150 prisonniers politiques jugés au tribunal militaire, certains pour défaut de CNI
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Cent cinquante prisonniers politiques comparaissent actuellement devant le tribunal militaire à Yaoundé. Interpellés dans le cadre de la crise post-électorale, ces citoyens font face à des accusations dont certaines défient toute logique juridique. Parmi les chefs d'inculpation : le défaut de carte nationale d'identité. Une situation kafkaïenne qui soulève des questions fondamentales sur l'État de droit au Cameroun.

Quand l'administration échoue et criminalise

Le paradoxe est saisissant. L'État poursuit des citoyens pour absence de CNI alors que l'autorité compétente peine à délivrer ces documents dans des délais raisonnables. Les files interminables devant les centres d'enrôlement, les retards de production, les dysfonctionnements administratifs sont connus de tous. Pourtant, ce sont les victimes de cette défaillance qui se retrouvent derrière les barreaux.

Comment un État peut-il légitimement incarcérer des individus pour ne pas posséder un document qu'il n'arrive pas lui-même à fournir ? Cette contradiction révèle une instrumentalisation de l'appareil judiciaire à des fins qui dépassent largement le cadre de la simple application de la loi.

Un tribunal militaire pour des civils

Le recours au tribunal militaire pour juger des civils dans un contexte post-électoral soulève d'autres interrogations. Cette pratique, régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains, restreint considérablement les garanties d'un procès équitable. Les juridictions militaires, conçues pour juger des infractions commises par des militaires, deviennent des outils de répression politique.

Les cent cinquante prévenus se trouvent ainsi dans une double vulnérabilité : jugés par une instance exceptionnelle pour des faits dont certains relèvent de l'absurde administratif.

Une stratégie de dissuasion politique

Derrière ces poursuites judiciaires se dessine une stratégie claire. En multipliant les arrestations pour des motifs aussi triviaux que le défaut de CNI, le pouvoir envoie un message : toute forme de contestation expose à des risques disproportionnés. La crise post-électorale devient ainsi le prétexte pour museler l'opposition et intimider les citoyens.

Cette dérive transforme la justice en instrument de gouvernance autoritaire. Les principes fondamentaux du droit pénal, notamment la proportionnalité entre l'infraction et la sanction, sont bafoués au profit d'une logique purement répressive.

L'urgence d'une réponse citoyenne

Face à cette situation, la société civile camerounaise et la communauté internationale doivent se mobiliser. Ces cent cinquante prisonniers politiques ne sont pas des criminels. Ils sont les symboles d'un système judiciaire détourné de sa mission première : rendre la justice, pas servir le pouvoir.

L'absurdité de poursuivre quelqu'un pour défaut de CNI quand l'État faillit à délivrer ce document révèle l'ampleur de la crise institutionnelle. C'est tout l'édifice de l'État de droit qui vacille quand la loi devient un outil d'oppression plutôt qu'un rempart contre l'arbitraire.

Jusqu'à quand le Cameroun acceptera-t-il qu'on emprisonne ses citoyens pour des fautes administratives que l'État lui-même commet en premier ?

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