LE CAMEROUN EN DEUIL. CONSTY EKA LE PLUS GRAND DE TOUS LES TEMPS S’EN EST ALLE
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LE CAMEROUN EN DEUIL. CONSTY EKA LE PLUS GRAND DE TOUS LES TEMPS S’EN EST ALLE :: CAMEROON

La journée d’hier restera triste dans notre vie de camerounais d’abord et d’africain ensuite à cause de  la nouvelle de la mort de  Consty Eka, qui a refermé les yeux pour toujours, laissant derrière lui un vide que nul projecteur ne saura combler. Le Cameroun perd un monument et nous demeurons là, incrédules, à contempler l’ombre immense qu’il laisse sur la scène de nos souvenirs. Il avait surgi à la fin des années 80 à Yaoundé  dans un art  qui ne connaissait pas encore son nom. C’est à la Crtv  qu’il fit sa première apparition, avec cette audace tranquille des pionniers. Il créa l’émission  Noël en couleurs, et dans ses émissions la première remarque qu’on pouvait observer c’était la  transformation  les plateaux de télévision en cathédrales de lumière, ce qui  fit trembler les habitudes des animations télévisées.

 

Là où l’on se contentait d’occuper l’écran, il choisissait de l’habiter. Il fut le deuxième Camerounais à inscrire son empreinte dans l’histoire des émissions inoubliables, après Télépodium d’Elvis Kemayou. Mais Consty ne marchait pas dans des traces du premier, il dessinait les siennes. Créateur de style par sa prestance  unique, il révolutionna la présentation des spectacles avec une élégance presque insolente. Je l’ai vu au Gabon organiser des shows d’un raffinement rare. J’étais assis dans la salle, témoin d’une orchestration millimétrée où chaque geste semblait respirer la maîtrise. Le lendemain, la presse gabonaise le saluait comme l’enfant du pays. Il était de ceux que l’on adopte partout où ils passent, tant leur génie dépasse les frontières. Premier animateur télé à interviewer Omar Bongo, il portait déjà cette aura des hommes qui savent parler aux puissants sans jamais perdre leur dignité. On l’a souvent appelé la plus grande star du showbiz camerounais, et il l’était sans scandale ni compromission. Sa réputation ne s’est jamais nourrie d’affaires obscures. Elle s’est bâtie sur le travail, la rigueur et une vision en avance sur son époque.

 

Quand il lançait ses Noël en couleurs il y a plus de trente ans, il traçait une voie que beaucoup tentent encore d’emprunter aujourd’hui. Pourtant, derrière l’éclat, il y avait une blessure. Consty Eka portait en lui l’impression douloureuse d’avoir été rejeté par sa propre terre. Il voulait s’installer au Cameroun,  encadrer cette jeunesse brillante qui cherchait des modèles, transmettre son savoir et son exigence. Mais le vent l’a poussé ailleurs. La Côte d’Ivoire lui a offert ce que son pays natal ne lui avait pas donné. Il a tant donné au Cameroun et reçu si peu en retour. Des centaines d’artistes sont redevables à Consty. Des  jeunes voix du micro, ont grandi à l’ombre de son exemple. Loin des caméras, j’ai partagé avec lui des instants simples sur le court de tennis devant chez lui à Bonanjo. C’était un homme attentif, capable de sentir vos doutes avant même que vous ne les formuliez. Il trouvait toujours les mots justes pour vous rassurer, pour vous rappeler votre valeur quand le doute vous assiégeait. L’artiste Yolande Bodiong, dit qu’elle se souvient  de ses  échanges après sa première grande expérience en 2017 avec le télé-crochet MUTZIG STAR. La veille de la finale, on l’aurait  écarté. La frustration était vive. Sans rendez-vous, sans que je ne sollicite son avis, il m’aborda. Il me félicita, évoqua la qualité de mon travail, partagea même la déception qu’il ressentait à sa place. Il me rappela mes réalisations à CANA2 INT, comme pour me prouver qu’il me suivait depuis longtemps. J’ai compris ce jour-là que Consty Eka était une boussole.

Un aîné qui veille sans bruit. Dans les cérémonies où elle prestait, elle affirme qu’il glissait discrètement un conseil sur la gestion des caméras, sur l’art de capter les moments forts d’un événement. Il savait reconnaître le talent, le nommer, l’encourager sans rien attendre en retour. Il connaissait ceux qui se démarquaient, même sans les fréquenter intimement, et proclamait leur valeur avec une générosité désarmante. C’était un visionnaire. Bien avant nos années de maturité, au début des années 1980 à Paris, Constantin Ekani Mebenga Aka faisait déjà rayonner notre génération sur les ondes de Tabala FM, la première radio privée africaine véritablement libre de la capitale française. Il participait à la programmation, à la diffusion de la musique camerounaise et africaine, portant haut les couleurs de notre culture. Il était de ces hommes qui transforment un micro en tambour, et un studio en pont entre les peuples. Lorsqu’une étoile comme Consty Eka s’éteint, la douleur est immense. C’est un arrachement. Une nostalgie brutale de ce qui respirait encore hier, quelques heures plus tôt à Abidjan. C’est le regret de n’avoir pas assez célébré, pas assez dit, pas assez honoré.

Quand celui qui vous appelait par un surnom inventé s’en va, ce n’est pas seulement un être qui disparaît. C’est une voix unique en Afrique, une manière singulière de prononcer votre prénom, une chaleur irremplaçable. Comment nommer cette douleur ? Peut-être est-ce le deuil d’une lumière. Il s’en va avec le poids d’un amour immense et d’une reconnaissance tardive. Nous restons orphelins d’un homme qui avait vendu l’image du Cameroun au plus haut niveau, d’un frère qui portait son pays dans le regard même lorsqu’il en était loin. L’histoire est terminée pour lui, mais ses œuvres demeurent. Elles respirent encore dans nos studios, dans nos souvenirs, dans la discipline que nous tentons d’imiter. Aujourd’hui, nous célébrons sa vie plus que nous ne pleurons sa mort. Nous remercions ce roi discret qui nous a appris à croire en nos rêves et à soigner notre art. Si la mort ne peut être vaincue, qu’au moins elle nous instruise. Qu’elle nous apprenne à aimer nos étoiles pendant qu’elles brillent. Consty Eka repose désormais dans un autre monde. Mais ici, sur cette terre qu’il a tant aimée et qui ne l’a pas toujours compris, son nom continuera de résonner comme une promesse. Le roi est mort, vive le roi.

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