PREDICATION DU DIMANCHE 19 DECEMBRE 2021 PAR LE REV. DR. JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 19 DECEMBRE 2021 PAR LE REV. DR. JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Michée 5, 1-4 ; Hébreux 10, 5-10 ; Luc 1, 39-45 Thème : Marie et Élisabeth enceintes Marie et Élisabeth sont enceintes.

En elles se forment deux hommes qui vont avoir une importance extraordinaire dans l'histoire du monde et notre histoire personnelle. Mais au moment raconté par ce texte, il n'y a presque rien du Jésus et du Jean-Baptiste qui joueront un tel rôle. Il y a juste quelques cellules qui ne se multiplient pas n'importe comment, et, bien entendu, Marie et Élisabeth.

Ces quelques jours avant Noël nous donnent l'occasion de sentir que nous sommes porteurs, nous aussi, de quelque chose d'extraordinaire dans notre existence. Au plus profond de nous, quelque chose prend forme, prend vie. Pour l'instant cette vie qui est en nous ne pourrait pas vivre sans notre corps qui la porte, mais plus tard, elle sera autonome et vivante éternellement.

L'Évangile selon Jean est le spécialiste de cette métaphore pour parler de la dimension supérieure de notre être que Dieu nous donne en Christ. Il nous dit que nous pouvons ainsi " naître d'eau et d'Esprit " Naître d'eau, c'est laisser un Jean-Baptiste se former et grandir en nous, c'est recevoir la certitude du pardon de Dieu, c'est vouloir se tourner vers lui. Et naître d'Esprit, c'est laisser le Christ se former et grandir en nous, c'est recevoir la présence de Dieu et vivre par lui.

Marie et Élisabeth sont enceintes. Nous sommes tous enceintes (ou enceints) d'une vie, de notre vie éternelle qui déjà est présente en nous. Nous sommes porteurs d'un meilleur nous-mêmes que nous serons demain, porteurs d'un monde comme Dieu l'espère, un monde avec plus de santé et de paix, de joie et de bienveillance, de culture et de foi...

Marie et Élisabeth sont enceintes, elles donneront la vie à Jean-Baptiste et Jésus. Avec le recul des siècles, nous pouvons dire que ces événements sont capitaux dans l'histoire de l'humanité, même un athée le dirait. Le croyant reconnaît dans la vie de ces hommes l'intervention de Dieu qui agit avec puissance dans l'histoire.

Ce texte de l'Évangile nous invite à reconnaître comment Dieu intervient dans l'histoire du monde et de l'humanité pour faire naître le Christ, et préparer son chemin. Ce texte nous invite également à voir l'intervention de Dieu aujourd'hui, dans notre histoire, celle de notre vie, et de notre monde. Mais c'est bien plus difficile de voir cette action de Dieu dans le présent, comme il était difficile de voir que le salut de l'humanité était en germe dans le ventre de Marie et d'Élisabeth sa cousine. Dans le monde (et en nous) il y a encore 1000 choses qui ne vont pas.

Loin du pessimisme que peut provoquer en nous cette découverte nous sommes invités par l'Évangile à discerner qu’il y a dans le monde quelque chose de magnifique qui va naître. Comme la vie en elle-même, ce "quelque chose" vient de la puissance créatrice de Dieu. Un embryon qui prend vie est un événement immense, mais presque invisible. Dans notre vie, la présence de l'Esprit Saint est comme cela, quelque chose d'incroyablement vivant en chacun de nous. Le futur Jean-Baptiste dans le ventre d'Élisabeth tressaille de joie devant le futur Jésus qui est dans le ventre de Marie.

Dieu nous donne ainsi de reconnaître dans nos proches l'être merveilleux qu'ils sont, en profondeur, et ce qu'il y a de divin en eux. Comme Élisabeth et Marie, nous sommes porteurs d'une vie nouvelle qui est le salut que Dieu nous offre. Pour que le miracle de cette vie soit possible, il a fallu que Zacharie et Élisabeth prient pour recevoir cette vie, qu'ils prient malgré leurs doutes et leurs hésitations. Il a fallu que Marie interpelle Dieu avec ses questions, puis dise enfin "je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon sa Parole".

C'est souvent avec des doutes et des questions, que nous progressons. Zacharie, Élisabeth, Marie et Joseph affrontent ces questions avec Dieu, dans leur prière, et au-delà de leurs doutes ils lui font confiance, en croyant dans la réalisation de ce qu'il dit. Oui, Dieu est au travail pour créer un monde plus juste et pour sauver tout homme. À l'image de ces femmes, nous sommes porteurs du salut de Dieu, dans notre chair, dans notre vie.

Et nous pouvons recevoir ces bénédictions qu'Élisabeth donne à Marie : " Toi, tu es bénie entre toutes les femmes " (Luc 1, 42) " Le fruit de tes entrailles est béni. " (Luc 1, 42) " Heureuse celle qui a cru " (Luc 1, 45) Nous recevons aujourd'hui ces 3 promesses : la promesse de bénédiction, la promesse de produire des fruits de vie, et la promesse d'être heureux. *** Tu es bénie entre toutes les femmes, oui, nous sommes bénis par Dieu parmi tous les hommes et toutes les femmes. Nous ne sommes pas pour Dieu un numéro, une pièce interchangeable.

