Trump expulse des migrants vers le Cameroun malgré leurs protections judiciaires
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L'administration Trump a organisé en janvier une déportation secrète de neuf personnes vers le Cameroun, un pays dont aucune d'entre elles n'est originaire. Révélation du New York Times : la quasi-totalité disposait de protections judiciaires américaines leur interdisant tout renvoi vers leurs pays d'origine.

Des migrants trompés jusqu'au dernier moment

Les déportés affirment avoir ignoré leur destination finale jusqu'à leur embarquement menotté à bord d'un vol gouvernemental depuis Alexandria, en Louisiane, le 14 janvier. Un Zimbabwéen de 37 ans, résidant aux États-Unis depuis 15 ans, compare l'opération à un trafic clandestin. "Nous avons été déposés comme des colis UPS", témoigne-t-il.

Un accord fantôme avec Yaoundé

Aucun traité public n'existe entre Washington et le Cameroun pour accueillir des expulsés d'autres nationalités. Le ministère camerounais des Affaires étrangères refuse tout commentaire. Le Département d'État invoque la confidentialité de ses communications diplomatiques. Selon une enquête sénatoriale publiée vendredi, le gouvernement américain aurait déboursé plus de 40 millions de dollars dans des accords de déportation vers des pays tiers.

Détention et impasse juridique

Depuis leur arrivée, la plupart des déportés sont retenus dans un complexe d'État à Yaoundé. Les autorités camerounaises leur auraient signifié qu'ils ne pourraient quitter les lieux qu'en acceptant de retourner dans leurs pays d'origine, ceux-là mêmes qu'ils ont fuis pour échapper à la guerre ou aux persécutions. Huit personnes sur neuf disposaient de protections contre l'expulsion accordées par des tribunaux américains.

Des vies en danger

Parmi les déportés figurent des personnes ayant échappé à l'emprisonnement politique, survécu à des conflits armés ou fui des pays criminalisant leur orientation sexuelle. Une Ghanéenne de 32 ans, persécutée pour son homosexualité, évoque des menaces de mort de sa propre famille. Une compatriote de 20 ans, détenue plus d'un an aux États-Unis, compare un retour au Ghana à "signer son arrêt de mort".

Un contournement systémique des tribunaux

Cette pratique permet à l'administration Trump de contourner les décisions de justice américaines. Scott Shuchart, ancien responsable de l'ICE sous Biden, dénonce une procédure "clairement illégale". L'Organisation internationale pour les migrations, qui gère ces cas, aurait indiqué aux déportés qu'aucun soutien n'existait pour obtenir l'asile au Cameroun, même si l'organisation conteste cette version.

Un précédent inquiétant

Ces expulsions vers le Cameroun constituent un premier cas documenté. D'autres déportations triangulaires ont déjà eu lieu : huit migrants sur neuf envoyés en Guinée équatoriale ont été renvoyés vers leurs pays d'origine, dont un demandeur d'asile. En septembre, le Ghana a expulsé au moins trois personnes malgré leurs protections légales.

Combien d'autres migrants protégés par la justice américaine seront ainsi sacrifiés sur l'autel d'accords secrets conclus loin de tout contrôle démocratique ?

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