PREDICATION DU DIMANCHE 06 DECEMBRE 2020 PAR LE REV. DR JOEL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 06 DECEMBRE 2020 PAR LE REV. DR JOEL HERVE BOUDJA

Textes : Esaïe 40, 1-5. 9-11 ; 2 Pierre 3,8-14 ; Marc 1, 1 - 8
On disait autrefois que l'Avent était une saison de pénitence ; on dit maintenant que l'Avent est une saison d'attente. C'est presque la même chose, même si ce n’est pas la chose même.
 
Le fait que l'évangéliste Marc commence son évangile par cet appel lancé, près de 600 ans avant, par Esaïe, n'est pas sans signification. Dans la bouche d'Esaïe, il s'agissait d'annoncer la fin de l'exil à Babylone et la possibilité de retourner à Jérusalem. Dans la bouche de Marc, il s'agit aussi de quitter un exil mais un exil intérieur, celui du péché, et de se tourner résolument vers la Jérusalem nouvelle, non plus une patrie géographique mais une patrie spirituelle, ce Royaume de Dieu que va inaugurer Jésus.
 
L'évangéliste ne pouvait pas être plus clair pour exprimer que, pour se préparer à accueillir le Messie, il y a toujours à prendre distance par rapport à l'artifice et à l'affairisme de la « ville » et qu'il y a toujours un chemin d'épuration à faire, un désert à traverser.
 
La symbolique biblique du désert est double. Le désert symbolise certes la désolation, le risque de mort. Mais il est aussi le lieu où, précisément parce que l'homme s'y sent petit et démuni, il peut y faire l'expérience de l'intimité avec Dieu. C'est cette expérience-là qui est proposée par Jean-Baptiste. Mais pour rencontrer le Christ, il ne s'agira plus de faire des milliers de km, ni de se vêtir de poils de chameau et de manger des sauterelles, il s'agira de « faire désert » : de se débarrasser des artifices, de retourner à l'essentiel, bref de se convertir.
 
On sent de l’empressement dans le texte du Livre d’Esaïe : « Parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli ». C’est l’accomplissement d’une délivrance ... Le contexte est celui du retour de l’exil à Babylone ; on est au VIe siècle avant Jésus-Christ ; le peuple marche dans le désert pour rentrer à nouveau en Terre promise. Cette partie du Livre d’Esaïe s’appelle le Livre des consolations. Et nous aussi, aujourd’hui, nous marchons dans le désert. Et nous aussi, aujourd’hui, nous avons besoin de consolations.
 
Ce qu’il y a de remarquable dans ce texte, donc, c’est son empressement. Pour Esaïe, la marche au désert est déjà la consolation : « préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu ». Avec des images simples, le prophète nous montre la mécanique de toute conversion : les chemins de délivrance sont des terres arides, parfois escarpées, qu’il convient d’aplanir telle une rampe vers le temple de Dieu. C’est la perspective d’arriver de nouveau en Terre promise qui fait déjà de la marche au désert une consolation. Et c’est ce que Jean le Baptiste avait très bien compris. Nous allons y revenir.
 
La vision de la progression spirituelle comme un territoire que l’on parcourt, celle du bonheur comme une terre que l’on rejoint est classique dans la Bible. Ce qu’annonce ici Esaïe c’est que les états de l’âme précèdent ceux du terrain à mesure que la vision de l’âme est plus claire. Ils sont au désert ; la route est certes pénible mais la perspective de la délivrance, de l’arrivée en Terre promise les emporte. L’Esprit devance l’action. Retenons ceci du Livre des consolations : un chemin de conversion, aussi aride soit-il, c’est déjà la délivrance.
 
La seconde lecture, celle de la deuxième lettre de Pierre, aborde cette dynamique de la conversion sous l’angle temporel. Le chemin est ici un temps de patience ; l’entrée en Terre promise est vue comme « le jour du Seigneur », précisément le jour cataclysmique où disparaît le temps, le jour où le sentiment d’éternité, de paix, gagne enfin. Pour Dieu, « un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour ». C’est une description du bonheur, où le temps n’importe plus ; alors que dans le malheur chaque seconde compte. Le temps n’en finit pas pour celui qui souffre, chaque jour est un effort, alors qu’en plein bonheur, le temps ne compte plus et nous touchons au sentiment d’éternité. Le psaume 85 :10 décrit cet état de bonheur : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ».
 
