500 restes humains : la RDC défie la Belgique sur son passé colonial
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Le gouvernement congolais a adressé une lettre officielle au Premier ministre belge Bart De Wever pour exiger le rapatriement de plus de 500 restes humains principalement des crânes collectés comme « trophées » ou objets d'étude durant la période coloniale.

Ils reposent dans des tiroirs, des réserves, des vitrines. À des milliers de kilomètres de leurs terres natales. Plus de 500 crânes et ossements, arrachés à des Congolais, des Rwandais et des Burundais, dorment dans les sous-sols des institutions scientifiques belges. Certains sont là depuis plus d'un siècle. La plupart ont été prélevés comme des « trophées » de guerre, des objets de collection ou des spécimens d'étude, dans un contexte de violences coloniales et de profanations de sépultures.

Kinshasa a décidé que cette page devait se tourner. Le 19 juin 2026, le gouvernement congolais a officiellement demandé à la Belgique la restitution de ces restes humains. Une lettre historique, signée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka et adressée à son homologue belge Bart De Wever. Pour la RDC, il ne s'agit pas d'une simple formalité administrative, mais d'un impératif moral.

« Les morts doivent pouvoir reposer dans la dignité dans leur pays d'origine et ne peuvent pas être considérés comme de simples objets de collection. »

Cette phrase, extraite du courrier congolais, résume l'enjeu.

Une demande qui vient de loin

La question de la restitution des restes humains de l'époque coloniale n'est pas nouvelle. Depuis des années, des descendants, des militants et des associations réclament le rapatriement de ces dépouilles. Mais la Belgique est restée immobile, faute de cadre légal spécifique.

Tout a changé en novembre 2025. Pour la première fois, l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique a exposé 260 crânes congolais à un public restreint. Une décision qui a relancé le débat et poussé la ministre belge de la Politique scientifique, Vanessa Matz, à déclarer qu'elle attendait « une demande officielle du Congo ».

Cette demande est désormais arrivée.

Une lettre au sceau de l'urgence

Postée à Kinshasa il y a dix jours, la lettre de Judith Suminwa Tuluka n'est pas encore officiellement parvenue à Bruxelles, mais des sources confirment qu'elle a bien été envoyée. Le fait que ce soit la Première ministre congolaise elle-même, et non le ministre compétent, qui ait pris en charge ce dossier, témoigne de l'importance politique et symbolique qu'il revêt pour Kinshasa.

Dans son courrier, la cheffe du gouvernement congolais fait explicitement référence à la restitution, en 2022, de la dent de Patrice Lumumba, héros de l'indépendance congolaise. Un geste que Kinshasa qualifie d' « important geste de reconnaissance historique et de respect pour la dignité humaine ». Mais pour la RDC, ce symbole ne saurait suffire. Il est temps d'aller plus loin.

Plus de 500 restes, une mémoire fragmentée

Selon les informations révélées par le quotidien flamand De Morgen, plus de 500 ensembles de restes humains sont encore conservés dans les institutions belges. La majorité se trouve à Bruxelles, à l'Institut royal des Sciences naturelles, où 260 crânes ont été présentés en novembre dernier. Une partie plus modeste est conservée à l'AfricaMuseum de Tervuren.

Ces restes, principalement congolais mais aussi rwandais et burundais, ont été collectés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Certains ont été ramenés en Belgique comme butin de guerre, d'autres comme objets d'étude pour des recherches anthropologiques fondées sur les théories raciales de l'époque. Les derniers spécimens sont arrivés en Belgique dans les années 1940, parfois après des actes de profanation de sépultures.

La Belgique entre volonté et prudence

Du côté belge, la ministre Vanessa Matz se dit favorable à la restitution, mais elle veut un cadre légal. Un projet de loi est en préparation et devrait être soumis au gouvernement à l'automne 2026.

« Il s'agit d'un dossier sensible. Un cadre doit être soigneusement et minutieusement élaboré pour répondre aux demandes légitimes de restitution » , a déclaré son porte-parole.

Cette prudence est perçue à Kinshasa comme une lenteur coupable. La RDC, elle, ne veut plus attendre. L'AfricaMuseum a d'ailleurs annoncé son soutien à un rapatriement inconditionnel des restes humains conservés dans les collections coloniales belges. Un signal fort, mais qui ne suffit pas à satisfaire les attentes congolaises.

Un mouvement global de décolonisation des mémoires

Cette demande s'inscrit dans un mouvement international de décolonisation des mémoires et de réparation. La Belgique elle-même a amorcé ce processus en 2022 en adoptant une loi reconnaissant le caractère aliénable des biens liés au passé colonial et en déterminant un cadre juridique pour leur restitution.

Des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne ont déjà procédé à des restitutions de restes humains à leurs anciennes colonies. La pression sur la Belgique s'intensifie.

Pour la RDC, il ne s'agit pas seulement d'une question juridique ou administrative. C'est une question de dignité. Offrir des sépultures décentes à ces ancêtres, dans le respect de leurs traditions, sur leur terre natale.

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