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© Camer.be : Paul Moutila
- 11 Apr 2026 14:58:17
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Marcel Niat Njifenji : qui était l'homme qui a présidé le Sénat camerounais 13 ans :: CAMEROON
De la SONEL au perchoir du Sénat : le parcours d'un technocrate discret devenu deuxième personnage de l'État
Treize ans. C'est la durée pendant laquelle Marcel Niat Njifenji a tenu le perchoir du Sénat camerounais, de sa création en 2013 jusqu'au 17 mars 2026. Décédé ce 11 avril 2026 au CHU de Yaoundé, à 92 ans, il laisse derrière lui la trajectoire singulière d'un homme d'État formé dans les rouages technocratiques du Cameroun postcolonial.
Les origines : Bangangté, l'Ouest, et l'école de l'État camerounais
Marcel Niat Njifenji est natif de Bangangté, chef-lieu du département du Ndé, dans la région de l'Ouest Cameroun. Cette région, à dominante Bamiléké, est historiquement l'une des plus dynamiques du pays sur les plans économique et politique. Bangangté a produit plusieurs figures importantes de l'administration et de la vie politique camerounaise.
Niat Njifenji appartient à la génération des cadres camerounais formés dans les premières décennies suivant l'indépendance de 1960. Ces hommes ont construit leur trajectoire dans les appareils d'un État centralisé, où la proximité avec le pouvoir présidentiel constituait le principal vecteur d'ascension institutionnelle. Discret, peu médiatisé, il n'a jamais été une figure de tribune ou de contestation. Sa longévité au sommet des institutions tient précisément à cette discrétion et à cette loyauté constante envers le régime.
Le technocrate : à la tête de la SONEL, pilier énergétique du Cameroun
Avant d'accéder aux plus hautes fonctions parlementaires, Marcel Niat Njifenji a dirigé la SONEL Société nationale d'électricité du Cameroun. Cette entreprise publique était, jusqu'à sa privatisation, l'opérateur unique de la production, du transport et de la distribution d'électricité au Cameroun. Sa direction générale constituait l'un des postes les plus stratégiques de l'économie nationale.
La SONEL a été privatisée dans les années 2000 dans le cadre des politiques d'ajustement structurel imposées par les institutions de Bretton Woods. Elle est devenue AES-Sonel, puis Eneo Energy of Cameroon toujours en activité aujourd'hui. Niat Njifenji a donc dirigé cet outil national à une époque charnière, celle où l'État camerounais gérait encore directement les infrastructures énergétiques du pays. Cette expérience lui a conféré une stature de gestionnaire public que peu de figures politiques de sa génération pouvaient revendiquer.
Le sénateur nommé : comment Paul Biya l'a placé au sommet de la Chambre haute
La Constitution camerounaise révisée en 1996 prévoit la création d'un Sénat. Cette chambre haute ne sera effectivement installée qu'en 2013, soit dix-sept ans plus tard. Elle est composée de 100 sénateurs : 70 élus à raison de 10 par région, et 30 nommés directement par le président de la République. Marcel Niat Njifenji appartient à cette seconde catégorie.
Sa nomination par Paul Biya parmi les 30 sénateurs présidentiels en 2013 est le point de départ de sa dernière trajectoire institutionnelle. Dès l'installation du Sénat du Cameroun, il en est élu président par ses pairs un vote dont l'issue, dans le contexte politique camerounais, ne souffrait aucune surprise. Il devient ainsi la deuxième personnalité constitutionnelle de l'État, successeur du président de la République en cas de vacance du pouvoir disposition modifiée par la révision constitutionnelle d'avril 2026 qui institue un Vice-président.
Cette position constitutionnelle faisait de Niat Njifenji une pièce maîtresse de l'architecture de succession, dans un pays où la question de l'après-Biya est au cœur des spéculations politiques depuis des années.
Ce que sa disparition dit du Cameroun institutionnel
Son décès survenu vingt-cinq jours après son remplacement formel clôt proprement une transition déjà actée. Aboubakary Abdoulaye, Lamido de Rey-Bouba, préside désormais le Sénat du Cameroun sans ambiguïté successorale.
La mort de Niat Njifenji marque la disparition progressive d'une génération entière de hauts cadres camerounais dont la longévité aux postes de responsabilité a été rendue possible par la durée exceptionnelle du régime Biya. Ces hommes ont occupé les mêmes fonctions pendant des décennies, sans alternance, sans rotation, jusqu'à leur limite biologique. Leur effacement progressif ouvre une recomposition institutionnelle dont les contours restent incertains.
Bangangté se souvient : quelle trace laisse un homme d'État discret ?
Marcel Niat Njifenji n'a pas laissé d'œuvre politique au sens classique du terme pas de discours fondateurs, pas de rupture institutionnelle, pas de réforme portant son nom. Sa marque est celle de la durée et de la fidélité. Dans un système qui récompense la loyauté plus que l'initiative, c'est peut-être la forme de pouvoir la plus durable. La question que sa vie pose reste ouverte : dans le Cameroun de demain, est-ce encore ce modèle qui prévaudra ?
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