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© Camer.be : Paul Moutila
- 18 Apr 2026 13:20:00
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Pétrole camerounais : qui vole vraiment la richesse du peuple ? Le pape et les faits accusent :: CAMEROON
Quand le pape nomme ce que Yaoundé tait
Un seul dirigeant sait combien vaut un baril de pétrole camerounais. Ce dirigeant, c'est le président. Pas le peuple. Pas le Parlement. Juste la présidence. Cette opacité, dénoncée depuis des décennies par les économistes, vient de recevoir une caution morale inattendue : celle du pape François, depuis Douala.
La main qui donne, la main qui vole
À Douala, lors de sa visite au Cameroun, le souverain pontife a posé une distinction tranchante entre deux rapports à la richesse. D'un côté, la main qui donne : la richesse orientée vers le bien commun, le développement collectif, l'intérêt national. De l'autre, la main qui saisit : la corruption, le détournement de fonds publics, le pillage des ressources naturelles par les élites locales et les industries extractives étrangères.
Ce vocabulaire n'est pas anodin. Il désigne une réalité documentée, structurelle, que les institutions internationales qualifient de resource curse la malédiction des matières premières.
L'opacité pétrolière au cœur du système
Le Cameroun est membre de l'OPEP depuis 2018. Sa production journalière tourne autour de 70 000 barils. Pourtant, le prix de vente officiel du baril camerounais reste une information que la présidence de la République ne partage pas publiquement avec ses citoyens.
Cette opacité des revenus pétroliers n'est pas un détail comptable. Elle est le mécanisme central d'un système où la redistribution devient impossible à auditer. Quand les recettes sont invisibles, les fuites le sont aussi.
La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) publie des rapports annuels. Mais les conditions exactes de vente, les marges, les contrats avec les majors internationales restent hors du champ de contrôle parlementaire effectif.
Limbe-Douala : la route qui dit tout
La ville de Limbe concentre l'essentiel de l'activité pétrolière camerounaise. La raffinerie SONARA y est installée. Les infrastructures portuaires aussi. Chaque jour, des barils quittent cette zone pour alimenter des marchés internationaux.
L'axe Douala-Limbe, long d'une soixantaine de kilomètres, est pourtant dans un état de dégradation avancé. Le pillage des ressources naturelles se lit aussi dans ce paradoxe : les camions-citernes roulent sur des routes que la manne pétrolière n'a jamais réparées. Les populations locales absorbent la pollution, les nuisances industrielles, sans bénéficier des retombées.
Ce décalage entre extraction et développement local est précisément ce que les économistes de la rente appellent l'enclave economy une économie d'enclave qui produit pour l'export sans transformer les territoires qu'elle exploite.
La prise de position pontificale agit comme amplificateur diplomatique. Elle donne une légitimité supplémentaire aux ONG camerounaises et aux organisations de la société civile qui réclament la publication des contrats pétroliers et l'adhésion à l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Le Cameroun a suspendu sa participation à cette initiative en 2013, avant d'être réintégré sous conditions.
La corruption et détournement de fonds au sommet de l'État compromettent la diversification économique dont le pays a besoin. Sans réforme de la gouvernance des ressources naturelles, le Cameroun continuera d'exporter sa richesse brute tout en important sa pauvreté finalisée.
La transition énergétique mondiale rend cet enjeu encore plus urgent. Dans dix ans, les hydrocarbures camerounais vaudront moins sur les marchés internationaux. La fenêtre pour transformer cette rente en capital humain, en infrastructure, en industrie locale se ferme.
Ce que le pape n'a pas dit et que les chiffres disent
François n'a pas nommé des responsables. Il a nommé un mécanisme. Et ce mécanisme a un coût mesurable : des routes éventrées, une transparence absente, des citoyens exclus de la connaissance de ce que vaut leur propre sous-sol.
La vraie question n'est pas morale. Elle est institutionnelle : quelle architecture de contrôle peut transformer la richesse nationale camerounaise en bien public réel ? Et qui, au Cameroun, a intérêt à ce que cette question reste sans réponse ?
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