706 morts en un an : le bilan effroyable d'une présidentielle
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706 morts, près de 1 500 arrestations arbitraires et une répression systématique : le rapport accablant de la société civile camerounaise dresse le portrait d'un pays en sang après la réélection contestée de Paul Biya.

L'image est glaçante. Un document. Une page. Des chiffres. 706 morts. 1494 arrestations.

Ce n'est pas un film. Ce n'est pas un scénario catastrophe. C'est le Cameroun. Année 2025. Année d'une élection présidentielle qui devait être un moment de démocratie et qui s'est transformée en cauchemar.

Derrière ces chiffres, il y a des visages. Des mères qui pleurent. Des pères disparus. Des étudiants arrêtés pour avoir partagé une publication sur les réseaux sociaux. Des militants politiques exécutés sommairement. Des observateurs électoraux jetés en prison.

Le rapport produit par l'ONG "Un Monde Avenir", en collaboration avec 30 organisations de la société civile, n'est pas une simple feuille de route. C'est un cri. C'est une accusation. C'est le miroir d'un pays où la parole se paie au prix du sang.

Et pendant que les chiffres s'accumulent, le pouvoir à Yaoundé parle de "16 morts et 800 arrestations". Un écart qui dit tout. Un écart qui tue.

2025, l'année de tous les dangers

Le 12 octobre 2025, les Camerounais se rendent aux urnes. L'enjeu est immense. Paul Biya, 92 ans, président depuis 1982, brigue un huitième mandat. Face à lui, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre, incarne l'espoir du changement.

Le jour du scrutin, des observateurs de l'ONG "Un Monde Avenir" sont déployés sur tout le territoire. 800 observateurs. Leur mission : garantir la transparence. Leur récompense : l'arrestation. Cinq d'entre eux sont interpellés à Ngaoundéré alors qu'ils exerçaient leur mission d'observation indépendante.

Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel proclame la réélection de Paul Biya avec 53,66 % des voix. Aussitôt, l'opposition crie à la fraude. Issa Tchiroma Bakary s'autoproclame vainqueur. La rue s'embrase.

Une répression d'une violence inouïe

À partir du 26 octobre, les forces de sécurité répondent aux manifestations par des tirs à balles réelles et des gaz lacrymogènes. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch font état d'un usage disproportionné de la force.

Le gouvernement camerounais annonce officiellement 16 morts et "plus de 800 interpellations". Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, qualifie les victimes "d'assaillants neutralisés".

Mais les organisations de défense des droits humains ne partagent pas cette version.

Le rapport "Un Monde Avenir" : des chiffres qui donnent le vertige

En mai 2026, lors de la 87e session de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples à Banjul, en Gambie, l'ONG "Un Monde Avenir" présente un rapport accablant.

Le bilan est sans appel :
- 706 morts
- 1494 arrestations arbitraires

Des chiffres qui dépassent de loin les bilans officiels. Selon Philippe Nanga, coordinateur de l'ONG, les chiffres gouvernementaux sont "loin de ce qui est partagé par plusieurs sources".

L'ONG dénonce également :
- 40 exécutions sommaires
- Des arrestations visant des militants politiques, des leaders d'opinion, des activistes et même des mineurs
- La mort en détention de l'activiste Anicet Ekane
- Des difficultés d'accès aux hôpitaux, empêchant un décompte complet des victimes

"Ce sont des cas flagrants de violation des droits de l'homme", déclare Philippe Nanga.

Un contraste saisissant entre les chiffres officiels et la réalité

 

Source  Morts  Arrestations 
"Un Monde Avenir" / OSC 706  1494 
 Gouvernement camerounais 16  +800
Human Rights Watch  Plusieurs dizaines 312+
Sources ONU (citées par Reuters) 48  -

Ce tableau, établi à partir des données disponibles, révèle un écart abyssal.

La communauté internationale s'alarme

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'était inquiété dès septembre 2025 des restrictions "croissantes" de l'espace civique au Cameroun.

Le 30 octobre 2025, le Bureau des droits de l'homme de l'ONU s'est dit "alarmé par les informations faisant état de plusieurs personnes tuées lors de manifestations".

Human Rights Watch a dénoncé une répression "meurtrière" et appelé à des enquêtes indépendantes.

2026 : l'heure des comptes

Alors que le Cameroun entre dans une nouvelle année, les plaies sont loin d'être refermées. Le rapport "Un Monde Avenir" continue de faire des vagues. La société civile exige des comptes.

"Nous demandons l'ouverture d'enquêtes indépendantes, la libération des détenus d'opinion et la fin des arrestations liées aux opinions politiques", martèle l'ONG.

Pendant ce temps, Paul Biya a prêté serment pour un huitième mandat. Le pouvoir est intact. Mais à quel prix ?

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