Dans l’Évangile, Jean le Baptiste reprend cette idée d’Esaïe – qu’il cite – de la spiritualité qui se vit comme un territoire que l’on parcourt, où les montagnes représentent ces moments où nous touchons au divin et les ravins nos dépressions.
 
Jean est ce fils de bonne famille, issu de l’élite sacerdotale, qui dénonce l’hypocrisie de son milieu, lequel accepte l’occupation romaine pour sauver les apparences du culte. Alors Jean-Baptiste retourne au Jourdain pour signifier que le pays d’Israël est devenu lui-même une terre d’exil, qu’il faut à nouveau entrer en Terre promise et que cette nouvelle terre – ce nouveau territoire où Dieu vit désormais – c’est notre corps. En cela – et c’est ce que le texte veut que nous comprenions – il est le précurseur du christianisme. Par le baptême, notre corps devient une Terre promise, un temple, le lieu par excellence où Dieu se rend présent.
 
Le temps de l’Avent est un temps où nous explorons les recoins de notre âme comme on explore un territoire pour en aplanir les escarpements, combler les fossés, rendre droites nos routes sinueuses, nos idées tordues, nos égarements.
Cette vision de notre esprit comme un lieu à découvrir, à parcourir, à entretenir comme un jardinier, voire à parfois terrasser comme un entrepreneur ; cette considération de notre âme comme un lieu où Dieu veut naître, s’incarner et vivre ; nous incite, en ce temps de l’Avent, à nous voir comme des crèches vivantes ; à transformer l’étable parfois encombrée de notre esprit en un lieu où Dieu peut naître et vivre fragilement. Notre âme doit être, au moins, une petite mangeoire où loger la divinité naissante, un lieu clair dans notre esprit parfois troublé où peut vivre, comme un petit enfant, l’amour divin.
 
Frères et sœurs dans le Seigneur,
La pandémie qui nous afflige nous a donné du vague à l’âme. Elle a révélé nos escarpements, approfondi nos gouffres et, pour beaucoup, élargi nos failles. Tous, spirituellement, affectivement, humainement nous allons moins bien. L’insouciance de la vie qui était la nôtre s’est transformée en une marche au désert. La manière dont cette crise inédite est gérée a révélé nos errements en tant que peuple. L’eau et le miel de nos relations se sont changés en aridité et en soif.
 
Tous nous sommes contraints à une plus grande solitude d’âme. Et désormais plus seuls avec nous-mêmes, nous nous affrontons plus souvent à cet encombrement spirituel, aux parts d’ombre qui sont les nôtres, à ce que notre âme n’est pas encore prête à ne rayonner que la seule présence de Dieu. Trop souvent, au lieu de voir, comme Esaïe, notre marche au désert actuel comme un chemin de délivrance – et donc de joie –, nous récriminons.
 
Malgré les souffrances, la faim d’autrui et la soif d’amour, malgré l’aridité du chemin, voici le temps de la conversion lumineuse ; le temps de se désencombrer l’esprit ; le temps d’apprêter son cœur ; le temps de faire de son âme une crèche et d’y voir l’aboutissement du chemin.
 
Aplanissez ce chemin ; rendez droite la route qui va de votre esprit à votre cœur ; voyez votre âme comme un lieu sacré, où vit ce petit enfant – vous ! - qui ne veut vivre que d’amour divin.
C’est un temps de l’Avent particulier et Noël le sera aussi. Mais si nous gardons à l’esprit que cet enfant qui incarne l’amour de Dieu vit en nous, et que toute traversée du désert est un chemin vers cette présence intérieure, alors nous retrouverons l’espérance et la joie.
Seigneur, fais de mon cœur une crèche où tu viens au monde.
 
Dans le désert hostile et inquiétant qui est le nôtre aujourd’hui, le temps de l’avent nous rappelle que Dieu veut être pour nous l’Emmanuel, Dieu avec nous, chaque jour, qui nous trace un chemin d’espérance au cœur de nos errances, une aube nouvelle dans la nuit de nos vies et du monde.
Amen

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