Paul Biya gouverne par le flou et repousse les élections
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Le 31 décembre 2025, Paul Biya promettait un nouveau gouvernement "dans les prochains jours". Plus d'un mois après, le 10 février 2026, le discours change radicalement. Le président évoque désormais "un léger réajustement" du calendrier électoral sans aucune précision, justifié par de vagues "contraintes impérieuses". Aucun délai, aucun cadre, aucune explication.

La prorogation devient la norme

Le mandat des députés, déjà prorogé en mars 2025 jusqu'au 30 mars 2026, pourrait connaître un nouveau report. Les conseillers municipaux, dont le mandat s'achevait théoriquement en février 2025, ont vu leur fonction prorogée en juillet jusqu'au 31 mars 2026. Ce mécanisme de rallonges successives transforme l'exception en règle de gouvernance.

L'incertitude comme stratégie

Les ministres en poste ignorent s'ils seront maintenus. Les aspirants multiplient les manœuvres, suspendus à un agenda invisible. Les partis politiques voient leur dynamique d'investitures cassée par l'incertitude permanente. Cette gouvernance par le flou produit un effet redoutable : elle neutralise tous les acteurs politiques.

Un contrôle par l'imprécision

L'imprécision n'est pas un oubli. Elle empêche l'anticipation, freine la mobilisation et maintient chacun dans une dépendance permanente à la parole présidentielle. "À force de proroger, on finit par vider le suffrage de sa substance", confie un responsable politique sous anonymat. Le flou politique devient ainsi un outil de contrôle social.

La démocratie en apnée

Dans toute démocratie fonctionnelle, le calendrier électoral structure la vie politique, rassure les citoyens et impose une discipline aux gouvernants. Son brouillage installe le doute, nourrit la défiance et affaiblit la légitimité des institutions. "Gouverner, ce n'est pas seulement décider, c'est aussi expliquer", rappelle un constitutionnaliste.

Le prix du silence

Le passage du futur affirmatif au conditionnel politique révèle une transformation profonde du rapport entre le pouvoir et les citoyens. Les contraintes peuvent exister, les ajustements peuvent se justifier, mais le silence ne se défend pas. Dans un État républicain, expliquer n'est pas une faveur accordée au peuple, c'est un devoir constitutionnel.

L'attente comme mépris

Le citoyen observe et attend. Mais il comprend aussi que l'attente répétée devient une forme de mépris silencieux. La règle démocratique de l'élection périodique cède le pas à l'arrangement administratif. À force de repousser les échéances sans mots clairs, le pouvoir ne gagne pas du temps, il en fait perdre à la démocratie camerounaise.

Combien de temps un système politique peut-il fonctionner sur l'incertitude permanente sans perdre toute crédibilité démocratique ?

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