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© Camer.be : Avec Jean Bruno Tagne
- 17 Feb 2026 14:02:16
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CAMEROUN :: Paul Biya à 93 ans : quand la fin du mythe s'expose en direct :: CAMEROON
Il y a des images qui en disent plus long que des années de discours. Celles de l'anniversaire de Paul Biya ont traversé les réseaux sociaux comme une onde de choc silencieuse. Pas pour célébrer un chef d'État. Pour révéler un homme diminué, exposé, livré.
Ce que les images montrent
Le 93ème anniversaire du président camerounais a donné lieu à une scène inédite : un chef de l'État hagard, entouré de personnalités, de membres de sa famille et d'enfants surexcités, chacun cherchant son selfie, sa vidéo, sa preuve d'un accès au corps du président. Paul Biya manifeste par instants un agacement visible sans énergie pour l'imposer. Il subit. Il endure.
Aucun autre chef d'État en exercice sur la planète n'est montré dans un tel état de vulnérabilité publique. C'est un fait, pas une opinion.
Le paradoxe d'un homme de secrets
Ce qui frappe dans ces images, c'est d'abord le contraste brutal avec l'homme qu'elles montrent. Paul Biya a passé 43 ans au pouvoir à cultiver une chose rare dans les régimes africains : la pudeur. Le secret absolu sur son intimité, sa famille, ses moments privés. "Paul Biya est président H24", confessait un ancien maire de Sangmelima à Jean-Bruno Tagne manière de dire que le chef de l'État refusait toute familiarité, même dans les cercles les plus proches.
Ce mythe présidentiel, construit patiemment sur quatre décennies, est en train de se défaire en quelques vidéos de kermesse. Ce n'est pas l'opposition qui l'a abattu. Ce sont les siens.
Une famille qui trahit le scénario
La question qui s'impose est celle-là : qui a autorisé ces images ? Un anniversaire, même celui d'un président, reste un événement privé. Si l'on choisit d'en diffuser des bribes à des fins de communication politique, le minimum est de sélectionner celles qui servent l'image du concerné. Ici, rien n'a été filtré. Rien n'a été pensé. Les éclats de rire, les commentaires audibles, l'ambiance de fête foraine autour d'un homme diminué : tout a été laissé passer.
Jean d'Ormesson écrivait que "la vieillesse est un naufrage". La famille, dans ce naufrage, devrait être la première bouée. Celle du président camerounais ne semble pas avoir assumé ce rôle. Profitant peut-être de l'affaiblissement visible du chef de l'État, certains de ses proches semblent avoir décidé, consciemment ou non, de briser le mythe qu'il avait mis une vie à construire.
L'enjeu politique derrière l'humain
Il est légitime et même nécessaire de critiquer Paul Biya pour s'être maintenu au pouvoir au-delà de tout raisonnement démocratique, jusqu'à 93 ans, au détriment d'une transition politique au Cameroun depuis longtemps attendue. C'est un reproche citoyen fondé.
Mais ces images posent une question d'une autre nature. Si le président de la République est à ce point exposé, vulnérable, visiblement diminué dans ses capacités qui gouverne réellement le Cameroun ? Qui prend les décisions au nom des 28 millions de Camerounais ? La gouvernance du Cameroun en 2025 repose-t-elle sur un homme, sur un clan, sur un système ?
Ce sont ces questions, bien plus que les images elles-mêmes, qui devraient mobiliser l'opinion publique et les institutions.
Ce que cela change
Les images d'un chef d'État affaibli ne sont jamais anodines dans un pays sans mécanisme de succession clair. Elles alimentent les rumeurs, fragilisent l'autorité de l'État, et ouvrent un vide que d'autres s'empressent de remplir. La succession au Cameroun est un sujet tabou depuis des décennies. Ces vidéos d'anniversaire viennent de le remettre brutalement sur la table.
Derrière l'homme exposé malgré lui et le président contesté depuis longtemps, une question s'impose désormais à tous les Camerounais : qui, concrètement, tient les rênes du pays et à qui devront-ils rendre des comptes demain ?
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