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- 22 Jun 2026 00:52:23
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CAMEROUN :: Owona Nguini, de critique à laudateur : l'itinéraire d'une compromission :: CAMEROON
Alors que le professeur Mathias Eric Owona Nguini multiplie les interventions médiatiques pour accuser la FECAFOOT d'avoir « saboté » le travail de Marc Brys, une critique acerbe émerge : celle d'un intellectualisme de façade, d'un discours volontairement complexe qui éclipse les véritables enjeux de développement du Cameroun.
Il est partout. Sur Info TV, dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Mathias Eric Owona Nguini, professeur de science politique à l'Université de Yaoundé II, vice-recteur, fils de l'ancien ministre Joseph Owona, est devenu la figure de proue d'un certain intellectualisme médiatique camerounais.
Mais à quoi sert-il vraiment ?
Ses interventions sont ciselées, savantes, truffées de concepts. Il invente des mots, des néologismes, des catégories. Il parle de « mystocratie », de « pornocratie », de « droit du quartier ». Il analyse, décortique, dissèque.
Et pourtant, le Cameroun reste englué dans ses crises.
Le pays a besoin d'intellectuels qui produisent des idées, des solutions et des œuvres utiles à la société, pas de spécialistes des plateaux télévisés qui passent plus de temps à s'exhiber qu'à construire. Une pensée qui ne se traduit ni en propositions ni en réalisations finit par n'être qu'un exercice de style, sans impact sur le progrès collectif.
L'intellectualisme de vitrine ne développe pas un pays.
Un parcours académique brillant, un engagement politique trouble
Mathias Eric Owona Nguini est né le 28 février 1969 à Paris. Fils aîné de Joseph Owona, ancien ministre et figure de l'État camerounais, il est titulaire d'un doctorat en science politique obtenu à l'Université Bordeaux IV en 1997. Professeur associé à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université de Yaoundé II-Soa, il est également vice-recteur de cette université.
Un parcours académique impressionnant, sans doute.
Pourtant, cet intellectuel reconnu est aujourd'hui au cœur d'une polémique qui dépasse le cadre universitaire. Autrefois farouche critique du régime de Paul Biya il décrivait en 2015 un pays miné par une série de « craties » perverses. Owona Nguini s'est progressivement rapproché du pouvoir en place à partir de 2016.
De pourfendeur du système, il est devenu l'un de ses plus zélés soutiens.
Un « génie domestiqué » au service du régime
Cette mue n'a pas échappé aux observateurs. Jean-Pierre Bekolo, réalisateur et producteur camerounais, a produit une tribune cinglante dans laquelle il dépeint Owona Nguini comme le « véritable chef d'orchestre de cette novlangue du pouvoir ».
« Un génie, certes mais un génie domestiqué. Il crée de nouveaux mots, invente des concepts... Mais depuis qu'il a prêté allégeance au régime, sa créativité tourne à vide : il peine à produire une pensée cohérente, car il s'est mis au service de moins intelligents que lui. »
Le constat est sévère. Owona Nguini serait passé d'une pensée critique à une « servitude verbale », produisant un « français touffu, souvent illisible, symptôme d'une servitude verbale ». Son langage, selon Bekolo, ne chercherait plus à éclairer, mais à « domestiquer la pensée et à rendre suspect tout discours démocratique ».
« Normalisation de la médiocrité » : un intellectuel controversé
La critique ne se limite pas à un seul auteur. De nombreux observateurs dénoncent ce qu'ils considèrent comme une « dérive intellectuelle » au Cameroun, dont Owona Nguini serait le symbole.
Il est accusé d'incarner une « normalisation de la médiocrité » et de participer à un projet d'« abrutissement généralisé ». Son concept de « droit du quartier » est qualifié de « légalisation de la déchéance » permettant à l'État de contourner la Constitution.
Plus grave encore, certains remettent en cause la légitimité même de son titre académique. Un « frustré recalé du CAMES » dont le titre de professeur fut « octroyé par décret plutôt que mérité ».
La conséquence de cette dérive est lourde : les universités camerounaises disparaissent des classements internationaux, tandis que l'État privilégierait délibérément « les bavards aux brillants », transformant les campus en « théâtres d'agitation verbale ».
L'intellectualisme de vitrine : un obstacle au développement
Un intellectuel, au sens noble du terme, est celui qui produit des idées, des solutions, des œuvres utiles à la société. Il ne se contente pas de briller sur les plateaux télévisés, de jongler avec des concepts obscurs, de noyer le débat dans une logorrhée savante.
Owona Nguini, malgré son brillant parcours, incarnerait cette dérive : une pensée qui s'exhibe plus qu'elle ne construit, un discours qui éblouit plus qu'il n'éclaire, une érudition de façade qui, au final, n'apporte aucune valeur concrète au développement du Cameroun.
Comme le souligne un observateur :
« Une pensée qui ne se traduit ni en propositions ni en réalisations finit par n'être qu'un exercice de style, sans impact sur le progrès collectif. »
De la critique à la compromission : un itinéraire politique
Pour comprendre la controverse, il faut retracer l'itinéraire politique d'Owona Nguini. Autrefois critique acerbe du régime, il est devenu un soutien zélé de Paul Biya et un adversaire redoutable du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto.
Son parcours symbolise, selon Jeune Afrique, « les paradoxes du débat intellectuel au Cameroun ». Il incarne un modèle complexe d'interaction entre politique et académie, où les positions intellectuelles se transforment parfois en repositionnement au sein du système de pouvoir.
L'intellectuel critique d'hier est devenu l'intellectuel organique du régime d'aujourd'hui.
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