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© Camer.be : Paul Moutila
- 07 May 2026 13:32:58
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CAMEROUN :: Muna Ekane brise le silence : « L'heure des comptes politiques viendra » après les funérailles :: CAMEROON
Muna Ekane n'avait pas parlé. Le 7 mai 2026, depuis Douala, le fils d'Anicet Ekane a brisé ce silence avec une déclaration courte, calibrée, sans concession. Sa cible : les communiqués qui visent les compagnons de lutte de son père. Son message : pas de règlement de comptes au-dessus d'un cercueil. Mais après tout est possible.
Ce qui s'est passé : une déclaration, un contexte de guerre politique
Anicet Ekane est mort en détention. Son fils qualifie cette mort d'assassinat commis par le régime. Depuis, la bataille autour des funérailles a quitté le cercle familial pour entrer dans l'espace public.
Des communiqués signés au nom du MANIDEM ont visé des figures proches d'Ekane, les accusant de trahison ou d'opportunisme. Le nom de Muna Ekane y apparaît. C'est ce fait précis qui a provoqué sa prise de parole, datée du 7 mai 2026, depuis Douala.
Il ne répond pas aux accusations de fond. Il pose une ligne : on ne règle pas ses comptes politiques au-dessus du cercueil d'un héros. Puis il ajoute une phrase que personne n'a pu ignorer : l'heure des comptes viendra. Nous y serons.
Pourquoi cette déclaration change la configuration
La déclaration de Muna Ekane n'est pas un communiqué de deuil. C'est un acte politique construit avec soin.
En refusant de descendre dans la polémique, il occupe le terrain moral sans se salir. En citant la méthode ancienne "faute de battre un adversaire sur le fond, on en fait un complice du régime" il retourne l'accusation contre ses auteurs sans les nommer. Et en annonçant que l'heure des comptes viendra, il transforme la période des funérailles en trêve armée, pas en capitulation.
Il réclame également que les funérailles soient rendues à leur dimension réelle : celles d'Anicet Ekane, pas celles d'un parti, d'une faction ou d'un fils. Il invite ceux que les communiqués cherchent à détourner à venir quand même. Il sépare explicitement la personne du militant de l'institution qui prétend en hériter.
Comment ce texte fonctionne comme instrument politique
Muna Ekane utilise le registre du fils pour dire ce qu'un dirigeant politique ne pourrait pas dire sans perdre en légitimité.
En évoquant son père insulté, calomnié, emprisonné, torturé, et qui n'a jamais plié il trace une ligne de continuité entre la résistance d'Anicet et sa propre posture actuelle. Il signale qu'il a reçu en héritage non pas un poste, mais une méthode : se mesurer à ses actes, ignorer les insultes, tenir.
En affirmant que la famille politique d'Ekane déborde le seul MANIDEM et s'étend à l'Union pour le Changement et au-delà, il conteste implicitement le monopole que le parti revendique sur l'héritage du défunt. Il élargit le périmètre de légitimité et ce faisant, réduit celui de ses contradicteurs.
La formule finale "debout devant la dépouille du combattant" est délibérément sobre. Elle ferme la période du deuil public tout en ouvrant celle du positionnement à venir.
Muna Ekane sera surveillé de près. Sa déclaration a signalé une intention politique sans encore préciser sa forme. S'il entre dans la lutte au sein de l'opposition camerounaise, il le fera avec une capital symbolique que peu d'acteurs possèdent : le nom, la légitimité filiale, et la retenue qu'il a affichée dans le moment le plus tendu.
La question posée par ce texte est celle de la recomposition de l'opposition. Anicet Ekane avait une audience qui dépassait MANIDEM. Si son fils décide d'incarner cette audience dispersée, il devient un acteur de la politique d'opposition camerounaise sans en avoir encore les structures mais avec quelque chose de plus difficile à construire : une crédibilité morale immédiate.
L'heure des comptes qu'il annonce n'est pas une menace floue. C'est un agenda.
Qui sera Muna Ekane après les funérailles ?
Dr Muna Ekane a choisi avec soin le moment, le ton et la longueur de sa première prise de parole publique. Il a tout refusé la polémique, la rhétorique creuse, la surenchère et a pourtant tout dit.
Son père est mort en détention, assassiné selon lui par un régime. Les funérailles sont devenues un théâtre de rivalités. Et lui a posé sa première pierre : je serai là, après. La vraie question n'est pas de savoir s'il tiendra cet engagement. C'est de savoir de quelle opposition camerounaise il voudra être l'héritier et si cette opposition existera encore sous une forme reconnaissable d'ici là.
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