"Patriotisme" : comment on veut manipuler la presse
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«Au Cameroun, les pouvoirs instrumentalisent les médias et manipulent les journalistes »

Depuis l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 au Cameroun, avec la crise anglophone et les différents massacres, sans oublier la Can « glissée », certains journalistes sont taxés d’être antipatriotes. C’est quoi le patriotisme ?
Vous admirerez une colline qui surplombe votre village. Vous aimez regarder les eaux noires et sinueuses du fleuve Nyong. Le Mont- Cameroun vous charme. Votre coeur vibre lorsque les Lions indomptables sortent sur un stade de football ou de Volley, vêtus des couleurs du drapeau national. Vous donnerez tout afin que ces équipes gagnent la coupe du monde de leur discipline. Lorsque vous êtes à l’étranger, le ndolè et le miondo vous manquent et vous avez envie de rentrer au bercail. A l’étranger, vous vous comportez dignement pour honorer le passeport dont vous êtes détenteur… Presque tous les Camerounais éprouvent ces sentiments d’amour pour leur pays. Personne ne déteste son pays et personne n’a le monopole de ce patriotisme partagé. Ceux qui manifestent à l’étranger, arborent toujours le drapeau du Cameroun, signe de leur attachement au pays. Ils condamnent la gouvernance politique, et non le pays. 

Certaines personnes donnent le faux sentiment selon lequel si elles sont le produit d’un décret qui leur confère une responsabilité publique, elles deviennent plus patriotes que les autres, c’est une illusion et une tartuferie. Le système politique camerounais a créé et entretient des antagonismes multiformes. Cette option lui donne la possibilité d’opposer les personnes les unes aux autres, les syndicats, les partis politiques, la société civile, les médias, jusqu’aux forces de sécurité. C’est une option politique qui fonctionne normalement au Cameroun. Il résulte donc de ce système que, lorsqu’un journal, dans ses missions d’informer, de critiquer et de dénoncer porte un regard sur une action gouvernementale qui serait contraire aux intérêts des populations, les antagonismes fonctionnent et se liguent contre ce journal. Il en est de même d’un syndicat ; s’il lance un mot d’ordre de grève, on crée aussitôt un autre syndicat qui s’oppose à celui-là.

Cela s’explique parce que le système politique camerounais n’a pas encore intégré la contestation dans les pratiques démocratiques. Cela prendra du temps, mais ce n’est pas demain que ça va changer car, s’il y a changement demain à la tête de l’Etat, ceux qui prendront la relève sont les produits de ce système des antagonismes. Un système qui ne connait pas la critique, considère ceux qui la font comme des antipatriotes, à la limite « des ennemis du pays ». C’est un vocabulaire que nous entendons régulièrement ici. 

Y-a-t-il un rapport entre le patriotisme et le journalisme ? Si oui, c’est lequel ?
Le patriotisme ne se mesure pas au regard qu’un journaliste, un citoyen tout court porterait sur l’action gouvernementale. Il est l’amour qu’on a pour son pays, à travers les actes posés au quotidien. Faire bien son travail par exemple est un acte simple, mais hautement patriotique; gérer convenablement la fortune publique mise à votre disposition ; faire des inventions  pour équiper son pays ; bien encadrer ses enfants à la maison pour assurer une relève digne, voilà le patriotisme. Lorsqu’un journaliste, dans l’exercice de son métier, dénonce les maux et les travers qui minent la société, il attire l’attention des dirigeants pour faire en sorte que les choses changent du bon côté ; ce journaliste-là est un vrai patriote qui a bien fait son travail. 

Le journaliste est-il celui qui doit redorer l’image de son pays ? Si oui, comment ?
Dans le vaste monde de la communication, il y a différents métiers, le journalisme en est un. La communication institutionnelle et les relations publiques sont également des métiers qui appartiennent à cette grande famille. Les organisations, les entreprises commerciales et les Etats ont besoin d’entretenir leur image. La communication institutionnelle dispose des outils pour cette mission, et non le journalisme. Ceux qui font « le journalisme institutionnel » se trompent d’option et entretiennent la confusion.

L’environnement des médias aujourd’hui est-il favorable à une liberté de la presse ?
Si la liberté de la presse se réduit à cette facilité laissée aux journalistes au Cameroun de créer un organe de presse, de publier ce qu’ils veulent, alors, cette liberté est immensément octroyée aux hommes des médias. Mais la liberté de la presse doit s’épanouir dans un environnement où les médias pourraient jouir de leur pleine indépendance ; ce n’est pas le cas au Cameroun. La presse est totalement dépendante des pouvoirs politiques et économiques. Ces pouvoirs instrumentalisent les médias et manipulent les journalistes. 

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