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© Camer.be : Paul Moutila
- 07 May 2026 14:24:21
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CAMEROUN :: Cavayé Yéguié : 50 ans de loyauté au chef, zéro service rendu aux citoyens :: CAMEROON
Près de cinquante ans comme député. Cavayé Yéguié Djibril détient l'un des mandats parlementaires les plus longs de l'histoire politique camerounaise. Un journaliste l'a jugé publiquement sur NTV : fidèle au chef de l'État, oui. Fidèle aux citoyens, non.
Ce qui a été dit : un verdict en deux phrases sur NTV
Le 6 mai 2026, l'émission La Grande Palabre sur NTV a mis en lumière le bilan parlementaire de Cavayé Yéguié. C'est le journaliste Bertrand Tchuenkam qui a prononcé ce verdict, direct et sans ambiguïté.
Sa thèse : Cavayé Yéguié a exercé une loyauté intacte envers le président Paul Biya pendant près d'un demi-siècle. Mais cette loyauté-là n'est pas celle que la Constitution camerounaise attendait de lui. Un député de la nation n'est pas le représentant d'un chef d'État. Il est le représentant de l'ensemble des citoyens.
Tchuenkam a séparé les deux registres avec précision : servir le chef oui ; travailler pour la nation non.
Pourquoi ce constat est structurellement exact
La distinction que pose Tchuenkam n'est pas rhétorique. Elle est constitutionnelle.
Un député de la nation se définit, dans le droit parlementaire camerounais, comme un élu dont le mandat est national non pas lié à une région, ni à un exécutif. Il vote les lois, contrôle le gouvernement, représente l'intérêt général. Ce mandat est incompatible avec une allégeance personnelle à un président, même légitimement élu.
Or la longévité de Cavayé Yéguié à l'Assemblée nationale camerounaise n'a pas été construite sur une posture d'indépendance. Elle l'a été sur une proximité continue et affichée avec le pouvoir exécutif. Ce positionnement a assuré sa survie politique. Il a également vidé son mandat de son contenu démocratique.
C'est exactement ce que Tchuenkam nomme : une fidélité réelle d'un côté, une défaillance réelle de l'autre.
Comment ce modèle fonctionne et se perpétue
Le parlement camerounais n'est pas le seul à produire ce type de trajectoire. Mais il en offre un exemple particulièrement lisible.
Dans un système où le parti présidentiel domine l'Assemblée nationale, la durée d'un mandat dépend rarement de la qualité du travail législatif. Elle dépend de la fidélité au sommet. Les députés qui survivent plusieurs décennies sont ceux qui ont compris cette règle et l'ont appliquée sans écart.
Cavayé Yéguié a maîtrisé ce modèle mieux que quiconque. Il a présidé l'Assemblée nationale camerounaise pendant des décennies. Il a incarné la stabilité institutionnelle du régime Biya ce qui, du point de vue du pouvoir exécutif, constitue un service rendu. Du point de vue de la représentation démocratique, c'est autre chose.
Le problème n'est pas l'homme. Le problème est le système qui rend cette trajectoire non seulement possible, mais rationnelle.
Ce que ce débat révèle sur l'avenir du parlement camerounais
La déclaration de Tchuenkam sur NTV arrive dans un contexte de reconfiguration politique. Les funérailles d'Anicet Ekane, la crise au sein de l'opposition, et la question de la succession dans plusieurs institutions créent un moment de bilan ouvert. Nommer publiquement la défaillance d'un mandat de cinquante ans contribue à ce bilan.
La question posée est celle de la réforme du système parlementaire camerounais. Un parlement où la durée des mandats récompense la loyauté exécutive plutôt que l'indépendance législative ne peut pas jouer son rôle de contre-pouvoir. Cette limite structure l'incapacité chronique du Cameroun à produire des réformes profondes par la voie législative.
Si la prochaine génération d'élus reproduit ce modèle, rien ne changera. Si elle ne le reproduit pas, c'est l'ensemble de l'architecture institutionnelle qu'elle devra affronter.
Quelle fidélité un parlement doit-il récompenser ?
Bertrand Tchuenkam a posé une question simple sur NTV. Elle n'est pas personnelle. Elle est systémique.
Un député camerounais élu sur cinquante ans est-ce la preuve d'un service rendu à la nation, ou la preuve que la nation ne peut pas sanctionner ses élus ? La réponse à cette question détermine ce que vaut, concrètement, un mandat parlementaire au Cameroun.
Cavayé Yéguié n'est pas une exception. Il est un révélateur. Ce qu'il révèle, c'est que la loyauté politique et la représentation citoyenne peuvent, pendant un demi-siècle, coexister sans jamais se rencontrer.
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