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© Camer.be : Paul Moutila
- 21 Jun 2026 18:31:56
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Biya en clinique suisse : et les hôpitaux camerounais ? :: CAMEROON
Alors que le président Paul Biya, âgé de 93 ans, est pris en charge dans une clinique privée de Genève, les Camerounais supportent 70 % de leurs dépenses de santé tandis que les évacuations sanitaires des élites coûtent 1,5 milliard FCFA par an au Trésor public.
Le plateau d’Info Tv retient son souffle. Valère Bessala, guide spirituel, regarde la caméra. Il ne ménage personne.
« Il n’y a pas de mal à être malade, surtout quand on a un âge comme celui de notre président de la République. C’est normal. »
Une pause. Puis il frappe.
« Mais le mal qu’il y a quand on est un chef, c’est justement d’aller se faire soigner ailleurs, hors de son pays, quand on a eu 45 ans pour construire et investir dans son pays, pour qu’on ait la logistique hospitalière et sanitaire que nous envions et que nous poursuivons à l’extérieur. »
La phrase résonne. Elle dit tout. Elle résume quatre décennies d’échec, de paradoxe et de renoncement.
Car pendant que Paul Biya séjourne dans une clinique suisse, les hôpitaux camerounais manquent de dialyse, de sang, de médecins et de lits.
Pendant que l’État débourse 1,5 milliard FCFA par an pour les évacuations sanitaires des dignitaires, les Camerounais assument près de 70 % de leurs frais de santé.
Le « grand mal », comme le dit Bessala, n’est pas la maladie. C’est le choix.
Un président de 93 ans, un système à l’abandon
Paul Biya a 93 ans. Il est au pouvoir depuis 43 ans. Il est le chef d’État le plus âgé du monde.
En juin 2026, il a été pris en charge dans une clinique privée de Genève, après un malaise lors de la fête nationale du 20 mai. Le gouvernement dément toute hospitalisation. Mais les faits sont têtus : le président camerounais séjourne régulièrement en Suisse, à l’hôtel Intercontinental ou dans des cliniques discrètes.
Pendant ce temps, le système de santé camerounais s’effondre.
Selon l’OCDE, les dépenses de santé ne représentent que 4 % du PIB, soit 35 913 FCFA par habitant. 70 % de ces dépenses sont supportées par les ménages l’un des taux les plus élevés au monde, bien au-delà du Kenya (24 %), du Ghana (25 %) ou de la Côte d’Ivoire (29 %).
En clair : les Camerounais paient presque seuls pour un système de santé qui ne fonctionne pas.
1,5 milliard FCFA : le coût des évacuations des élites
Chaque année, l’État camerounais dépense plus d’un milliard FCFA pour évacuer ses dignitaires vers l’étranger.
En 2019, ce sont 114 évacuations qui ont coûté 1,5 milliard FCFA. En 2008, elles étaient une soixantaine pour 500 millions. Les dépenses ont triplé en une décennie.
La raison ? Le manque d’équipements appropriés, opérationnels à 20 ou 25 % pour ceux qui existent, et le déficit de spécialistes.
« Le coût d’une évacuation est fonction de la pathologie », explique un responsable. En moyenne, 10 millions FCFA par évacuation.
Un montant qui pourrait financer des centaines de dialyses, des milliers de consultations, des équipements pour des hôpitaux entiers.
Des hôpitaux exsangues, des vies sacrifiées
Les exemples de déliquescence sont innombrables :
- Pénurie de kits de dialyse au CHU de Yaoundé le nombre de séances hebdomadaires a été réduit.
- Pénurie de sang 500 000 vies en danger, selon les estimations.
- Manque de lits, d’appareils, de médecins.
- Infrastructures vieillissantes, équipements en panne.
Un Camerounais sur deux renonce aux soins faute de moyens. La maladie, ici, n’est pas une épreuve c’est une condamnation.
« 45 ans pour construire… et on court toujours derrière l’Europe »
Valère Bessala ne critique pas la maladie. Il critique le choix.
« Le mal qu’il y a quand on est un chef, c’est justement d’aller se faire soigner ailleurs, hors de son pays, quand on a eu 45 ans pour construire et investir dans son pays, pour qu’on ait la logistique hospitalière et sanitaire que nous envions et que nous poursuivons à l’extérieur. »
45 ans. C’est le temps qu’a eu Paul Biya pour bâtir un système de santé digne de ce nom. Pour construire des hôpitaux de référence. Pour former des spécialistes. Pour que les Camerounais n’aient pas à « poursuivre » la santé en Europe.
Il ne l’a pas fait.
À la place, il a privilégié un système à deux vitesses :
- Une pour les élites évacuations sanitaires, cliniques suisses, soins de standing.
- Une pour le peuple hôpitaux délabrés, pénuries, renoncement aux soins.
Le Cameroun gouverné « derrière les rideaux »
L’absence répétée du président alimente les spéculations.
Saint Eloi Bidoung, ancien militant du RDPC, déplore :
« Les absences répétées du président ne doivent surprendre personne. Même si j’ai le fort sentiment que le Cameroun est gouverné désormais derrière les rideaux. Les Camerounais sont en droit d’exiger de savoir ce que fait le président, où il est et comment il se porte. »
Une étudiante en droit, Clarisse Yindou, renchérit :
« La guerre pour la succession du président est désormais ouverte entre les élites. La solidarité gouvernementale a foutu le camp. Chacun fait ce qu’il veut, vole comme il peut et c’est nous, le bas peuple, qui souffrons. »
Un pays dont le président est absent, dont le système de santé est en ruine, et dont les élites se soignent à l’étranger. Voilà le legs de 43 ans de pouvoir.
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