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© Camer.be : Toto Jacques
- 02 Mar 2026 11:49:13
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Loi de finances 2026 : rouler vieux au Cameroun va coûter bien plus cher :: CAMEROON
Le gouvernement camerounais durcit le ton contre les véhicules trop âgés. La loi de finances 2026 introduit un nouveau barème fiscal qui va considérablement alourdir le coût d'importation des voitures d'occasion. Les modèles les plus anciens sont directement dans le viseur de Bercy.
Un barème désormais indexé sur l'âge du véhicule
Fini le temps où l'importation de voitures de seconde main se négociait à peu de frais. Désormais, l'État fixe des droits d'assise progressifs en fonction de l'année de fabrication. Les véhicules âgés de 13 à 20 ans seront taxés à 12,5 %. Ceux qui dépassent les 20 ans verront leur taux d'imposition exploser à 25 %.
L'objectif affiché : rajeunir le parc automobile
Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de moderniser le parc automobile national. Les routes camerounaises comptent encore trop d'épaves roulantes, sources de pollution et d'insécurité. En rendant l'importation des vieux modèles plus coûteuse, le gouvernement espère inciter les acheteurs à se tourner vers des véhicules plus récents.
Une mesure qui cible les importateurs professionnels
Les gros importateurs de voitures d'occasion, ceux qui remplissent les parkings de Douala et Yaoundé avec des modèles européens des années 1990 et 2000, sont en première ligne. Leur modèle économique repose sur l'achat à bas prix de véhicules anciens revendus avec une marge confortable. La nouvelle taxation va réduire cette marge ou la reporter sur le consommateur final.
Qu'est-ce que le droit d'assise exactement ?
Le droit d'assise est un impôt indirect perçu par l'État sur certaines activités ou produits. Dans le cas des véhicules importés, il s'ajoute aux droits de douane et à la TVA. En 2026, ce droit deviendra un levier majeur de la politique automobile camerounaise. Son augmentation pour les véhicules anciens vise à modifier en profondeur les comportements d'achat.
Le signal est clair : en 2026, rouler vieux coûtera cher
Au-delà de l'importation, c'est tout l'écosystème automobile qui va devoir s'adapter. Les garages spécialisés dans les vieux modèles pourraient voir leur clientèle diminuer. Les vendeurs de pièces détachées pour véhicules anciens risquent de subir un contrecoup. Le message gouvernemental est reçu cinq sur cinq : l'avenir appartient aux voitures plus récentes.
Quel impact sur le pouvoir d'achat des ménages ?
La question est centrale. Dans un pays où le marché du neuf reste inaccessible à une large part de la population, la voiture d'occasion constituait la seule porte d'entrée vers la mobilité individuelle. En renchérissant le coût des modèles anciens, l'État prend le risque de priver des familles de leur unique moyen de transport. Les moins de 20 ans, moins taxés, restent accessibles mais à des prix qui pourraient flamber.
Le marché de l'occasion va-t-il s'effondrer ?
Les importateurs tirent déjà la sonnette d'alarme. Beaucoup prédisent une chute des volumes importés et une flambée des prix sur le marché intérieur. Les véhicules déjà présents au Cameroun prendront de la valeur, rendant l'achat d'occasion encore plus difficile pour les classes moyennes. Certains évoquent un effet inflationniste en cascade.
La sécurité routière en ligne de mire
L'argument sécuritaire n'est pas anodin. Les accidents impliquant des véhicules vétustes, avec des freins défaillants ou des pneus lisses, sont monnaie courante. En poussant à l'importation de voitures moins âgées, le gouvernement espère réduire le nombre de tués sur les routes. Une logique louable, mais qui se heurte à la réalité économique des ménages.
L'environnement, autre justification officielle
Les vieux moteurs polluent davantage. Le parc automobile camerounais, composé en majorité de véhicules diesel ou essence anciens, émet des particules fines et des gaz à effet de serre. La mesure s'inscrit dans une tendance continentale : plusieurs pays africains durcissent leurs normes d'importation pour lutter contre la pollution et respecter les engagements climatiques.
Les concessionnaires de véhicules neufs en embuscade
Les vendeurs de voitures neuves observent cette réforme avec un intérêt non dissimulé. En rendant l'occasion ancienne plus chère, l'État favorise mécaniquement le marché du neuf et du quasi-neuf. Les marques automobiles implantées au Cameroun pourraient voir leurs ventes progresser, à condition que les banques suivent avec des crédits adaptés.
Quelles alternatives pour les acheteurs modestes ?
La question reste ouverte. Entre une voiture de plus de 20 ans taxée à 25 % et un véhicule neuf hors de prix, le vide se creuse. Certains se tourneront vers les véhicules d'occasion récents, dont les prix risquent de s'envoler sous l'effet de la demande. D'autres renonceront purement et simplement à l'achat, faute de moyens.
Une réforme qui interroge la transition automobile
Le Cameroun suit ici l'exemple de plusieurs pays ouest-africains qui ont restreint l'importation des véhicules trop âgés. Mais cette transition a un coût social. Entre l'objectif louable de modernisation et la réalité des poches vides, le gouvernement devra trouver un équilibre. Les prochains mois diront si cette mesure produit les effets escomptés ou si elle crée une nouvelle fracture entre ceux qui peuvent se payer une voiture récente et ceux qui resteront au bord de la route.
Rouler vieux devient un luxe
Le paradoxe est saisissant. Ce qui était hier le choix des budgets serrés pourrait devenir demain un marqueur social. Posséder une voiture de plus de 20 ans, lourdement taxée à l'importation et donc plus rare, deviendra peut-être un signe de distinction pour collectionneurs aisés. Pendant ce temps, la majorité cherchera des solutions pour continuer à se déplacer. La question qui taraude déjà les observateurs est simple : le Cameroun est-il prêt à assumer les conséquences sociales de sa révolution fiscale automobile ?
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