frères et Sœurs dans le Seigneur, Il me semble qu'il n'y a rien de pire que d'enfermer un être humain dans une partie de ce qui fait sa spécificité, comme si la partie disait le tout.  Même notre langue française peut prêter à confusion.  Dans un hôpital, nous entendons souvent au détour d'un couloir que telle personne est malade comme si la maladie disait le tout de son être.  

Or, lorsque je suis atteint d'une maladie, je ne me réduis pas à elle.  Je reste l'être que je suis même si je suis encombré par ce qui me fragilise.  Dire « je suis malade », c'est étymologiquement reconnaître que « je suis mal habité », c'est-à-dire habité par quelque chose qui ne me fait pas du bien et que j'ai à combattre par tous les moyens mis à ma disposition.  Je ne m'identifie pas pour autant à ce qui me traverse même si ce que je vis est profondément douloureux.  Tout comme j'ai à permettre à l'autre d'être autre que ce j'avais pensé de lui, j'attends également que les autres ne m'enferment pas dans une image mais me reconnaissent comme un être à part entière, en toutes ces dimensions de joie et de peine, de qualités et de zones plus grises.  En fait un être humain, mieux encore un être toujours en devenir.  

Et ici aussi l'évangile entendu ce jour peut nous aider.  Il est intéressant de constater que les habitants du village de Jésus ne s'occupent absolument pas de sa destinée, de vers où il veut les conduire.  Non, par leurs questions, ils préfèrent l'enfermer dans son passé, c'est-à-dire dans ce qu'ils croient connaître.  Ils cherchent plutôt l'origine alors que la réponse se trouvera vraisemblablement dans la finalité.  Très souvent, nous aussi, lorsqu'il nous arrive quelque chose, nous cherchons à comprendre.  Nous voulons savoir pourquoi cela nous arrive ici et maintenant.  

Nous risquons même parfois de nous enfermer dans une spirale mortifère, une litanie de pourquoi qui resteront à jamais sans réponse.  La solution n'est pas dans la thématique de l'origine.  Il y a tant de pourquoi qui sont synonymes de mystère non pas à résoudre mais à intégrer dans l'histoire de sa propre vie.  Une fois encore, le Christ vient nous convier à quitter une démarche proctologique, en d'autres termes tournés vers le passé, vers l'origine pour entrer dans un chemin eschatologique, cette fois ouvert vers un avenir, vers demain.  

Nous quittons les « pourquoi » et nous vivons les « pour quoi », c'est-à-dire « pour en faire quoi ».  Comment pouvons-nous grandir, apprendre, aimer encore mieux lorsque nous sommes traversés par l'expérience de la maladie, du deuil, de la perte de sens ?  Comment nous laisser à nouveau surprendre par la beauté de notre quotidien car nous aurons acquis la conviction que l'essentiel se vit dans l'amour offert et partagé ?  C'est cela que le Christ vient nous proposer aujourd'hui.  Mais sommes-nous capables de l'entendre ?

 Sommes-nous encore des croyantes et croyants étonnés de Dieu ?  Des hommes et des femmes tournés vers le mystère de demain en toute confiance car pétris de cette espérance que le Fils de Dieu marche à nos côtés et que l'Esprit nous porte pour un jour vivre cette rencontre avec le Père, une rencontre d'éternité puisque c'est celle-là même qui nous a été promise ?  Laissons-nous conduire vers l'avenir, vers demain et que l'étonnement soit toujours cette lumière intérieure qui fera briller notre vie aux mille couleurs de Dieu. Bien-aimés dans le Seigneur, Permettez-moi de vous raconter une petite histoire. Je ne comprends pas, me disait-il, l'air un peu désabusé, que des gens puissent perdre leur temps à lire des passages de la Bible. Vous vous rendez compte dans un monde comme le nôtre, avec tous les progrès scientifiques, psychologiques, pourquoi vouloir continuer à gaspiller son énergie avec de si vieux textes qui ne veulent vraiment plus rien dire aujourd'hui.

C'est vraiment un livre pour frustrés, pour gens qui ne vivent plus avec leur temps, qui sont complètement dépassés, poursuivait-il. Je ne critique pas votre choix évidemment. Mais je crois que vous êtes tout à fait à côté de la plaque, vous êtes un naïf, vivant dans son petit nuage. Je trouve cela tout simplement dommage pour vous, concluait-il. Pauvre de moi de vouloir continuer à me confronter à ces textes ou plutôt pauvre de lui de s'être enfermé dans des considérations pareilles. Pauvre de lui de ne pas avoir désiré ouvrir le Livre par excellence.

Aujourd'hui encore et à nouveau, la Bible nous offre une recette de vie, une méthode qui nous permettra de réussir tout ce que nous entreprendrons ici sur terre. En une petite phrase, l’apôtre Paul résume le sens du succès personnel, professionnel et affectif. Alors que des auteurs contemporains écrivent des livres sur de tels thèmes, l’apôtre Paul le dit en quelques mots : car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. Paradoxe étonnant, mais nous ne sommes plus à un près avec un tel auteur. En quoi une telle phrase peut-elle nous aider à nous insérer et à nous épanouir dans un monde comme le nôtre, sommes-nous en droit de nous demander.

Tout simplement en construisant sa vie sur ses faiblesses, en élevant au rang de vertu la notion de fragilité. Quand comprendrons-nous que faiblesses et fragilités font la richesse de notre personnalité. Ce sont ces qualités-là qui permettent la rencontre humaine. Nous pouvons admirer des forces chez l'autre, mais jamais les aimer. Ne voir que les forces est un leurre, car c'est croire que l'autre a atteint une certaine perfection. Miser la rencontre sur les forces, c'est comme si deux feuilles de papier bien lisses essayaient de se coltiner alors qu'elles glissent et passent à côté l'une de l'autre. Deux feuilles de papier chiffonnées cependant peuvent se mêler.

Cela signifie que pour qu'une rencontre soit possible, ce que nous aimons chez l'ami, chez l'aimé, ce sont plutôt ses errances, ses questions, ses fragilités. Ne sommes-nous pas vraiment heureux d'un moment d'amitié voire même d'amour lorsque l'autre s'est totalement livré à nous, abandonné à l'espace que nous lui avons ouvert en nous offrant toute sa vulnérabilité. Lorsque le partage se vit à ce niveau, une alchimie se réalise entre les personnes. Ne serait-ce d'ailleurs pas une telle alchimie qui permet à Dieu de venir s'inscrire dans nos relations ?

Reconnaître que c'est le désir de rencontre de nos fragilités qui fait la richesse d'une relation, c'est peut-être tout simplement le début d'une vie où nous pouvons laisser tomber nos masques respectifs. Si c'est vrai pour notre vie personnelle, je crois qu'il en va tout autant de même pour notre vie professionnelle. Reconnaître ses faiblesses et construire sa vie à partir d'elles, c'est avoir la simplicité, l'humilité d'accepter que nous avons chacune et chacun notre chemin d'humanité, que notre singularité est importante. Construire sur ses faiblesses, c'est être capable de les accepter, de les intégrer.

Amen. 

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