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© Camer.be : Paul Moutila
- 22 Jun 2026 13:46:49
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Exode camerounais : pourquoi fuir n'est plus une option :: CAMEROON
Alors que les politiques migratoires se durcissent aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, et que les attaques xénophobes se multiplient en Afrique du Sud, une vérité s'impose : aucun pays ne construira le Cameroun à la place des Camerounais.
Ils sont des milliers à faire la queue devant les agences « Objectif Canada » à Douala. Des jeunes diplômés, des médecins, des ingénieurs, des enseignants. Prêts à payer « des millions de francs CFA » pour un billet vers l'ailleurs. Prêts à tout quitter. Prêts à fuir.
51 % des jeunes Camerounais ont envisagé d'émigrer , selon une enquête Afrobarometer de 2024. La recherche de travail, les difficultés économiques et la pauvreté sont les principales raisons. En 2024, plus de 12 000 diplômés camerounais ont quitté le pays. Le Cameroun est devenu la première source d'immigrants permanents au Québec, devant la France et la Chine.
Mais le monde change. Les portes se ferment. Les États-Unis ont supprimé le statut de protection temporaire (TPS) pour environ 8 000 Camerounais. Le Royaume-Uni a suspendu les visas étudiants pour les Camerounais. Le Canada resserre ses règles. Et en Afrique du Sud, des Camerounais installés depuis vingt ans sont violentés dans leurs propres boutiques.
Aucun pays ne nous doit rien.
Le rêve brisé de l'eldorado
Pendant des décennies, le rêve camerounais s'est écrit ailleurs. À Paris, à Londres, à New York, à Toronto, à Johannesburg. Le visa était un sésame. Le passeport occidental, une consécration. Émigrer était devenu un rite de passage, presque un accomplissement.
Mais ce rêve se fissure.
Aux États-Unis, l'administration Trump a mis fin au TPS pour le Cameroun, exposant des milliers de familles à l'expulsion. Des Camerounais vivant aux États-Unis depuis des années, avec des emplois, des enfants scolarisés, se retrouvent soudainement menacés de retour forcé.
Au Royaume-Uni, le gouvernement a suspendu les visas étudiants pour les ressortissants camerounais, les accusant d'utiliser les études comme « porte dérobée » pour l'asile. Les demandes d'asile des étudiants camerounais ont augmenté de plus de 470 % entre 2021 et 2025.
Au Canada, pays devenu la destination privilégiée des Camerounais, les règles se durcissent. Le Cameroun, qui fournissait plus de 15 % des immigrants permanents au Québec, voit ses ressortissants confrontés à des critères toujours plus stricts.
En Afrique du Sud, la situation est encore plus brutale. Depuis avril 2026, une vague d'attaques xénophobes cible les étrangers. Un Camerounais installé à Durban depuis près de vingt ans a été grièvement blessé dans sa propre boutique. Des groupes vigilantes, liés au mouvement « March and March », organisent des manifestations anti-immigration qui dégénèrent en violences.
Le coût de la fuite
L'exode massif des compétences a un prix. En 2020, le Cameroun a perdu environ 23 000 professionnels qualifiés, soit 2,2 % de sa population active qualifiée. Plus de 6 000 enseignants, médecins et infirmiers ont quitté leur poste dans la fonction publique en seulement trois mois.
« Plus de 30 % des médecins formés au Cameroun exercent aujourd'hui à l'étranger » , selon l'Organisation Internationale pour les Migrations.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils représentent des hôpitaux sans médecins, des écoles sans professeurs, des administrations sans ingénieurs. Chaque diplômé qui part est un investissement public qui s'envole.
Le miroir des nations
L'Amérique n'existerait pas si ses pionniers avaient fui. Dubaï ne serait qu'un désert si ses dirigeants avaient cherché ailleurs. Singapour, la Corée du Sud, le Rwanda : toutes ces nations se sont construites sur une décision collective de rester et de bâtir.
Le Cameroun a tout pour réussir. Des ressources naturelles abondantes. Une jeunesse dynamique 57 % de la population active a entre 18 et 35 ans. Une diaspora qui envoie chaque année l'équivalent de 1,1 % du PIB en transferts d'argent.
Mais l'argent de la diaspora, aussi précieux soit-il, ne remplace pas la présence. Il ne construit pas les institutions. Il ne réforme pas l'administration. Il ne crée pas les emplois dont le pays a besoin.
Un appel à la responsabilité
Étudier à l'étranger, faire des affaires, apprendre de nouvelles choses : tout cela est légitime et nécessaire. Mais quand l'émigration devient une fin en soi, quand elle signifie « partir pour ne jamais revenir », elle devient un problème.
« On ne peut pas utiliser l'appel moral ou le patriotisme pour faire rester les gens » , explique Tumenta F. Kennedy, consultant en migration. « Il faut s'attaquer aux causes profondes : l'instabilité politique, les difficultés économiques, le manque d'opportunités et les préoccupations sécuritaires. »
Le Cameroun doit se réformer. Créer des emplois. Payer des salaires décents. Garantir la sécurité. Mais cette réforme, elle ne viendra pas de l'extérieur. Personne ne viendra nous sauver.
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