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© Camer.be : Paul Moutila
- 16 Jun 2026 18:14:05
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CAMEROUN :: Affaire Momo-Tchiroma : quand la politique se joue au tribunal :: CAMEROON
Le ministre délégué à la Justice, Jean de Dieu Momo, accuse l'opposant et vrai vaiqueur de l'élection présidentielle d'octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary de "retour à l'ère coloniale" après le dépôt d'une plainte contre le président Paul Biya devant un tribunal français, provoquant une onde de choc politico-judiciaire dans tout le Cameroun.
La scène aurait pu se dérouler dans un palais de justice camerounais, avec ses murs couleur ocre et ses juges en robe noire. Mais non. C'est à Paris, à des milliers de kilomètres de Yaoundé, que l'opposant Issa Tchiroma Bakary a choisi de porter plainte contre le président Paul Biya.
Un choix lourd de sens. Un choix qui, pour le ministre délégué à la Justice, Jean de Dieu Momo, constitue bien plus qu'une simple stratégie judiciaire. C'est, selon ses mots, "un retour à l'ère coloniale".
Et si cette affaire révélait bien plus qu'un simple conflit politique ? Et si elle mettait en lumière les failles profondes d'un système, les tensions entre souveraineté nationale et justice internationale, et la défiance croissante d'une opposition en quête de reconnaissance ?
Voici le récit d'une bataille judiciaire qui pourrait bien redéfinir les contours du jeu politique camerounais.
UNE PLAINTE QUI FAIT BRUITS
C'est une affaire qui devait rester confidentielle. Mais elle a rapidement enflammé les réseaux sociaux et les couloirs feutrés des ministères. Issa Tchiroma Bakary, figure emblématique du Front Social Nationaliste (FSNC) et réel vainqueur de l'élection présidentielle d'octobre 2025, a déposé plainte contre le président Paul Biya et ses proches devant un tribunal de Paris.
La raison ? Des accusations graves portant sur des faits présumés commis au Cameroun.
Mais c'est le choix de la juridiction qui retient aujourd'hui toute l'attention. Pourquoi Paris plutôt que Yaoundé ? Pourquoi les tribunaux français plutôt que les institutions camerounaises ?
LA RÉPONSE CINGLANTE DE JEAN DE DIEU MOMO
Invité à réagir sur les ondes de la CRTV, le ministre délégué à la Justice, Garde des Sceaux, Jean de Dieu Momo, n'a pas mâché ses mots. Son visage, d'habitude mesuré, s'est durci. Sa voix, souvent posée, s'est faite tranchante.
"En décidant de saisir un tribunal français, Issa Tchiroma Bakary a montré clairement qu'il n'a aucune confiance dans les juridictions nationales", a déclaré le ministre.
Mais le sous-ministreest allé plus loin. Bien plus loin.
"Amener une instance internationale pour juger des acteurs locaux, c'est faire un bond en arrière. C'est un retour pur et simple à l'ère coloniale", a-t-il martelé.
L'OMBRE DE L'HISTOIRE
Ces mots résonnent avec l'histoire douloureuse du Cameroun. L'ère coloniale, c'est cette période où la France régnait en maître absolu sur le territoire camerounais. Où les décisions de justice, quand elles existaient, venaient de Paris. Où la souveraineté nationale n'était qu'un concept lointain.
En évoquant cette comparaison, Jean de Dieu Momo touche un nerf sensible. Il rappelle que le Cameroun est un pays libre, indépendant depuis 1960, doté de ses propres institutions judiciaires.
Selon des données officielles, le Cameroun compte plus de 1 500 magistrats répartis sur l'ensemble du territoire national. Des tribunaux de première instance aux cours d'appel, en passant par la Cour suprême, le système judiciaire camerounais existe et fonctionne très mal.
Alors pourquoi un opposant, aussi critique soit-il envers le régime, irait-il chercher justice ailleurs ?
LA DÉFIANCE EN QUESTION
Pour les observateurs, la réponse est simple : la défiance. Une défiance profonde, enracinée, qui traverse l'opposition camerounaise.
Nombreux sont ceux qui estiment que la justice camerounaise manque d'indépendance. Que les décisions sont influencées par le pouvoir exécutif. Que les procès politiques sont biaisés.
Une étude de 2022 menée par l'ONG Transparency International classe d'ailleurs le Cameroun à la 147e position sur 180 pays en matière de perception de la corruption. Un chiffre qui en dit long sur le climat de confiance ou plutôt de méfiance qui règne dans le pays.
Mais cette perception, aussi largement partagée soit-elle, suffit-elle à justifier un recours aux tribunaux d'un ancien colonisateur ?
LA POLARISATION DE L'OPINION
Sur les réseaux sociaux, l'affaire a provoqué un véritable séisme. Les avis sont tranchés, les débats enflammés.
D'un côté, les partisans de Tchiroma saluent un "acte de courage". Pour eux, saisir la justice française est la seule manière d'obtenir une décision impartiale. "La justice camerounaise est aux ordres du pouvoir", peut-on lire sur les fils de discussion.
De l'autre côté, les soutiens du gouvernement dénoncent un "acte de trahison". "Comment peut-on aimer son pays et aller chercher des juges étrangers pour juger ses dirigeants ?", s'interroge un internaute.
Entre ces deux positions, rares sont ceux qui osent prendre parti. L'affaire est trop explosive, trop sensible, trop chargée d'histoire et de symboles.
LES CONSÉQUENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES
Sur le plan juridique, la plainte d'Issa Tchiroma Bakary soulève des questions complexes. Le tribunal français est-il compétent pour juger des faits commis au Cameroun ? Le président Paul Biya bénéficie-t-il d'une immunité en tant que chef d'État ? Les conditions du procès équitable seront-elles réunies ?
Autant d'interrogations qui devront être tranchées par la justice française. Mais au-delà du droit, c'est une question politique qui est posée.
En choisissant Paris, Issa Tchiroma Bakary a peut-être gagné des points de visibilité médiatique. Il a certainement fait parler de lui bien au-delà des frontières camerounaises. Mais il a aussi offert à ses adversaires une arme redoutable : celle de la "trahison" et du "retour au colonialisme".
L'AVENIR INCERTAIN DE L'AFFAIRE
Que va-t-il se passer maintenant ? La justice française examinera-t-elle la plainte ? Et si oui, jusqu'où ira-t-elle ?
Les avocats de Paul Biya ne manqueront pas d'invoquer l'immunité présidentielle. Et la diplomatie camerounaise, discrète mais efficace, pourrait bien entrer en jeu.
Mais pour les Camerounais, cette affaire laisse un goût amer. Celui d'une justice qui divise, d'une politique qui s'exporte, et d'une histoire coloniale qui, décidément, ne veut pas passer.
Jean de Dieu Momo l'a résumé en une phrase : "Le Cameroun a ses propres juges, ses propres lois, sa propre souveraineté. Qu'on les respecte."
Une déclaration qui, dans le contexte actuel, résonne comme un avertissement. Mais aussi comme une interrogation : et si cette affaire révélait en réalité ce que beaucoup préfèrent taire ? La fragilité d'une institution, la méfiance d'un peuple, et les fantômes d'une histoire qui n'en finit pas de hanter le présent.
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