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© AFRIKSURSEINE : Ecrivain, Romancier Calvin DJOUARY
- 16 Apr 2026 20:33:46
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CAMEROUN :: DISCOURS DU PAPE ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : POUR PAUL BIYA, C’EST L’ETAT. POUR LE PAPE, C’ES :: CAMEROON
DISCOURS DU PAPE ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : POUR PAUL BIYA, C’EST L’ETAT. POUR LE PAPE, C’EST LA CONSCIENCE
En ce jour, aux alentours de 16 heures, heure d’Afrique centrale, le Pape Léon XIV a posé le pied sur le sol camerounais, marquant ainsi une nouvelle étape dans son itinéraire africain. L’atterrissage, chargé de solennité, s’est déroulé dans une atmosphère à la fois protocolaire et empreinte d’émotion, sous le regard attentif des autorités et d’une population partagée entre ferveur, curiosité et attente. Il y a des images qui rassurent, et d’autres qui interrogent en silence. Celle du Pape Léon XIV foulant le sol camerounais appartient sans doute aux deux à la fois. Elle s’inscrit dans une longue mémoire collective, faite d’accueils fervents, de foules en liesse, de gestes symboliques qui donnent au temps l’illusion d’un basculement possible. Pourtant, derrière la beauté du protocole et la douceur des bénédictions, une question persiste, presque entêtante. Que reste-t-il une fois les cortèges dissipés, une fois les chants retombés, une fois les mains levées revenues à leur quotidien.

Le Cameroun n’en est pas à sa première visite papale. D’autres pontifes ont déjà traversé ses terres, porté des paroles d’espérance, invoqué la paix, appelé à la justice. Et pourtant, le pays semble avancer dans une fatigue ancienne, où les mêmes douleurs se répètent avec une régularité troublante. Il serait trop simple de dire que rien ne change. Ce serait ignorer la force invisible que certains puisent dans la foi, cette capacité à tenir debout malgré tout. Mais il serait tout aussi naïf de croire que la présence d’un homme, fût-il chef spirituel de plus d’un milliard de fidèles, puisse à elle seule infléchir le cours d’un pays. Le pape ne gouverne pas, ne légifère pas, ne répare pas les fractures sociales à coups de prières. Il éclaire, il accompagne, parfois il dérange. Mais il ne remplace ni les institutions ni les responsabilités humaines. La rencontre avec Paul Biya, figée dans une photographie solennelle, raconte à elle seule cette ambiguïté. Deux figures, deux légitimités, deux langages. L’une parle au nom de l’État, l’autre au nom de la conscience. Entre les deux, un peuple qui attend sans toujours savoir de qui viendra le changement. Et souvent, ce changement ne vient pas.

A Douala, pendant que Yaoundé se pare de ses habits officiels, la vie suit son cours avec une indifférence presque lucide. Les marchés s’animent, les taxis klaxonnent, les préoccupations restent les mêmes. Trouver de quoi vivre, éviter l’injustice, contourner la peur. Là-bas, la visite papale ressemble à un écho lointain, comme si elle concernait un autre pays, une autre réalité. Ce décalage dit quelque chose de profond. Le Cameroun est hospitalier, généreux dans l’accueil, fidèle à une tradition d’ouverture. Mais cette chaleur n’efface pas les blessures. Elle les rend parfois plus visibles. Car accueillir avec dignité n’empêche pas de souffrir en silence. Alors certains s’interrogent, parfois avec une pointe d’amertume. À quoi servent ces visites si, au fond, rien ne bascule vraiment. D’autres répondent qu’il ne faut pas tout attendre d’un symbole. Que la foi n’est pas un programme politique. Que les bénédictions ne remplacent pas les réformes. Et qu’au bout du compte, ce pays ne changera que par lui-même. Peut-être que la vérité se trouve dans cet entre-deux. Dans cette tension entre l’espérance et le réel. La venue d’un pape n’est ni inutile ni salvatrice. Elle est un miroir. Elle révèle ce que l’on est, ce que l’on espère, et ce que l’on refuse encore d’affronter. Et lorsque le cortège s’éloigne, lorsque les chants s’effacent, il reste le plus difficile. Continuer à vivre, à espérer, à questionner. Sans illusion excessive, mais sans renoncer non plus à l’idée qu’un jour, les images ne seront pas seulement belles, mais justes.

Dans cette rencontre entre Paul Biya et le Pape Léon XIV se joue une éthique liée à une scène protocolaire qui rappelle une tension ancienne dans la philosophie ancienne n’avait cessé d’explorer, celle qui oppose sans forcément les réconcilier l’ordre du pouvoir et l’exigence de la conscience. D’un côté, Paul Biya représente l’État dans sa dimension presque hobbesienne, cette structure nécessaire qui organise, régule et parfois contraint pour éviter le chaos. L’état est alors cette architecture du réel, faite de lois, de décisions et de permanence, où la stabilité devient une fin en soi, même lorsqu’elle est discutée ou fragilisée. En face, le pape s’inscrit dans une tout autre tradition, plus proche d’une éthique intérieure, presque socratique, où la conscience agit comme une voix discrète mais persistante.

Il ne détient pas le pouvoir de transformer directement le monde, mais celui, plus incertain et peut-être plus profond, de le questionner. Là où l’État agit, la conscience interroge la légitimité de l’action. Là où l’un construit des cadres, l’autre en éprouve les limites. Ce face-à-face n’est donc pas une opposition frontale, mais une dialectique silencieuse. L’État sans conscience risque de se refermer sur lui-même, de devenir mécanique, indifférent aux failles humaines. La conscience sans État, elle, demeure sans prise, suspendue dans l’idéal. Entre les deux, se dessine un espace fragile, presque philosophique, où le pouvoir accepte d’être regardé, et où la parole morale accepte de ne pas gouverner. C’est dans cet entre-deux, incertain mais essentiel, que se joue peut-être la possibilité d’un sens partagé.

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