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© Camer.be : Alain Ndanga
- 14 Feb 2026 18:00:15
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CAMEROUN :: Talent de comédien, Alain Ndanga écrit à Paul Biya :: CAMEROON
Alors que je me trouvais en Turquie en juillet 2025, j’étais devenu l’objet de railleries lorsque je me présentais comme étant Camerounais. Une consœur française n’arrêtait pas de dire : « Mon cher Alain, venu du pays où le plus vieux président du monde gouverne et va gouverner encore pendant 50 ans ». Les autres membres de la délégation invités à la 9e édition de la commémoration du coup d’État manqué de 2016 dans le pays de Recep Tayyip Erdogan, n'arrêtaient pas de se moquer de moi.
Monsieur le président de la République, le 10 février dernier, vous vous êtes adressé à vos jeunes compatriotes. Je cherche la logique. Vous êtes le plus vieux président en fonction au monde. C’est vrai. Ce n’est pas tant votre âge (93 ans) qui me pose problème. Ce n’est pas non plus votre longévité au pouvoir (44 ans) qui m’intrigue. Les questions que je me pose sont toutes simples : que faites-vous là ? Est-ce le peuple camerounais, dans sa majorité, qui vous a mandaté ? Êtes-vous légitime pour parler au nom des jeunes ? Certains sont nés lorsque vous avez accédé à la tête du pays. Ils sont allés à l’école, ont obtenu des diplômes, pour la plupart sans trouver de travail, et sont morts sans goûter, eux aussi, au bonheur.
À l’occasion de la célébration de la 60e édition de la Fête de la Jeunesse, vous avez dit être au fait des difficultés des jeunes, ainsi que de leurs frustrations, de leurs peurs et de leurs angoisses. Non sans invoquer leurs espoirs, leurs attentes et leurs « légitimes aspirations ».
J’ai la faiblesse de croire que vous êtes devenu une contingence pour les jeunes. Ce que nombre de jeunes pensent de votre discours relève de la mauvaise foi. Je le pense aussi. Je vois les jeunes, tous les jours, trimer, faire des travaux durs pour survivre, vivre dans des conditions indigentes, mourir dans le désert ou dans l’océan en cherchant à aller en Occident, là où l’avenir des jeunes est garanti depuis leur naissance.
Vous avez dit dans votre discours « hypocrite » que vous n’avez « jamais cessé, et je ne cesserai jamais, de me soucier de vous ». Il ne suffit pas de le dire, boss. Les jeunes veulent des actions. Vous ne l’avez pas fait hier. Vous ne le ferez pas aujourd’hui. Vous ne le ferez pas demain, pis encore lorsque votre âge vous rattrapera.
Vous avez encore parlé des élections. Vous savez ce qui s’est réellement passé. Le Conseil constitutionnel a décidé de vous déclarer vainqueur. Des jeunes sont descendus dans les rues pour revendiquer (je ne dis pas que cela leur donne le droit de casser), mais vous avez imposé la force asymétrique, parfois machette contre gâchette. D’autres sont en prison pour avoir simplement écrit afin de s’exprimer librement. D’aucuns sont encore en prison simplement pour leurs convictions politiques.
Monsieur le président de la République, vous ne parlez pas aux jeunes. Vous vous moquez des jeunes. Excusez-moi de m’adresser d’abord aux jeunes qui sont vos enfants : Junior et Brenda Biya. Je me permets de parler surtout de Brenda, qui a fait le choix d’être une personnalité publique. Elle s’en réjouit et s’y réalise. Je voulais simplement savoir si c’est vous qui avez fait le choix de les envoyer à l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam). Que dites-vous de ceux qui renseignent qu’ils n’ont pas passé les épreuves écrites comme les autres ? Que dites-vous de ceux qui affirment qu’ils ne sont venus qu’une seule fois à l’école ? En tout état de cause, voilà l’image que vous renvoyez aux jeunes Camerounais et au monde. Le premier acte fort réalisé après les élections, ce sont les résultats de l’Enam. Il n’y avait que des enfants de ministres, de directeurs généraux, de parlementaires, bref de hauts placés, qui peuvent soit brandir leur pouvoir, soit payer le prix. Est-ce à ces jeunes que votre discours est orienté depuis au moins 30 ans ?
Vous avez encore parlé du remaniement du gouvernement. Dans votre traditionnelle adresse à la nation du 31 décembre 2025, vous avez dit avec fermeté que vous mettriez sur pied un gouvernement dans les prochains jours. Avez-vous relu ce discours avant de le rendre public ? Monsieur le chef de l’État, dites-moi : qui gouverne au Cameroun ? Au cours des années, vous faites généralement quatre apparitions : le 31 décembre, le 11 février, les 19 et 20 mai. Le reste des jours de l’année est laissé entre les mains de charognards qui se nourrissent de la charogne, se moquent et narguent les jeunes, leur imposent des postes contre des choses contre nature. Je ne sais pas si vous êtes au courant de ces pratiques. Le Cameroun fait pitié. Monsieur le président de la République, le pays que vous dirigez fait pitié, et les jeunes aussi.
Vous avez réitéré votre « engagement à ne ménager aucun effort pour créer les conditions les plus favorables à votre épanouissement. C’est le sens des instructions que j’ai données au gouvernement pour une action plus efficace de celui-ci. C’est le sens des réformes que j’entends engager prochainement en vue d’un meilleur fonctionnement de l’État. C’est également le sens de la lutte acharnée que j’entends mener contre la corruption et les détournements de deniers publics ». Là encore, je vous prends au mot. Le « prochainement » que vous invoquez à souhait correspond à quelle limite temporelle ?
Le 10 février 2027, vous reviendrez avec le même disque rayé. Je vous formule ma doléance. Dans vos prochains discours, il faut préciser la catégorie des jeunes. Au vu des faits, je constate, comme nombre de Camerounais, que vous n’êtes pas légitime pour parler aux jeunes qui ne vous ont pas plébiscité lors du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025.
Vous gouvernez par la force et la peur. Vous êtes à la fois joueur et arbitre. Mais vous parlez quand même de démocratie. Je dis qu’il faut assumer que le Cameroun est une dictature. Les faits parlent d’eux-mêmes. Comme un couteau suisse, vous êtes dramaturge, metteur en scène, et comédien d’un monologue où votre jeu d’acteur parfaitement maitrisé.
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