Paul Biya, prisonnier du système qu'il a construit en 43 ans
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Quarante-trois ans au pouvoir. Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982, faisant de lui l'un des chefs d'État les plus longevistes du continent africain. Aujourd'hui, l'appareil politique qu'il a lui-même architecturé semble s'être retourné contre lui et contre le pays.

Un État bloqué entre crise anglophone et paralysie institutionnelle

Le Cameroun compte plus ou moins 28 millions d'habitants et fait face à des crises simultanées sans réponse politique crédible. La crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest dure depuis 2016. Elle a causé plus de 6 000 morts et déplacé 700 000 personnes selon les estimations de l'ONU.

Pendant ce temps, la gouvernance nationale se fige. Les réformes promises restent lettre morte. Les nominations aux postes clés se raréfient. L'administration tourne au ralenti, suspendue aux décisions d'un exécutif de moins en moins visible et de plus en plus absent.

Comment diviser pour régner finit par paralyser l'État

Le système Biya repose sur un équilibre fondé sur la loyauté personnelle, les réseaux ethniques et la redistribution sélective des ressources. Ce modèle a produit son propre effet pervers : les élites politiques, économiques et militaires dépendent intégralement de la survie du régime.

Elles n'ont aucun intérêt à pousser vers une transition. Aucun intérêt à réformer. Résultat : personne ne bouge, personne ne tranche. L'immobilisme politique camerounais n'est pas une défaillance du système il en est le produit logique et assumé.

La "présidence fantôme" : quand le vide du sommet paralyse tout l'appareil

La gouvernance camerounaise fonctionne selon un principe de centralisation extrême. Toute décision significative remonte jusqu'au chef de l'État. Sans signal présidentiel clair, l'appareil se bloque mécaniquement.

Ce phénomène s'accentue avec l'âge avancé de Biya, 93 ans. Les collaborateurs proches hésitent à trancher. Les ministres évitent les initiatives. La prise de risque politique devient nulle. On assiste à ce que certains analystes nomment une "présidence fantôme" : formellement en exercice, opérationnellement absente. Le vide est comblé par les réseaux informels ce qui aggrave l'opacité et la corruption structurelle.

Entre élection présidentielle de 2025 et transition sans successeur désigné

La question de la présidentielle camerounaise de 2025 cristallise toutes les tensions. Aucun successeur n'est officiellement désigné. Aucune transition n'est organisée. Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais le RDPC au pouvoir reste muet sur le sujet.

Le risque de crise de succession est réel malgré l'introduction du poste de vice-président. Sans mécanisme institutionnel solide, une compétition violente entre factions du régime est possible. Les bailleurs de fonds internationaux surveillent. Les investisseurs hésitent. La stabilité politique du Cameroun, jusqu'ici préservée par la longévité de Biya, pourrait basculer précisément à cause d'elle.

Le Cameroun peut-il se réformer sans rupture brutale ?

Les régimes néopatrimoniaux ne s'effondrent pas ils se fragmentent. Le Cameroun n'est pas condamné à la violence, mais il est condamné à choisir : une transition négociée, longtemps repoussée, ou une rupture subie, dont personne ne contrôlerait les contours.

La vraie question n'est pas "jusqu'à quand Biya ?". Elle est : le système qu'il a construit peut-il survivre à son propre architecte et à quel prix pour les Camerounais ?

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