Justice populaire à Bepanda : un voleur présumé lynché près de Général Express
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La justice populaire a encore frappé au Cameroun. Ce dimanche 8 février 2026, vers 8 heures du matin, le corps sans vie d'un homme accusé de vol gisait près de l'agence Général Express Voyages à Bepanda, quartier populaire de Douala. La scène, d'une violence extrême, illustre la spirale sécuritaire dans laquelle sombre ce secteur de la capitale économique.

Un lynchage dans l'indifférence matinale

Tout commence par une tentative de vol de moto. L'homme, dont l'identité n'a pas été révélée, aurait tenté de dérober un deux-roues garé à proximité de l'agence de transport. Un geste de trop dans un quartier exaspéré par les agressions à répétition. La foule ne lui laisse aucune chance.

Selon les témoins présents sur place, ce vol n'était que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Quelques heures plus tôt, plusieurs passagers revenus de voyage avaient été agressés dans le même périmètre. La colère accumulée explose. Le lynchage est brutal, expéditif, mortel.

Vers 8 heures, les éléments de la brigade de gendarmerie de Bepanda arrivent sur les lieux. Trop tard. Ils ne peuvent que constater le décès et emporter le corps. Aucune arrestation n'est mentionnée. La foule s'est dispersée aussi vite qu'elle s'était formée.

Bepanda, zone de non-droit pour les voyageurs

Ce drame n'est pas un cas isolé. Il révèle une réalité que connaissent bien les usagers des agences de voyage de Bepanda : le trajet entre l'agence et le carrefour Tonnerre est devenu un corridor de la peur. Les voyageurs, chargés de bagages et souvent d'argent liquide après de longs déplacements, sont des cibles faciles pour les délinquants.

Les attaques se multiplient, notamment aux heures de pointe. Les témoignages concordent : vols de téléphones, arrachage de sacs, agressions parfois violentes. Les victimes hésitent à porter plainte, conscientes de la lenteur administrative et du faible taux d'élucidation des affaires.

Cette insécurité chronique crée un climat de tension permanent. Les commerçants installent des grilles. Les motos-taxis refusent certaines courses. Et la population, désabusée par l'absence de réponse des forces de l'ordre, prend parfois la justice en main.

Quand la peur remplace le droit

Le lynchage de ce dimanche pose une question fondamentale : où s'arrête la légitime exaspération et où commence le meurtre collectif ? L'homme était-il réellement coupable du vol de moto ? Avait-il participé aux agressions antérieures ? Aurait-il dû bénéficier d'un procès équitable ?

La justice populaire, aussi compréhensible soit-elle dans un contexte d'insécurité galopante, reste un acte de barbarie. Elle prive tout individu, même coupable, de son droit à la défense. Elle transforme des citoyens ordinaires en bourreaux. Elle instaure la loi du plus fort, du plus nombreux, du plus en colère.

Le véritable scandale n'est pas seulement ce lynchage. C'est l'enchaînement de défaillances qui y a conduit. Où étaient les forces de l'ordre lors des agressions précédentes ? Pourquoi aucune patrouille préventive n'a été mise en place dans ce secteur à risque ? Pourquoi les plaintes des voyageurs restent-elles sans suite ?

L'État absent, la foule juge et bourreau

Bepanda n'est pas un cas unique. Dans tout le Cameroun, les scènes de lynchage se multiplient. À chaque fois, le même schéma : un vol, une foule, un corps sans vie. À chaque fois, les mêmes justifications : l'insécurité, la frustration, l'impunité des délinquants.

Mais tuer un homme sans procès, c'est franchir une ligne rouge. C'est accepter que la violence devienne la norme. C'est renoncer à l'État de droit.

Les autorités camerounaises doivent prendre la mesure de l'urgence. Renforcer les patrouilles dans les zones à risque. Traiter rapidement les plaintes. Rassurer les populations. Sanctionner les auteurs de lynchages, aussi populaires soient-ils.

Car sinon, chaque quartier deviendra son propre tribunal. Chaque foule, son propre juge. Et chaque accusé, même innocent, risquera sa vie pour un simple soupçon.

Combien de lynchages faudra-t-il encore avant que l'État reprenne le contrôle de la sécurité publique et restaure la confiance dans la justice ?

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