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© Camer.be : Toto Jacques
- 20 Jun 2026 19:41:20
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CAMEROUN :: Fonction publique : 70 000 postes supprimés, salaires en hausse :: CAMEROON
Entre 2023 et 2026, l'État camerounais a réduit ses effectifs de plus de 70 000 agents, mais la facture salariale, elle, continue d'augmenter. Une équation budgétaire qui interroge.
C'est un chiffre qui aurait dû être une bonne nouvelle. 70 603. Le nombre d'agents de l'État qui ont disparu des effectifs en trois ans. Une cure d'amaigrissement historique, du jamais-vu. Pourtant, la facture, elle, est plus lourde que jamais. Comment un État peut-il payer plus pour moins de monde ? La réponse n'est pas dans la simple arithmétique. Elle est dans une révolution silencieuse des salaires et des pensions, qui promet de tout changer pour le fonctionnaire camerounais, et peut-être, pour l'avenir du pays. Voici le décryptage d'une énigme au cœur du budget national.
L'information, tombée en catimini dans les méandres des données budgétaires, est un véritable séisme statistique. Le nombre d'individus percevant un salaire ou une pension de l'État camerounais est passé de 537 069 en 2023 à 466 444 en 2026, soit une réduction de 13,1%. Du jamais-vu dans l'histoire récente du pays. "C'est un dégraissage historique", analyse un haut fonctionnaire du ministère des Finances, qui a requis l'anonymat. "On assiste à une rationalisation des effectifs sans précédent."
Mais ce serait une erreur de voir ce chiffre comme un simple succès. La même source, et le même document, révèlent un paradoxe frappant : la masse salariale continue d'augmenter. Les économies réalisées sur les effectifs sont, semble-t-il, immédiatement absorbées par la hausse des rémunérations individuelles.
La fin de l'emploi, le début des primes ?
Comment expliquer cette équation ? Les experts pointent plusieurs hypothèses. La plus probable est celle d'un changement de stratégie. L'État aurait profité de cette période pour "revaloriser" les carrières, en particulier dans des secteurs clés. "On a assisté à une augmentation des primes et des indemnités pour les agents restants", explique un économiste. "L'idée était de fidéliser les meilleurs éléments et de moderniser une grille salariale jugée obsolète."
Cependant, cette politique a un coût. Là où un seul agent coûtait "X" il y a trois ans, il coûte désormais "1,2X". Le résultat est une facture globale qui s'alourdit. Le gouvernement, dans sa communication officielle, évoque une "optimisation des ressources". Un euphémisme qui peinera à convaincre ceux qui craignent pour leur emploi ou leur pouvoir d'achat.
Une bombe à retardement sociale ?
Cette annonce tombe dans un contexte social déjà tendu. Pour les 70 603 agents sortis des effectifs, la question est cruciale. Sont-ils partis à la retraite, ont-ils été licenciés, ou ont-ils été "externalisés" ? Le flou persiste et alimente les rumeurs. "L'État a-t-il vraiment créé des emplois ou a-t-il juste changé la manière de les compter ?", s'interroge un syndicaliste.
Pour les 466 444 agents encore en poste, l'avenir est incertain. Si cette tendance se confirme, le fonctionnaire de demain devra être plus productif, peut-être mieux payé, mais certainement plus précaire. L'enjeu est de taille : il touche à l'équilibre budgétaire, à la qualité du service public, et à la paix sociale.
L'avenir en pointillé
Alors que le Cameroun se prépare à des échéances électorales majeures, ce sujet est une poudrière politique. L'opposition ne manquera pas de dénoncer un "deux poids, deux mesures" où les caisses de l'État se vident pour quelques-uns tandis que le plus grand nombre est exclu. Le gouvernement, lui, devra démontrer que ces réformes sont un gage de modernisation et d'équité.
Une chose est sûre : le modèle de l'État-providence tel qu'on le connaît est en train de changer sous nos yeux. Et ce changement, pour l'instant, ne profite pas à tous.
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