La saisie d'une décennie et le silence d'un État
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La saisie record de cocaïne au large des îles Canaries implique un navire sous pavillon camerounais, révélant les failles béantes d'un système gangrené par la corruption à haut niveau.

La plus grande saisie de cocaïne en haute mer depuis 1999. Ce record glaçant n'est pas celui d'un cartel sud-américain, mais concerne directement le Cameroun. Le 12 janvier, les autorités espagnoles arraisonnaient un navire marchand immatriculé au Cameroun, transportant près de 10 tonnes de cocaïne pure d'une valeur estimée à 400 millions d'euros. Cette opération baptisée « Marée Blanche » a mis au jour une cargaison monstre dissimulée dans plus de 200 sacs de sel, en provenance du Brésil.

Face à ce scandale international, le régime de Yaoundé oppose un silence assourdissant. Aucun communiqué officiel. Aucune enquête annoncée. Ce mutisme est en lui-même une réponse. Il est d'autant plus éloquent qu'il contraste avec les récents efforts affichés par les douanes camerounaises, qui ont pourtant réalisé en juillet 2025 une saisie record de 200 kg de cocaïne à l'aéroport de Douala.

Ce silence stratégique pose une question fondamentale : le Cameroun est-il devenu un État mafieux ? Un État où les intérêts d'une oligarchie prédatrice priment sur la souveraineté et l'état de droit. Le pavillon camerounais est régulièrement éclaboussé par des affaires de narcotrafic. Pour tenter d'endiguer ce phénomène, les autorités ont engagé une révision des critères d'attribution et radié des navires pour activités illicites. Mais ces mesures tardives et cosmétiques ne suffisent plus face à l'ampleur du désastre.

Le choix d'un pavillon est une décision commerciale et juridique, qui soumet le navire à la réglementation du pays d'immatriculation. La multiplication des saisies impliquant des navires battant pavillon camerounais interroge sur la rigueur des contrôles et la possible corruption au sein de l'administration maritime du pays. Ce scandale survient dans un contexte régional où le Golfe de Guinée est une zone de transit majeure pour la cocaïne à destination de l'Europe, et où les réseaux criminels exploitent l'instabilité politique et la faiblesse des États.

Le paradoxe est criant. Alors que la population camerounaise subit une crise économique et des conflits internes, le clan présidentiel mène une vie de luxe ostentatoire en Suisse. La fille du président, Brenda Biya, vit à l'année dans un hôtel de luxe genevois, un train de vie financé selon toute vraisemblance par les deniers publics. Paul Biya lui-même, au pouvoir depuis plus de 40 ans, y séjourne régulièrement avec un entourage de 60 personnes, dépensant des sommes faramineuses.

Le narcotrafic n'est pas une affaire isolée ; c'est le symptôme d'un système. Un système où la prédation économique, la corruption à grande échelle et le mépris du peuple sont érigés en mode de gouvernance. Les conséquences sont déjà là : stigmatisation internationale des Camerounais, risques accrus pour les échanges et l'économie. Les puissances occidentales, qui ont participé à l'opération, ne transigeront pas sur ce dossier. L'heure des comptes approche.

Le Cameroun parviendra-t-il à se libérer de l'emprise d'une oligarchie qui confond l'État avec son portefeuille privé ?

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