Chacun de nous est le préféré de l'Éternel, puisque chacun est irremplaçable à ses yeux. En français comme en grec, bénir signifie “dire du bien”. C'est déjà formidable que Dieu nous bénisse ainsi, qu'il dise du bien de nous.

Mais en hébreu, la langue de la première partie de la Bible, la langue de Jésus, bénir signifie plus encore. La bénédiction de Dieu c'est le don de la vie, du bonheur et de la paix. C'est en Christ que cette bénédiction se réalise. Elle se réalise de façon surprenante. On attendait une bénédiction de Dieu comme celle d'un roi qui bénit son esclave.

Et, dans un sens, Dieu nous relève et nous donne la vie ainsi, avec le pardon qu'annonce Jean-Baptiste. Mais en Christ la surprise c'est que Dieu nous bénit comme un serviteur qui s'agenouille devant son maître pour le servir.

En Jésus-Christ, nous voyons que Dieu s'agenouille pour nous laver les pieds ! (Jean 13) Il s'agenouille pour nous parler, nous consoler, nous relever, et nous aider à marcher. Lui, le Seigneur et le maître, se fait serviteur, notre serviteur.

Dans un sens, c'est extraordinaire que Dieu fasse cela, mais c'est aussi assez naturel puisqu'il est notre Père. Les parents choisissent d'être serviteur de l'embryon qui est dans le ventre de la femme pour qu'il naisse, puis du bébé pour qu'il grandisse et découvre la vie, puis ils sont au service de l'adolescent (parfois pénible) pour qu'il s'épanouisse. Dieu donne sa bénédiction, il se fait serviteur en Christ. Marie reçoit cette bénédiction en portant ce que Dieu est quand elle dit "Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole!" (Luc 1, 38).

Dans sa relation au Dieu qui aime et qui se fait notre serviteur, elle accepte elle-même d'aimer et de servir Dieu. La relation entre Dieu et elle est alors ce qu'elle doit être entre Dieu et l'être humain, une bénédiction mutuelle. Être dans une telle relation avec Dieu ne change presque rien au début, mais en même temps cela change tout, comme quand un enfant commence à peine à se former.

Il est invisible, et pourtant c'est la merveille infinie d'une personne qui va naître. Marie bénit le Dieu qui bénit, elle se met au service du Dieu qui choisit d'être notre serviteur. Chaque fois qu'il peut en être ainsi, l'homme et son Dieu connaissent ensemble le bonheur qu'il y a de vivre l'un avec l'autre, et vraiment l'un pour l'autre. *** Le bonheur, c'est ce qui est aussi promis à Marie par Élisabeth. Et certainement, nous sommes heureux chaque fois que nous sommes dans une vraie relation d'amitié et de service mutuel, en particulier avec Dieu.

Mais là encore, le mot hébreu qui signifie être heureux a un sens plus large et plus riche, signifiant également "être en marche". Et effectivement, Marie est toute joyeuse de sa rencontre avec Dieu, Marie ne reste pas en place, elle avance, elle court à la fois "vers les montagnes" et vers Élisabeth. Elle va vers les montagnes. Par sa relation à Dieu, elle s'élève vers le haut, elle s'approche du ciel et de Dieu.

Mais elle s'approche également d'Élisabeth, sa parente, pour se réjouir avec elle. La bénédiction et le bonheur qu'elle reçoit de Dieu la rapprochent encore des autres. Marie et Élisabeth attendent un enfant. Attendre et recevoir la bénédiction de Dieu, c'est comme attendre un enfant, que l'on conçoit avec Dieu lui-même.

Une personne vraiment vivante commence à prendre vie en nous, une personne qui tient à la fois de Dieu et de nous-mêmes, un être plus heureux, plus libre, plus bienfaisant, plus proche de Dieu et des autres, un être un petit peu à l'image du Christ, ou au moins à l'image de Jean-Baptiste qui prépare en nous la venue du Christ. C'est cela, " le fruit des entrailles" qui est l'objet de la 3e promesse donnée par Élisabeth à Marie, après la promesse de bénédiction "Tu es bénie entre toutes les femmes", la promesse du bonheur "Heureuse celle qui a cru". Elle reçoit, nous recevons avec elle, une promesse de la fécondité "le fruit de tes entrailles est béni." 

Pour saisir toute la saveur de cette 3e promesse, il faut découvrir aujourd'hui un 3e mot d'hébreu. Le mot entrailles, l'utérus en terme médical, en hébreu c'est le même mot que la miséricorde, la grâce : c'est-à-dire l’amour de Dieu pour nous. Cela veut dire que Dieu nous aime d'un amour maternel, qu'il nous aime parce qu'il nous a donné la vie et que nous sommes ainsi ses enfants.

Et cela veut dire aussi qu'en nous aimant, Dieu nous donne la vie : il nous donne d'être pleinement vivant, il nous fait naître à la vie véritable, et il nous donne d'être fécond, de créer nous-mêmes la vie en bénissant et en agissant, en aimant et en servant. le fruit de nos entrailles est béni, parce que tout fruit d'amour est éternel, nous l'avons conçu avec Dieu lui-même. Dieu est amour", nous dit la lettre de Jean, et "celui qui aime est né de Dieu".

Cela résume bien les promesses et les appels que nous avons dans ce récit de Marie enceinte de Jésus : "Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres car l'amour est de Dieu, et celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu... Car Dieu est amour.

Et voici comment Dieu a manifesté son amour pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous ayons la vraie vie par lui." (1 Jean 4,7).

Amen.  

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