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© Camer.be : Paul Moutila
- 21 Jun 2026 15:16:58
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CAMEROUN :: SNH : un ADG de 87 ans, une gestion « sexuellement transmissible » :: CAMEROON
À 87 ans, affaibli par la maladie et absent des conseils d’administration, Adolphe Moudiki reste à la tête de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) depuis 33 ans, tandis que son entourage familial verrouille son emprise sur la première entreprise publique camerounaise.
Il est 14 heures, ce mercredi 24 juillet 2024, au palais présidentiel de Yaoundé. Les administrateurs de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) se réunissent en conseil extraordinaire. À l’ordre du jour, un sujet brûlant : le sort d’Adolphe Moudiki, l’homme qui dirige ce mastodonte pétrolier depuis trente et un ans.
Mais Moudiki n’est pas là. Il n’est jamais là.
Son fauteuil, à la présidence du conseil, reste vide. Les rumeurs de son départ prochain enflent depuis des mois. Certains le disent en disgrâce. D’autres, trop malade pour exercer. Pourtant, à l’issue de trois heures de débats, le verdict tombe : Adolphe Moudiki garde son poste.
Comment un homme de 87 ans, physiquement absent et politiquement contesté, peut-il encore diriger la plus grosse entreprise publique du Cameroun ? Et pourquoi son entourage familial semble-t-il avoir pris le contrôle des commandes ?
Un mastodonte au ralenti
La SNH n’est pas une entreprise comme les autres. Elle est le poumon économique du Cameroun. Ses recettes pétrolières et gazières alimentent une part significative du budget de l’État. C’est aussi une entreprise au cœur d’un scandale retentissant : celui du trader anglo-suisse Glencore, condamné pour corruption et pots-de-vin versés à de hauts dirigeants camerounais.
À sa tête depuis 1993, Adolphe Moudiki incarne à lui seul la longévité et l’opacité du pouvoir au Cameroun. Proche du président Paul Biya, il a survécu à toutes les tempêtes. Mais aujourd’hui, les questions fusent : un homme de 87 ans, dont l’état de santé est décrit comme « affaibli par la maladie », peut-il encore piloter cette machine stratégique ?
Un conseil d’administration sous tension
Le 24 juillet 2024, le conseil d’administration de la SNH est convoqué en urgence à la présidence de la République. Une délocalisation exceptionnelle, décidée par Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence, après l’échec d’une première tentative de réunion au siège de la SNH.
Car la semaine précédente, Moudiki avait tout simplement ordonné la fermeture des grilles de l’entreprise, interdisant l’accès aux administrateurs. Un bras de fer ouvert avec le pouvoir présidentiel, qui a finalement tourné en sa faveur. Selon des sources de RFI, c’est Paul Biya lui-même qui aurait arbitré en faveur du maintien de son vieux compagnon.
Le clan Moudiki à la manœuvre
Derrière l’homme affaibli, une famille a pris la relève. Nathalie Moudiki, l’épouse du DG, est désormais conseillère n°2 à la direction générale de la SNH. Selon une enquête de Jeune Afrique, elle est « au cœur de l’appareil décisionnel du groupe pétrolier public ». Une ascension fulgurante qui interroge sur les règles de gouvernance de l’entreprise.
Certains observateurs évoquent un « clan Moudiki » qui verrouille méthodiquement son emprise sur la SNH. D’autres dénoncent une « gestion sexuellement transmissible », où le pouvoir se transmet par les liens du mariage plutôt que par les compétences. Une critique acerbe qui trouve un écho dans les milieux politiques et économiques camerounais.
Des salaires et des avantages qui font débat
Pour beaucoup de Camerounais, le maintien de Moudiki à la tête de la SNH est un symbole de l’immobilisme du régime. Le salaire mensuel du directeur général est estimé à 50 millions de FCFA, auxquels s’ajoutent 50 millions d’indemnisation santé annuels. Des chiffres qui alimentent la colère sociale, dans un pays où le salaire minimum est de 36 000 FCFA.
Une succession en question
À 87 ans, Moudiki ne pourra pas diriger la SNH éternellement. Mais qui prendra sa suite ? Les spéculations vont bon train. Certains évoquent une mainmise familiale. D’autres, un proche du président. Une chose est sûre : la bataille pour la SNH ne fait que commencer.
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