La chefferie de Baloum devient un brasier judiciaire
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Accusé de vol par des villageois, Steve, 20 ans, a été brûlé vif dans l’enceinte de la chefferie de Baloum sous le regard passif d’un chef de deuxième degré sans enquête, sans procès, sans aucun recours légal.

Il a crié « Je n’ai rien volé » jusqu’à ce que sa voix se dissolve dans les flammes.

Steve avait 20 ans. Un âge où l’on rêve, où l’on construit, où l’on espère. Pas un âge pour mourir sur un bûcher improvisé, dans une cour de chefferie, sous les yeux d’un roi qui n’a pas bougé.

L’histoire a commencé comme une rumeur. Une accusation de vol, sans preuve. Puis la meute s’est formée. Puis les mains l’ont traîné, pieds et poings liés, jusqu’au chef de Baloum. Puis le feu a été allumé.

Les vidéos qui circulent depuis 48 heures montrent l’innommable. Un corps qui se tord. Des flammes qui montent. Un chef qui regarde. Et une nation qui, enfin, se réveille.

Les faits : un lynchage sous autorité traditionnelle

Baloum est un petit village de l’arrondissement de Penka-Michel, dans le département de la Menoua, région de l’Ouest du Cameroun. Ici, la chefferie fait office de cour d’honneur, de tribunal populaire, parfois de dernier recours. Mais jamais, jusqu’à ces jours-ci, elle n’avait été décrite comme un lieu d’exécution.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur les réseaux sociaux et relayés par des associations locales, Steve dont le nom complet n’a pas encore été officiellement diffusé a été accusé de vol par des individus du village. Pas de plainte déposée. Pas d’enquête. Juste une rumeur, puis une foule.

« Ils l’ont amené à la chefferie de Noussi Pokam Charly Constant, chef de deuxième degré. Devant lui, ils ont répété l’accusation. Steve a nié. Il a pleuré. Il a crié “je ne connais rien, j’ai pas volé, j’ai pas volé”. Personne n’a écouté. »

Les vidéos authentifiées montrent un jeune homme entravé, entouré d’une dizaine d’hommes. À un moment donné, un bidon d’essence est versé. Puis une flamme.

Steve est mort dans cette cour.

Le rôle du chef : silence, passivité ou complicité ?

La question qui brûle (sans jeu de mots) les lèvres des Camerounais est simple : qu’a fait le chef ?

D’après les séquences vidéo analysées par plusieurs sources indépendantes, Noussi Pokam Charly Constant était présent. Il n’a pas tenté d’arrêter les agresseurs. Il n’a pas appelé les forces de l’ordre. Il n’a pas évacué la victime.

Certains témoins affirment qu’il aurait même donné son « accord tacite » une phrase qui, si elle se vérifie, transformerait cette affaire en crime rituel sous couvert d’autorité traditionnelle.

Hypothèse prudente du fact-checking : À ce stade, aucune source officielle (gendarmerie, procureur, ministère de l’Administration territoriale) n’a confirmé la complicité directe du chef. Toutefois, son inaction, dans le cadre de ses fonctions régaliennes de médiateur et de garant de l’ordre coutumier, constitue déjà un fait grave.

Un système judiciaire contourné encore une fois

Le Cameroun connaît une recrudescence des violences populaires. Lynchages, « justice populaire », exécutions sommaires : ces pratiques sont régulièrement dénoncées par la Commission nationale des droits de l’homme du Cameroun (CNDHC).

Dans le cas de Steve, le passage obligé aurait dû être :

1. La plainte au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche.
2. La garde à vue.
3. Une enquête pour déterminer s’il y avait vol, et si oui, par qui.

Rien de tout cela n’a eu lieu.

« Ils n’ont pas pu le conduire au commissariat ou à la gendarmerie pour que la justice s’en charge » lit-on dans les récits militants. « Ils ont mis le feu sur le jeune Camerounais plein d’avenir. »

Statistique de contexte : Selon un rapport de l’ONG Article 19 (2023), près de 35 % des Camerounais estiment que la justice est trop lente ou inaccessible, un terreau fertile pour les dérives populaires.

L’onde de choc : « JusticePourSteve » explose sur les réseaux

Des milliers de Camerounais, de la diaspora et d’africains solidaires partagent les images avec parfois des avertissements de modération (violence extrême). Les pages Facebook locales appellent à une marche virtuelle. Sur TikTok, des voix tremblent en racontant l’histoire.

Une chose est claire : l’émotion dépasse le fait divers. C’est un symbole.

Symbole d’une jeunesse que l’on brûle au lieu de l’écouter.
Symbole de chefs qui regardent ailleurs.
Symbole d’un État qui, trop souvent, abandonne ses citoyens à la colère des foules.

Que risque le roi de Baloum ?

En droit camerounais, l’autorité traditionnelle n’est pas au-dessus des lois. L’article 242 du Code pénal sanctionne la « non-assistance à personne en danger ». Le chef, s’il avait les moyens d’intervenir sans risque pour lui-même, pourrait être poursuivi.

En outre, si des preuves établissent qu’il a ordonné ou encouragé le châtiment, les peines pour complicité d’homicide volontaire peuvent aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour les bourreaux directs (ceux qui ont versé l’essence et allumé le feu) : la peine de mort est théoriquement encore inscrite au code pénal camerounais, bien que non appliquée depuis plusieurs années. Dans les faits, une perpétuité est plus probable.

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